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Veuillez agréer, monsieur le président et messieurs, l'assurance de notre haute considération.

Lausanne, le 12 février 1917.

Au nom du Tribunal fédéral : Le président, Ursprung.

Le

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greffier, Nicola.

Assemblée fédérale.

Les Conseils législatifs de la Confédération se sont réunis le 19 mars 1917, à 3 heures de relevée, pour la continuation de leur session ordinaire d'hiver.

S'est présenté comme nouveau membre : au Conseil national : M. Eodolphe Gelpke, ingénieur, de Tecknau (Bâle-campagne), à Baie.

Au Conseil national, le président M. le Dr A Büeler a ouvert la session par les paroles suivantes : Messieurs les députés, En terminant notre dernière session, à la veille de Noël, nous exprimions le voeu que la grande fête chrétienne de la paix marquât également l'aube de la paix des peuples et que la paix de Dieu descendît dans les esprits. Peu de jours après, il sembla que notre voeu fut près d'être exaucé. Nous avons entendu des propositions de paix, le chef d'un grand et puissant Etat d'outre-mer, off rit sa médiation et notre gouvernement donna également une belle et digne expression au désir de paix du peuple suisse. Il semblait qu'après les tempêtes de l'hiver la neige allait fondre, que le printemps s'annonçait, on espérait -- car on croit facilement ce qu'on

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désire. Mais une blanche gelée s'abattit et de nouvelles tempêtes s'élevèrent. Les espoirs pacifistes et humanitaires ont été cruellement déçus et l'on craint aujourd'hui que celui qui le premier cueillit le rameau d'olivier et le présenta aux peuples belligérants ne mette lui-même la main à l'épée.

Tous les Etats belligérants qui nous entourent accumulent des quantités inouïes d'armements et tendent leurs efforts en vue de la partie décisive. Cette menace a décidé également nos autorités militaires à renforcer considérablement la protection de nos frontières. Notre armée, à laquelle nous tenons à témoigner toute notre reconnaissance, a répondu avec empressement à cet appel et elle s'est présentée en une parfaite tenue pour ajouter ce nouveau sacrifice à ceux qu'elle a déjà consentis.

Nous espérons fermement que notre antique et solide demeure restera préservée jusqu'au bout de l'incendie. Nous nous fions pour cela à la protection divine, à notre situation et à notre mission internationales qui sont solennellement garanties par les traités, en nous fondant sur notre ferme volonté de rester neutres. Nous avons confiance dans la force et la vaillance de notre armée, dans l'immense amour que tous les Suisses éprouvent pour la patrie.

Néanmoins, un grave souci nous étreint.

Depuis quelque temps, la guerre exerce également ses effets dans le domaine maritime et chacun se demande avec angoisse si la faim ne va pas s'ajouter aux autres fléaux de la guerre.

Jusqu'ici déjà, notre gouvernement a eu toutes les peines à assurer à notre pays, environné d'Etats belligérants, l'importation des denrées alimentaires et autres objets nécessaires à l'existence ainsi que des matières premières indis-, pensables à nos industries. Mais cette tâche lui est rendue encore beaucoup plus difficile par la guerre maritime actuelle. Elle pèse très lourdement non seulement sur les pouvoirs publics, mais sur le peuple tout entier dont l'existence devient chaque jour non seulement plus chère mais aussi plus difficile. En présence de ce resserrement économique, tout citoyen saura, s'il y est invité, réduire son train de vie, se contenter du nécessaire et contribuer, le moment venu, avec empressement et désintéressement à augmenter les moyens de production du pays.

Si un peuple fort et solide ne doit pas se laisser aller au découragement et aux craintes exagérées, nous avons ce-

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pendant de sérieuses raisons pour nous garder de l'insouciance et de la frivolité. Certes, il ne suffit pas de gémir et de réclamer. Ce n'est pas cela qui nous alimentera.

Aussi en appelons-nous ici à l'intelligence et au sens pratique, au désintéressement et à l'esprit de sacrifice des autorités et des populations de notre chère patrie.

Il me reste encore à remplir un douloureux devoir et à rappeler la mémoire de deux collègues remarquables et qui nous étaient chers, de deux excellents confédérés.

Le 2 février, Eugène Fonjallaz est décédé à Epesses après une longue maladie.

Né le 30 mai 1853 à Epesses, il a suivi les écoles primaires de cette localité et il a complété son instruction à l'école cantonale de Lausanne et enfin à Berne où il passa deux années. De retour à Epesses, il se consacre à la. viticulture et entre rapidement dans la vie politique.

Il est appelé par la confiance de ses concitoyens en 1885 aux fonctions de juge de paix, en 1892 à celles de député au Grand Conseil, et en 1908 il entre au. Conseil d'Etat. Il a présidé ces deux conseils.

Eugène Fonjallaz entra au Conseil national en 1884 comme successeur de Louis Ruchonnet qui venait d'être élu au Conseil fédéral, et sauf une courte interruption à la suite de sa nomination de conseiller d'Etat, il resta membre de notre assemblée jusqu'à sa mort. C'était donc un de nos vétérans et en même temps une figure bien marquée, de couleur locale, un défenseur capable, actif et énergique du canton de Vaud.

Le rôle important que joue la viticulture dans le canton ' de Vaud et sa propre activité l'ont naturellement engagé à défendre chaudement les intérêts de cette branche de notre économie nationale.

Il s'y est employé avec une grande habileté et avec une ténacité de fer, et ses efforts dans ce domaine lui ont valu d'importants succès. Il jouait un rôle prépondérant dans les associations agricoles du pays.

Mais il s'occupait aussi avec activité d'autres domaines de notre vie économique et politique et souvent ses motions donnaient le branle à des idées intéressantes. Je rappelle l'initiative qu'il avait lancée avec M. Hochstrasser et, tout

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dernièrement, l'idée de l'imposition des bénéfices de guerre qu'il défendit avec M. Freiburghaus.

De toute son activité se dégageait toujours comme une effluve rayonnante son chaud et sincère patriotisme.

Nous conserverons le plus aimable souvenir de cet excellent collègue.

La mort nous a enlevé un autre de nos collègues en pleine activité.

Le 23 février, Robert Billeter, président de la ville de Zurich, a été enlevé par une attaque d'apoplexie. Né le 24 septembre 1857 à Goerz, il suivit l'école primaire et l'école industrielle de Zurich, se consacra pendant plusieurs années à la banque puis entra à la rédaction de la Nouvelle Gazette de Zurich. En 1897 il est élu au conseil municipal et en 1909 il remplace M. Pestalozzi à la présidence de la ville.

Il s'était donné pour tâche d'administrer et de développer la grande et belle cité des bords de la Limmat et il s'y appliquait avec une activité et un dévouement inlassables, dans »n esprit large et profondément humanitaire. Il a notamment rendu de grands services dans le domaine financier et fiscal non seulement de la ville mais du canton de Zurich, et il s'était acquis une situation eminente au Grand Conseil.

Robert Billeter faisait partie de notre assemblée depuis 1911. Le bourgmestre de Zurich a représenté ici aussi dignement sa ville. Comme membre de la commission de gestion, de la commission pour l'utilisation des forces hydrauliques, de la commission pour l'impôt de guerre, il a mis ses solides connaissances au service du pays. Dans notre dernière session encore, nous l'avions nommé en raison de sa compétence membre de la commission permanente des finances aux délibérations de laquelle il n'a malheureusement plus pu prendre part.

De même que ses concitoyens de toiis les partis, nous exprimons notre reconnaissance émue pour le collègue dévoué, Menveillant et conciliant qui vient de nous être enlevé.

Je vous prie, messieurs, de vous lever de vos sièges pour honorer la mémoire de nos deux collègues défunts Fonjallaz et Billeter..

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Le canton d'Obwald et toute la Suisse avec lui fêterontmercredi le 21 mars le 500e anniversaire de la naissance de Nicolas de Flüe, le grand patriote et l'homme de paix.

Je prendrai la liberté de vous adresser ce jour-là une courte allocution commemorative.

Au Conseil des Etats, le président, M. le colonel Mercier, a également fait l'éloge de MM. Fonjallaz et Billeter, conseillers nationaux, décédés.

Au début de la séance du 21 mars 1917, il a été donné lecture d'une lettre par laquelle le gouvernement d'Obwald invite l'Assemblée fédérale à rappeler avec lui le souvenir du grand pacificateur, Nicolas de Mue; sur quoi, le président, M. le D1 Biieler, a prononcé le discours suivant : Messieurs les députés, II y a 500 ans aujourd'hui qu'est né Nicolas de Flüe.

Dans la vie d'un peuple, cinq siècles représentent une longue période. Seuls des événements considérables ou des figures de premier ordre émergent de l'histoire après si longtemps.

Le reste s'évanouit dans l'oubli.

Aujourd'hui, l'image de l'homme béni, du saint homme, du grand patriote, du citoyen simple et fruste du Sachsler Fitteli apparaît clairement à nos regards, son nom est gravé dans l'esprit de chacun de nos enfants, dans le cceair de tous les patriotes.

Fils de Henri et de Hemma Euobärt, de Sachslenberg, il remplit fidèlement ses devoirs de citoyen, de soldat et de père. Obéissant à une impulsion irrésistible, il prit congé de sa vaillante compagne, de ses chers enfants, pour consacrer le reste de sa vie, dans les sauvages profondeurs de la Ranftschlucht, à la prière et au service de Dieu.

Quantité de gens de toutes classes allaient en pèlerinage au Eanft auprès de l'homme de Dieu qui vivait dans le renoncement le plus strict, les uns lui demandant le secours d'un conseil ou d'une prière, les autres un mot de consolation. Il versait le baume dans les coeurs blessés. Avant tout, il était homme de paix et s'efforçait de lutter contre la désu-

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mon dans l'ordre privé comme dans l'ordre public. Le frère Klaus, en véritable confédéré et patriote, n'a pas perdu le sens du bien public, disons le sens politique. Dans l'isolement de son tranquille ermitage, en communion avec Dieu, son jugement s'est purifié, il s'est dépouillé de toute ambition et il se laisse guider uniquement par l'intérêt public.

C'est le secret de sa grandeur dans l'histoire et son importance capitale pour la constitution et le développement de notre patrie.

L'importance et le renom de l'humble ermite, qui savait sans doute à peine lire et écrire, ressort du fait qu'il put déterminer le duc Sigismond à signer une paix perpétuelle entre l'Autriche et la Confédération, que les comtes Baromei envoyèrent leur chancelier en mission politique auprès de lui et que des gouvernements lui déléguèrent des missions spéciales pour lui demander son conseil et sa médiation dans des époques de troubles.

En 1471 déjà, les Bernois punissaient une insulte au frère Klaus, au « saint homme », comme une insulte à toute la Confédération. On attribue à l'influence du frère Klaus la première interdiction prononcée par la Diète en 1474, d'accepter des « dons » de princes étrangers, autrement dit de se laisser corrompre par eux.

Son oeuvre impérissable a été de sauver la Confédération de la crise la plus grave qu'elle ait traversée, le 22 décembre 1481, à la Diète de Stans.

Le butin pris sur Charles le téméraire avait mis la Confédération à deux doigts de sa perte. L'envie, la désunion régnaient entre les villes et la campagne; des chefs corrompus par l'argent étranger se répandaient dans les diètes en insultes menaçantes : la Confédération paraissait abandonnée aux pires passions.

C'est le doux ermite qui réconcilia les frères ennemis par ses saintes paroles et qui rétablit la paix entre eux.

Les cantons de Soleure et de Pribourg furent admis à faire partie de la Confédération. Pour la première fois, celleci incorporait un pays romand avec entière égalité de droits et elle nouait ainsi le premier de ces liens qui, en se développant, ont réalisé notre idéal suisse actuel : le groupement de trois nationalités unies indissolublement sous le régime de la liberté tandis que ces mêmes nationalités se livrent des combats à mort en dehors de nos frontières.

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Voici en quels termes la Diète de Stans enregistre, dans le langage fruste et sincère de l'époque, sa décision du 22 décembre 1481 : «Des ersten heimbringen die trüw, müh und arbeit, so dan der fromm man, bruder Klaus in diesen Dingen getan hat, Jm das trülich ze danken, als jeglicher bott weis witter ze sagen.» Nous voulons en ce jour, nous aussi, donner une pensée de reconnaissance au frère Klaus pour la sainte ardeur avec laquelle il s'est attaqué à l'esprit de discorde, avec laquelle il a sauvé la patrie et lui a préparé un heureux avenir. De génération en génération, le peuple suisse le répétera et lorsque l'unité et la paix intérieure paraîtront menacées, il se souviendra de l'ermite du Kauft.

Le canton d'Obwald célèbre aujourd'hui en une fête modeste et simple, essentiellement religieuse, le 500e anniversaire de la naissance dû patron de notre pays. Le Conseil fédéral y assiste avec les chefs de l'armée et les représentants des huit premiers cantons, et leur présence dans la petite patrie du frère Klaus, tandis que les cloches sonnent à toute volée, donne à cette solennité un caractère national.

Le Conseil national s'associe par la pensée aux autorités et au peuple du canton qui a donné naissance à Nicolas de Flüe, et leur envoie son salut patriotique.

Au Conseil des Etats, après que la lettre du canton d'Obwald eut aussi été lue, le président, M. le colonel Mercier, prononça un discours en l'honneur de Nicolas de Flüe.

Les deux conseils législatifs ont envoyé au landammann et au Conseil d'Etat d'Obwald un télégramme commun de félicitations.

EXTR A IT DES DÉ LIBÉRATIONS AIT CONSEIL FÉDÉRAL all KAU DES DÉLIBÉR ATIONS DU CONSEIL FÉDÉRAL # S T #

(Du 12 mars 1917.)

La mise sur pied de la brigade de cavalerie 2 prévue pour le 26 mars 1917 a été retardée.

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