# S T #

Rapport annuel du

Consulat général suisse à Londres pour Tannée 1866.

(Du 31 Décembre 1866.)

Au haut Conseil fédéral suisse.

Tit., A point de vue financier l'année qui vient de se terminer a laissé dans nombre de localités des plaies profondes et beaucoup d'intérêts gravement lésés, cependant les tableaux officiels du mouvement commercial du royaume nous attestent la grande élasticité de son trafic, puisque non seulement ils ne présentent en général pas de diminution, mais au contraire un excédant de valeur considérable. Malgré la réduction de l'impôt sur le revenu et de la taxe sur les assurances contre l'incendie, les revenus de l'Etat n'offrirent à la fin de Décembre qu'un déficit de 410,816 L. st.

La panique amenée par les spéculations effrénées de compagniesfinancières, crédits mobiliers, etc. constituées d'après le système de la responsabilité limitée, a atteint son maximum lors de la suspension de paiements de la maison Overend Gurney. et Cie transformée en compagnie au nouveau modèle. A cette catastrophe succédèrent rapidement les faillites de diverses banques, telles que la Bank of London, la banque d' Agra et Mastermann qui précédemment jouissaient de la meilleure réputation, et celle du chemin, de fer Londres-Chatam-Douvre. Sur ces entrefaites l'escompte de la banque d'Angleterre a monté à 10 °/0 et est resté pendant dessemaines à ce taux malgré la suppression du Bank Acte qui restreint la circulation à environ 14 millions.

D'un autre côté, sans parler d'une moisson fort médiocre, lèsintérêts agricoles ont beaucoup souffert des ravages de la peste bo-

vine à laquelle plus de 250,000 boeufs ont succombé. Néanmoins vers la fin de l'année, grâce aux mesures sévères prises par les autorités, la contagion avait diminué d'intensité, et actuellement elle est à peu près sur le point de s'éteindre.

Ce pays a aussi été visité par le choléra qui a cherché ^surtout dans la capitale la plupart de ses victimes, maintenant il a presque complètement disparu.

En revanche l'année 1866 peut se féliciter d'avoir vu aboutir heureusement la grande entreprise du cable transatlantique qui unit l'ancien monde à la grande république de l'Ouest.

L'année dernière la question de savoir quelle est la meilleure arme d'infanterie n'est pas arrivée à sa solution, et quant aux gros canons de navire l'on semble dans les régions officielles avoir re- · nonce au, système Armstrong avec chargement par la culasse.

Le ministère libéral a été remplacé par le ministère conservateur de Lord Derby. Néanmoins l'affaire de lat réforme électorale n'est que différée, et l'on peut s'attendre à voir une mesure importante intervenir à cet égard avant qu'il soit longtemps.

D'après les tableaux officiels les recettes du Eoyaume-Uni ont été en 1866 de Liv. st. 68,785,662 et en 1865 de Liv.

st. 69,196,478. Les diverses rubriques des recettes dépassent toutes les prévisions budgétaires, malgré les nombreuses réductions apportées aux impôts. D'après les calculs de' l'ancien trésorier Gladstone les revenus du royaume uni augmentent annuellement de ls/4 million de livres, pour peu que son commerce continue à se développer dans la même proportion. L'expérience a justifié cet allégué, puisque en présentant le compte de l'Etat pour 1866/1867, le trésorier pourra disposer d'environ cette somme.

D'après les statistiques que j'ai sous les yeux la valeur de l'importation dans le Koyaume-TJni durant les 10 mois finissant au 31 Octobre a été en 1866 de Liv. st. 193,698,047, en 1865 de Liv. st. 160,909,954 et en 1864 de Liv. st. 181,283,856.

Les produits dont l'importation présente une augmentation considérable sont le coton, la laine, le vin, le thé, le maïs, le cacao, le riz, le froment, la farine de choix, les peaux, etc. En revanche la soie, le poivre, le suif, le bois de construction, etc.

présentent des diminutions tout aussi importantes.

La valeur de l'exportation dans les 11 mois terminés le 30 Novembre a été en 1866 de L. st. 173,913,222, en 1865 de L. st. 150,832,344 et en 1864 de L. st. 148,340,865. Les articles les plus importants qui ont amené cette augmentation sont les cotonnades de toute espèce, les produits manufacturés en laine et travaillés au métier.

Exportation dans les 11 mois finissant le 30 Novembre.

1866.

ft

Piles de coton

. ' .

126,180,449

1865.

valant L. st.

12,422,120

Yards.

Cotonnades blanchies, teintes à la pièce, imprimées e t tissées .

.

.

.

Toile e n pièces

.

.

.

.

.

.

ß

94,183,816

, valant L. sf

9,310,191

Yards.

2,341,747,713

58,083,091

1,850,814,998

40,906,441

236,179,944

8,336,036

223,103,120

7,662,120

32,319,462

5,061,150

24,277,517

3,730,472

Produits manufacturés en laine et au métier, draps de laine pure et mélangée, bure, casimir

.

.

.

.

.

.

.

.

9

D'un autre côté l'on remarque une diminution assez notable dans l'exportation des souliers confectionnés, du filé de lin, des machines de toute espèce, du cuivre en tout ou en partie ouvré, des soieries, des filés de laine. Je ne veux pas dissimuler que l'augmentation jusqu'au 31 Août concerne aussi bien l'importation que l'exportation, tandis que les mois subséquents présentent plutôt, sous les deux rubriques des diminutions, ce qui peut servir à expliquer en quelque manière la stagnation dont souffrent actuellement les affaires, malgré les chiffres brillants des tableaux statistiques. Comme on l'a déjà remarqué d'une manière générale, le commerce de l'année passée provenait en grande partie d'ordres déjà donnés qui maintenant ont reçu leur exécution. Ce temps de calme durera probablement encore quelque temps, parce que malgré le peu d'élévation du taux de l'intérêt, il n'y a pas de -disposition à faire des affaires et que même là où il y en aurait, les commandes ordinaires du dehors manquent complètement ou sont arrivées en petit nombre.

Cette année l'importation et la consommation du coton ont acquis de telles proportions qu'il n'est pas inutile de vous soumettre quelques comparaisons relatives à cet article si important pour la Grande Bretagne.

Importation au 31 Décembre :

1866-

1865.

1864.

Balles.

Balles.

Balles.

Des Etats-Unis de l'Amérique du Nord .

.

.

. 1,162,745 D u Brésil .

.

.

.

407,646 Del ' E g y p t e . . . .

167,451 32,770 De la Turquie, etc.

Des Indes occidentales, etc.

111,826 D e Surate .

.

.

. 1,206,660 De Madras .

.

. . .

294,372 D u Bengale .

.

.

.

346,727 De la Chine et du Japon 18,844

461,927 197,776 212,192 340,261 257,102 333,575 80,303 61,793 59,645 131,120 956,886 1,043,378 173,648 177,882" 182,488 131,757 399,074 141,610

3,749,041 2,755,321 2,587,096 ou U 1356,952,589 Ainsi-cette année il a été importé 700,818 balles de coton américain, 67,385 balles de coton brésilien, 581,334 balles de coton des Indes orientales de plus qu'en 1865. En revanche l'on constate un déficit de 213,657 balles de coton égyptien et turc, 19,294 » » » des Indes occidentales, 122,766 » » » chinois,

10

ce qui donne par comparaison à l'année dernière un excédant net de 993,720 balles pour 1866.

Cette année la consommation du coton a été de 2,436,394 balles pesant U 915,748,679 (ou par semaine 46,853 balles). En 1865 elle avait été de 2,034,730 balles. L'exportation a été en 1866 de 1,136,565 balles, pesant u 393,752,917 et en 1865 de 890,830 balles.

Aujourd'hui l'approvisionnement de coton existant dans tous les ports de la Grande Bretagne est évalué à 581,570 balles, à pareille époque en 1865 il l'était à 405,883 balles.

L'annonce de ce fort stock, le calme des affaires et la certitude d'une production plus abondante en Egypte et aux Etats-Unis qu'on a voulu le faire croire, a rendu les fileurs circonspects, et la nouvelle année commence avec une tendance défavorable à l'article dont les prix continuent néanmoins à ótre suffisamment hauts pour encourager les planteurs.

En vue des circonstances financières défavorables de l'aimée qui vient d'arriver à sa fin et par · l'effet d'une crainte salutaire il ne s'est formé qu'un petit nombre de nouvelles compagnies, d'autres sont tombées presque avant que de naître, et les tribunaux sont occupés à examier leurs livres et à régler leurs affaires.

L'empressement ou pour mieux dire le bon accueil dont l'emprunt russe et ceux des colonies australiennes ont été favorisés, comparé à la froide réception faite par le public à toutes les nouvelles entreprises, même a celles qui promettent beaucoup, prouve que l'on est revenu de la manie des compagnies et que l'on donne plus d'attention au placement solide des capitaux.

En fait de papiers d'Etat les 5/20 United States Bonds, Spanisli Passive et Certificate, l'emprunt italien, les divers emprunts turcs, les certificats espagnols qui par leurs fréquentes et importantes variations ont donné lieu à des affaires de spéculation.

Il est réjouissant de voir les consolidés (3°/0 anglais) précédemment plutôt négligés à cause de leur petit rapport, obtenir de plus en phis la faveur des capitalistes à qui ils offrent en tout cas le plus de garantie. Aujourd'hui ils sont à 901/,,! ce qui fait une hausse de non moins de 3 °/0 depuis une année.

Les consolidés étaient aux taux le plus haut le 27 Décembre · à 903/8 et au taux le plus bas le 4 Juin à 85''8, de telle sorte que la plus forte variation qu'ait présenté l'année dernière a été de 5'/4 0 /oLes approvisionnements d'espèces de la banque d'Angleterre étaient le plus considérables en 1866 le 26 Décembre où ils atteignirent le chiffre de Liv. st. 19,247,859 et le plus faible le 23 Mai où ils ne s'élevaient qu'à Liv. st. 11,857,786.

11 L'importation et l'exportation de métaux précieux, or et argent, monnayé et en lingot, a dépassé de beaucoup celle de l'année dernière. D'après les renseignements recueillis jusqu'ici ce mouvement se présente comme suit : Importation.

Or Argent

1866.

1865.

Liv. st. 24,035,850 Liv. st. 13,886,284 » 6,399,223 » 9,989,804 Total Liv. st. 34,025,654 Liv. st. 20,285,507

Exportation.

Or Argent

1866.

1865.

Liv. st. 13,973,749 Liv. st. 7,702,341 » 6,384,451 8,398,903 Total Liv. st. 22,372,657 Liv. st. 14,086,792

II est à remarquer spécialement que les envois d'argent et de billon à destination de l'Orient diminuent aussi considérablement, ou tout au moins s'effectuent dans des proportions plus modérée» que ce n'était le cas il y a quelques années. Ceci s'explique par lacirconstance que beaucoup de contrées consomment toujours davantage d'articles manufacturés anglais qu'elles acceptent en paiement pour leurs produits bruts.

Ainsi que je l'ai déjà laissé entendre en commençant, les circonstances extraordinaires de la situation financière ont eu pour suite de fortes variations dans le taux de l'intérêt. Ci-après un.

petit tableau des variations survenues : 4 Janvier de 7 à 8 % » 22 Février 8 à 7 » )) 7 à 6 » 15 Mars » 6 à 7 » 3 Mai )) 7 à 8 » 8 » » 11 » 8 à 9 » » 12 X, 9 à 10 » » à 8 » 16 Août 10 » 23 » 8 à 7 ' 3> » 30 » 7 à 6 » 6 Septembre » 6 à 5 7> » » 5 à */. » 25 8 Novembre » 4'A à 4 » 20 Décembre » 4 à 3V« » La moyenne des taux de l'escompte a été en 1866 d'un peu moins de 7 %, de 4 3 / 4 % en 1865 et de 7'/ 3 0 / 0 en 1864.

L'année 1866 a été fort défavorable à toutes les branches de l'assurance, et les compagnies ont eu à répondre à beaucoup de demandes.

12

'

D'après les tableaux du Lloyd l'on peut admettre que dans les 9 premiers mois de l'année 192 navires ont péri, 2229 bâtiments ont échoué parmi lesquels 1166 ont pu être remis à flot.

Il a été constitué 3 compagnies à'&ssurance maritime et une ancienne compagnie d'assurance maritime a liquidé dans le courant de l'année. Pour ce qui concerne l'assurance contre le feu, 6 sociétés se sont formées et 4 autres ont suspendu leurs affaires.

En vue de l'assurance sur la vie il s'est organisé dans le courant de l'année 17 sociétés. Pareil nombre d'associations de ce genre nouvellement fondées se sont dissoutes ou ont remis leurs aflaires à d'autres établissements. D'après des renseignements offi-ciels le '/o % de toutes les assurances contre l'incendie était durant l'année 1865 de Liv. st. 1,233,277. H n'a pas encore été publié de renseignements statistiques de date subséquente. La taxe réduite de J/6 a été appliquée durant toute l'année.

Les recettes des chemins de fer du Royaume-Uni se sont .élevées en 1866 pour 13,424 milles alors en exploitation à Liv. st. 37,415,927 1865 » 12,973 » » » » » » 35,335,838 1859 » 9,883 » » » » » » 25,576,100 1852 » 7,337 » » » » » » 15,543,610 1845 » 2,243 » » » » » » 6,909,270 Le capital placé dans les chemins de fer s'élevait au 31 Décembre produisant par mille une recette moyenne de

en 1866 à Liv. st: 446,746,800 Liv. st. 2,713 » 1859 » » 322,219,100 » 2,588 » 1852 » » 248,093,520 » 2,118 » 1845 » » 75,646,100 » 3,080 D'après les calculs effectué le rapport moyen a donc été 5,48 % «n 1845, de 3,44% en 1852, de 4,13% en 1859 et de 4,29% ·en'1866.

Dans l'année qui vient de se terminer 200,037 émigrants sont partis des ports du Eoyaume-Uni où fonctionnent des agents du Gouvernement. Le nombre des émigrants qui se sont embarqués à d'autres ports a été de 4845. De ces 204,882 personnes 58,856 étaient d'origine anglaise, 12,307 » » écossaise, . 98,890 c » » irlandaise, 26,692 » étrangères, 8,137 » de pays dont le nom n'a pu être constaté.

En ce qui concerne les destinations, le nombre ci-dessus se répartit de la manière suivante :

IS

161,000 dont 86,594 Irlandais à destination des Etats-Unis.

13,255 à destination des colonies de l'Amériqiie du Nord.

24,097 » » » » de l'Australie.

6,630 » » d'autres pays.

Aux renseignements recueillis sur la navigation par le Département statistique du bureau du commerce j'emprunte les rapprochements suivants qui permettent d'obtenir sans longs développements un coup d'oeil d'ensemble de cette branche d'activité si importante.

Tonnage des cargaisons et du lest des bâtiments anglais et étrangers, employés dans le commerce avec l'étranger qui ont touché les ports du Royaume-Uni pour y déposer leur cargaison et en sont repartis avec les produits manufacturés et autres.

Importation.

Exportation.

Total.

Tonnes déchargées. Tonnes chargées. Tonnes.

En 1840 » 1845 » 1850 » 1855 » 1860 » 1865

4,657,793 4,781,872 9,439,667 6,045,718 6,031,587 12,077,305 7,100,476 7,404,588 14,505,Q.64 8,951,239 9,538,231 18,489,470 12,172,785 12,516,507 24,689,292 14,317,886 14,579,203 28,897,092

Vous remarquerez que le nombre des tonnes est triplé depuis 1840.

La liste suivante indique le tonnage des cargaisons, à l'exclusion du lest. Les deux tableaux comprennent les divers voyage» qu'un navire peut avoir effectués dans le courant de l'année.

1840 1845 1850 1855 1860 1865

Importation.

Exportation.

Déchargé.

Chargé.

4,105,207 tonnes. 3,392,626 tonnes.

5,023,588 » 4,309,197 » 6,113,696 » 5,906,978 » 7,018,468 » 8,348,664 » 10,054,981 » 10,782,937 » 12,158,694 » 12,827,151 »

Total.

7,497,833 tonnes.

9,332,785 » 12,020,674 » 15,367,182 » 20,837,918 » 24,985,845 »

Ces renseignements donnent une idée encore plus exacte du commerce et font mieux' voir son augmentation. Si l'on considère que près de la moitié du tonnage concerne les ports de Londres et de Liverpool, l'on comprendra son importance croissante.

J'en viens maintenant à mentionner brièvement la marche des affaires pour les articles dont la Suisse approvisionne ce marché.

Je regrette seulement qu'il ne me soit pas possible d'ajouter des

14

données statistiques sur leur quantité et valeur, parce qu'elles sont comprises dans l'importation des pays par l'entremise desquels ont lieu les envois.

Cette année, j'ai le plaisir de pouvoir encore vous communiquer que les soieries suisses ont pu lutter sur le marché anglais avec les produits similaires d'autres pays.

Il faut attribuer uniquement aux prix énormes de la matière première et à la crise financière la circonstance que la vente en a été moindre qu'en 1865. A ce qu'on me dit, l'une des premières maisons de Londres a vu son débit de soieries suisses diminuer de L. st. 27,000 durant l'année dernière.

En 1866, la saison a commencé au mois de Février, par la .vente d'étoffes de couleur, telles que Gros de Naples et Poult de soie. L'on a la satisfaction de voir que 5 ou 6 maisons suisses qui s'occupent exclusivement de ces articles, aient réussi à obtenir des couleurs qui ne laissent rien à désirer, pour la pureté et l'éclat.

Durant l'année qui vient de finir, la demande avait, pour ainsi dire, presque exclusivement pour objet les étoffes rayées, et je crois que les fabricants qui, après s'être consciencieusement renseignés, ont envoyé des dessins rayés sur les marchés anglais, auront réalisé de jolis profits. L'on blâme la manière de procéder de fabricants de soie suisses, qui occupent plusieurs agents et se nuisent ainsi à eux-mêmes.

Pour les rubans de soie, Baie a, si possible, encore davantage consolidé sa prééminence sur le marché de ce pays et saura certainement la conserver aussi à l'avenir.

En ce qui concerne les cotonnades blanches et brodées de St. Gali et d'Appenzell et les rideaux, chaque année semble se signaler par des incidents particuliers, qui exercent une grande influence sur le commerce, bien que leur nature varie. L'année passée, c'était surtout l'incertitude au sujet des approvisionnements de coton existant eu Amérique, et la crise survenue en Mai, qui paralysaient cette branche d'affaires.

Entre les cotonnades blanches, les points plats, unis et à bouquet, occupent la première place par leur importance. La vente en a été passablement régulière, mais sans forte demande, et en moins grandes quantités que les années précédentes. Bailleurs, le débit a eu principalement pour objet les qualités inférieures. Dans l'été outre la crise une température constamment mauvaise a nui au débit, et la plupart des acheteurs ont notablement réduit leur approvisionnement, ce qui tend toujours davantage à être adopté comme principe. Le dernier rapport mentionnait qu'il faudrait faire quelque chose de nouveau pour robes. L'on a fait tisser des points plats à colonnes, mais, à cause de l'élévation des prix, ils n'ont

15

pas été favorisés d'un débit bien considérable relativement à celui d'autres étoffes.

Pour les rideaux de gaze, nos dessinateurs paraissent être enfin arrivés à mieux comprendre ce que réclame l'Angleterre, et les fabricants ont aussi fait un progrès pour ce qui concerne le goût, mais au point de vue de la qualité, il faut encore une amélioration considérable avant de pouvoir faire de grandes affaires dans cet article et le tirer du discrédit dont il a souffert depuis quelques années. Il n'en a été placé que de petits envois, à des prix fort mauvais.

Malgré les essais tentés, les rideaux de qualité inférieure en longs points et points de chaînette sur mousseline, pour la grande masse des acheteurs, ne paraissent plus vouloir prendre. Même .les beaux rideaux en mousseline sont moins demandés que précédemment, ce qui peut être attibué en partie au fait qu'à cause de l'élévation des prix des filés, le fond, soit la mousseline, revient aussi cher que le tulle, qui pourtant a une apparence beaucoup plus riche. La vente, qui eh somme était limitée, a eu en majeure partie pour objet des rideaux de tulle (sur notre place l'on n'apprécie pas les guipures). Toutes'les fournitures pour commandes de printemps ont été exécutées fort tardivement. Plusieurs sont restées six mois entre les mains des ouvrières, ce qui naturellement est très-préjudiciable pour l'avenir. En moyenne, le travail était mieux fait que ce n'était le cas depuis plusieurs années, et, sous ce rapport, les commettants ont été satisfaits.

Du reste, l'on n'a pas tiré de Suisse de broderies à la main ;' les robes brodées sont toujours d'usage, mais les Ecossais les fournissent'à beaucoup plus bas prix et s'occupent davantage que nous de cette fabrication.

Dans le premier semestre de l'année, la consommation des Entre-deux travaillés à la machine semble avoir été portée à sou maximum. Dès lors, l'emploi d'autres articles, tels par exemple que les dentelles de Cluny pour montures, a naturellement diminué de débit, et, d'ailleurs, la concurrence de la marchandise française est survenue.

Les broderies fines, soit les articles de modes proprement dits, sont réduites à un petit nombre d'articles, et, en général, d'un placement difficile. L'on admet que, depuis six ans, la consommation est tombée peu à peu au cinquième de ce qu'elle était précédeininent. Il est à désirer, pour la nombreuse classe des brodeuses, que la mode devienne de nouveau favorable à l'article. · Le trafic des cotonnades en fil de couleur, dites articles de Toggenbourg, dont parlait mon dernier rapport, a augmenté jusque au mois de Mai de cette année. Le coton qui, à la fin de 1865,

16

était fort haut, baissait ou montait avec les oscillations qui lui sont particulières depuis deux à trois ans, suivant les influences favorables ou défavorables dont se ressent le marché de l'article. Il s'est maintenu une demande animée d'articles du Toggenbourg jusqu'à la crise monétaire du mois de Mai écoulé. Dans les mois subséquents, elle a fort diminué et est demeurée presque nulle jusqu'en Octobre.

Dans l'attente du résultat de la récolte en Egypte, qui fournit les espèces de coton les plus propres à recevoir les plus belles nuances du rouge d'Andriuople, fort de réquisition pour les articles du Toggenbourg, la spéculation s'occupait de 1 million, des 2 millions ou des 2 Y2 millions de balles de coton américain, sur lesquelles l'on pouvait compter de la part des Etats de nouveau unis de l'Amérique du Nord pour la consommation de 1866. Des données incertaines sur ce point contribuèrent notablement à l'absence d'affaires dans cette branche. Novembre et Décembre vinrent calmer les esprits, les rêves d'importations énormes de coton firent place à des évaluations plus froides, les conséquences redoutées ne se laissèrent pas remarquer, et l'on s'est réconcilié avec la perspective de voir refleurir le commerce des articles de Toggenbourg.

En résumé, l'on peut dire que, malgré l'aspect peu réjouissant de l'année 1866 au point dp vue commercial, la Grande Bretagne a continué à être un grand acheteur des produits du Toggenbourg.

Cette année aussi, l'Amérique du Nord en a pris sa portion.

Il en a été de même du Brésil et des autres marchés des deux Amériques. Les divers entrepôts des Indes occidentales, St. Thomas, Demerara, Trinidad, Barbados et la Jamaïque, se sont distingués pour les articles du Toggenbourg. St. Domingue, qui est parfois une place de consommation fort importante pour les produits du Toggenbourg, est fort calme.

La côte d'Afrique et les 20 dépôts qu'elle possède du côté de l'Occident, se sont approprié, en 1866, de grandes quantités de produits du Toggenbourg ; le Cap de Bonne Espérance a aussi montré passablement d'animation à l'endroit de ce produit. Les îles Maurice et Ceylan ont de nouveau fait preuve de courage ; Batavia, Singapore, Penang et Eangoon méritent d'être mentionnés dans le monde des acheteurs des Indes orientales. Le Japon est déjà encombré.

Eelativement à
l'horlogerie suisse, il ne s'est rien passé d'important depuis l'année dernière. La guerre d'Allemagne, si courte qu'elle ait été, a complètement gâté la saison. D'ailleurs, la demande pour l'Amérique, surtout celle des montres d'argent, était f presque insensible. La conséquence en a été que la fabrication s'est jetée de préférence sur l'Angleterre, et le marché d'ici a été telle-

l?

ment encombré de marchandises que les prix ont Baissé de 15 à 20 °/0. D'un autre côté, la crise do l'Australie a considérablement nui au commerce d'exportation, et il faudrait que le printemps qui vient présentât des conjonctures plus favorables pour que les dépôts existants trouvent un emploi.

L'amélioration de la position dqs ouvrages en paille sur notre marché, durant l'année dernière, a été faible. De môme qu'en 1865, la demande portait principalement sur les .ornements pour chapeaux des deux sexes. Les tresses de paille d'Argovie ont été _ favorisées d'un plus grand intérêt de la part du public, les tresses anglaises étant tenues à des prix plutôt élevés, par suite de commandes d'Amérique. Il ne s'est pas placé autant de tresses fribourgeoises, néanmoins, elles ont aussi trouvé un bon emploi en Amérique. Malheureusement, la mode n'est pas encore tournée du côté des tissus en crin et des garnitures jaunes ou autres, qui, pour leur valeur, comptent parmi les articles les plus importants.

La valeur totale des produits suisses reste donc toujours dans d'étroites limites, et, je crois qu'on ne sera ' pas très-loin de compte en l'évaluant à L. st. 55,000.

Les vins et fromages suisses ont sur notre marché une position difficile, en présence des produits similaires d'autres pays, qui sont à meilleur marché et déjà de consommation usuelle.

Les cigarres suisses doivent être presque complètement expulsés du marché et de vente difficile.

La société de secours suisse, dite Eglise Suisse, n'a pas encore publié son rapport annuel pour 1866, je vous l'enverrai sans retard dès qu'il aura quitté la presse.

A ma connaissance, il ne s'est pas formé de nouvelles sociétés suisses dans le courant . de l'année. Une ancienne association, le City Swiss Club, qui était sur'le point de tomber, a repris de la vie ; elle a pour but de rapprocher les uns des autres les jeunes Suisses qui séjournent ici.

Feuille fédérale suisse. Année XIX.

Vol. Jl.

Schweizerisches Bundesarchiv, Digitale Amtsdruckschriften Archives fédérales suisses, Publications officielles numérisées Archivio federale svizzero, Pubblicazioni ufficiali digitali

Rapport annuel du Consulat général suisse à Londres pour l'année 1866. (Du 31 Décembre 1866.)

In

Bundesblatt

Dans

Feuille fédérale

In

Foglio federale

Jahr

1867

Année Anno Band

2

Volume Volume Heft

23

Cahier Numero Geschäftsnummer

---

Numéro d'affaire Numero dell'oggetto Datum

25.05.1867

Date Data Seite

6-17

Page Pagina Ref. No

10 060 523

Das Dokument wurde durch das Schweizerische Bundesarchiv digitalisiert.

Le document a été digitalisé par les. Archives Fédérales Suisses.

Il documento è stato digitalizzato dell'Archivio federale svizzero.