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LIIme année. Vol. III. N° 24,

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13 juin 1900.

Message du

Conseil fédéral à l'Assemblée fédérale concernant

l'acquisition de tentes-abris.

(Du 12 avril 1900.)

Monsieur le président et messieurs, Nous avons l'honneur de vous demander de nous ouvrir les crédits nécessaires à l'acquisition deer tentes-abris pour l'infanterie de l'élite et de la landwehr, I ban, ainsi que pour l'artillerie de montagne, les demi-bataillons du génie et les compagnies de télégraphistes de l'élite.

Pour qu'une troupe conserve ses forces et soit à chaque instant en état de combattre, il est de toute nécessité de la soustraire aux intempéries pendant les heures de repos. Or, c'est précisément dans les moments où le soldat a le plus besoin de ménagements, à la veille de rencontres décisives ou à l'issue d'un engagement victorieux, que la question du logement de la troupe prend une importance toute spéciale; car il s'agit alors de tenir prêt sur un espace restreint tous les combattants. Dans cette occurence, il faut sacrifier le bienêtre de la troupe à des considérations tactiques, attendu que la dislocation de l'armée dans diverses localités, produit une dispersion des forces qui peut être fatale. Il faut donc trouver Feuille fédérale suisse. Année LU. Vol. III.

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un matériel qui permette de ne pas cantonner la troupe, dont elle puisse disposer à tout instant pour se reposer à l'abri des rigueurs du temps.

Déjà, dans l'antiquité, les armées emportaient avec elles des .tentes sur des voitures et des bêtes de somme et, jusque vers la fin du siècle passé, chaque armée était dotée d'un équipement de tentes complet. Mais ce matériel devint encombrant dès le jour où les armées de mercenaires furent remplacées par les levées en masse et depuis que l'ancienne guerre de position, avec ses opérations lentes et méthodiques, eut fait place à la guerre moderne, avec ses forces au moins quintuplées et la grande mobilité de ses mouvements.

11 fallut donc supprimer les tentes. Mais les conséquences ne tardèrent pas à se faire sentir ; car les guerres de cette époque accusent, par rapport aux pertes provenant de blessures, une proportion excessive d'hommes décimés par la maladie.- Pendant la guerre franco-allemande, les Français étaient pourvus en partie de tentes coniques, en partie de couvertures de laine ; les Allemands, par contre, privés de tout matériel de campement, pâtirent, de cet état de choses, compensé partiellement chez eux, il est vrai, par des avantages d'autre nature. Mais les expériences qu'ils firent à cette occasion provoquèrent, dans l'intendance militaire, des études multiples aux fins de résoudre cette question.

Abstraction faite de ces expériences, il ne faut pas oublier que la vie moderne, avec ses agréments et son confort à la portée de tout le monde, n'est pas pour produire des soldats aguerris, et qu'en raison de la courte durée du service militaire dans notre pays, nous nous trouvons dans un état d'infériorité vis-à-vis des armées permanentes, en ce qui concerne l'entraînement des troupes.

Dans plusieurs armées, comme l'anglaise et la turque, les tentes ont toujours fait partie de l'équipement des troupes. En France, une tente conique portative fut adpptée dans la première moitié de ce siècle. Chez nous, des essais effectués avec ce modèle entre 1860 et 1870, aboutirent à l'acquisition d'un assez grand nombre de ces tentes, qui avaient le défaut de ne pas être imperméables, de charger le soldat outre mesure et de n'être pas faciles à monter et à replier, de sorte que les troupes renonçaient souvent à s'en servir, préférant camper en plein air. La Confédération en possède encore 3000 environ, mais elles tombent en vétusté et

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sont tout au plus bonnes encore pour la réserve ou comme matériel d'école.

Plus tard furent introduites les couvertures de laine, dites « couvertures de bivouac », pour préserver la troupe contre les intempéries. C'est au budget de 1882 que le premier crédit fut accordé à cet effet. Les acquisitions en étant terminées en 1888, ces couvertures furent mises en dépôt dans les arsenaux cantonaux pour faire partie du matériel de corps des unités de troupes de l'infanterie; l'année après, les troupes spéciales en furent également dotées de la même manière.

Cependant, les observations recueillies aux rassemblements de troupes ont permis au Département militaire de constater qu'en cas de mobilisation il ne serait pas possible de transporter les couvertures de bivouac sur les voitures d'ordonnance. C'est pourquoi ce matériel n'a pas été complété depuis 1893, malgré l'augmentation des effectifs.

Dans le courant des dix dernières années, l'effectif des bataillons d'infanterie s'est élevé, en moyenne, à 900 hommes.

En vertu de la loi fédérale de 1897 concernant la réorganisation de l'infanterie de landwehr, il a été formé un Ier ban incorporé à l'armée de campagne ; il y a lieu, dès lors, de lui attribuer le même équipement qu'à cette dernière.

Or, si l'on voulait s'en tenir à un matériel de campement consistant en couvertures de bivouac, il y aurait lieu, d'après les effectifs actuels de l'infanterie, de faire l'acquisition de 33,000 nouvelles couvertures, dont le coût se monterait à 396,000 francs. Dans ces conditions, il serait nécessaire de pourvoir chaque bataillon de l'élite et de la landwehr Ier ban d'un nouveau fourgon, au moins pour faire face au surcroît de charge résultant d'effectifs plus forts, sans que pour cela les anciens fourgons puissent être allégés. Cette mesure aurait pour conséquence d'augmenter le train de l'armée de campagne de 140 voitures, 140 soldats du train et de 280 chevaux.

Les couvertures de bivouac présentent certains avantages pour la troupe. Elles préservent les hommes du froid, lorsque le temps n'est pas trop humide; leur emploi n'exige aucune instruction spéciale et elles ne sont pas visibles de loin dans la même mesure que les tentes. Enfin, elles peuvent aussi être employées daus les cantonnements.

Les inconvénients, par contre, proviennent de leur poids qui exige leur transport sur des voitures et de la circonstance

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que, par les temps humides, elles s'imbibent d'eau et ne sèchent que difficilement, de sorte qu'elles peuvent devenir inutilisables pour quelque temps et mettre le train dans la nécessité d'avoir recours à des chevaux de renfort ou à des chars de réquisition. Il n'est pas besoin de faire . observer toutefois qu'en cas de grandes concentrations de troupes, ces expédients feront le plus souvent défaut.

En temps de guerre, il sera toujours difficile pour les fourgons de corps de rejoindre leurs unités respectives à, temps aux lieux assignés à ces dernières pour y passer la nuit. Mais les difficultés augmenteront à mesure que les corps d'opération seront plus nombreux et accuseront une plus grande vitesse de marche, que les chemins deviendront plus mauvais et le terrain plus accidenté. Il arrivera dès lors que l'infanterie sera privée de ses couvertures quand elle en aurait le plus grand besoin. On exige aujourd'hui d'une infanterie manoeuvrière qu'elle puisse vivre, le cas échéant, sans son train pendant quelques jours. L'alimentation s'effectue alors au moyen de conserves et de réquisitions. Quant au logement, il est nécessaire de s'affranchir des cantonnements, lorsque l'intérêt tactique ou stratégique l'exige. Par conséquent, il importe au plus haut degré que les troupes puissent camper par quel temps qu'il fasse et à quelle altitude que ce soit, sans que leur santé en souffre.

Les subdivisions du génie, qui doivent suivre l'infanterie par monts et vaux, et l'artillerie de montagne qui, du reste, ne saurait compter sur des routes carrossables, sont soumises aux mêmes épreuves.

Or, en présence de l'utilité' restreinte des couvertures de bivouac et des grandes exigences auxquelles les armées d'aujourd'hui doivent faire face, nous estimons qu'il y a lieu de faire abstraction de ces couvertures comme matériel de campement ordinaire, en réduisant au minimum le nombre de celles affectées aux unités de l'infanterie et en destinant le reste à une réserve appelée à suffire à des besoins divers. D'autre part, nous vous recommandons l'adoption d'une tente portative, d'après un modèle répondant de la manière la plus heureuse à toutes les nécessités de la guerre.

Dans toutes les armées des Etats qui nous environnent on a introduit ces dernières années, après des essais approfondis, des tentes portatives, assez légères pour pouvoir être portées commodément par le soldat. Elles sont imperméables et peuvent être montées et démontées rapidement. Il ressort d'essais

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effectués en Russie et en Allemagne, dont les résultats ont été publiés, que ces tentes peuvent être utilisées même par des temps très froids, attendu qu'elles se ferment et que la présence des hommes qui l'occupent en rend la température supportable. Les officiers suisses qui ont pris part à des manoeuvres à l'étranger se sont tous prononcés en faveur de ces tentes si pratiques et notre Département militaire a fait procéder, dans la plaine et dans la haute montagne, à des essais nombreux avec des modèles suisses et étrangers. Les derniers essais ont ·été effectués avec 1600 tentes, réparties entre les huit arrondissements de division et les fortifications du Gothard et de St-Maurice. Ils ont produit des résultats satisfaisants et ont permis de constater que le modèle adopté dans l'armée allemande était le plus parfait et que nous pouvions l'introduire ·chez nous avec quelques modifications. Telle est l'avis aussi de la commission de la défense nationale.

Cette tente se compose « d'unités », dont chacune est portée par un homme sur le sac.

Chaque unité se compose d'une pièce de coton brun, légère -et imperméable, formant un carré mesurant 1,65 m. de côtés et pourvue de boutons et d'oeillets en aluminium ; d'un montant de frêne en trois parties, avec des garnitures en aluminium ; de deux piquets en tôle légère demi-circulaire et d'une «orde de chanvre d'une longueur de deux mètres. Au moyen de deux attaches fixées que l'on peut nouer autour du cou le soldat peut s'envelopper de chaque pièce d'étoffe comme d'un manteau de pluie, ce qui sera surtout agréable pour les sentinelles.

L'unité de tente est portée de la manière suivante : la pièce de coton, dans laquelle on enveloppe au milieu les trois parties du montant, est pliée de telle façon qu'elle puisse être appliquée sur toute la longueur de la capote roulée; les deux piquets ainsi que la corde sont placés dans la poche extérieure du sac. De cette manière, la capote est garantie contre la pluie. Le poids total de l'unité est de 1 1/8 kilo environ.

Les unités peuvent être combinées de manière à former des tentes de toute grandeur. Pour la plus petite tente, il faut deux unités et trois hommes peuvent s'y loger. Dès lors, pour loger une troupe entière, il suffit de deux unités de tente par groupe de trois hommes. Il sera ainsi possible de ne pas augmenter la charge des porteurs dès outils de pionniers. De cette façon, la charge des hommes sera à peu près la même pour tous, tout en restant au-dessous de celle imposée aux fantas-

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sins des armées des pays qui nous entourent et sans dépasser en moyenne le maximum de charge de 27 kilos fixé lors de l'adoption du nouvel équipement de l'infanterie.

A raison de deux unités pour trois hommes et en prenant pour base les effectifs réglementaires, les unités suivantes seront dotées du nouveau matériel de campement : Les 141 bataillons d'infanterie de l'élite et de la landwehr,.

1er ban, les 4 batteries de montagne, les 8 demi-bataillons du génie et les 4 compagnies de télégraphistes.

Dans ces conditions, les acquisitions à effectuer seront de : a. 580 unités par bataillon d'infanterie, soit 81,780 unités b. 120 » par batterie de montagne » 480 » c. 260 » par demi-bataillon du génie, » 2,080 » d. 100 » par compagnie de télégraphistes, » 400 » Total

84,740 unités

La cavalerie peut se passer de matériel de campement, attendu que dans la règle elle est cantonnée dans les localités.

Les autres armes conserveront les couvertures de bivouac comme matériel de corps et les états-majors des unités supérieures en seront également pourvus en temps ordinaire. Quant à l'artillerie de campagne et de position, aux équipages de pont et aux troupes sanitaires, ces troupes peuvent d'autant plus facilement être munies de couvertures qu'elles ne sont jamais obligées de se séparer de leurs voitures et qu'à l'avenir elles trouveront plus aisément à établir leurs quartiers dans les localités, du moment que l'infanterie ne sera plus réduite à ce seul moyen de logement.

Il y aura lieu cependant de laisser aux bataillons d'infanterie et aux demi-bataillons du génie un nombre restreint de couvertures, soit 100 aux premiers et 40 aux seconds, pour les, corps de garde, les infirmeries et les locaux d'arrêts.

Resteront donc attribuées à ces unités 40,000 couvertures ; quant aux 80,000 qui deviendront disponibles, elles seront utilisées comme suit : 1. Comme l'acquisition du nouveau matériel doit être répartie entre plusieurs années, il sera prélevé le nombre de couvertures nécessaire pour les troupes qui ne seront pas pourvues de tentes la première année.

2. Au fur et à mesure des acquisitions de tentes, l'ancien matériel de campement trouvera l'emploi suivant : Environ 23,000 couvertures seront affectées à la landwehr, IId ban, et 30,000 aux dépôts de troupes organisés

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en cas de mise sur pied générale. Un reste de 30,000 couvertures servira de réserve, laquelle sera destinée en première ligne au renouvellement du matériel de corps et de caserne, mais pourra exceptionnellement être mise à la disposition d'une troupe qui serait logée d'une manière particulièrement défectueuse, par exemple en cas d'occupation de longue durée dans la haute montagne, d'occupation des frontières ainsi qu'à l'occasion de cours de répétition dans la montagne et lorsque le temps et la saison rendront une pareille précaution nécessaire.

Les dépenses résultant de l'acquisition de tentes se monteront de 10 francs à fr. 10. 30 par unité. A supposer que le prix atteigne la limite supérieure, soit fr. 10. 30, ce qui ne sera probablement pas le cas pour peu que l'on fasse de grandes commandes, la dépense totale pour 84,740 unités s'élèvera à 873,000 francs.

Il faut considérer toutefois que cette dépense de 873,000 francs rend superflue l'acquisition des couvertures indispensables pour compléter le matériel de l'élite et pourvoir la landwehr du Ier ban de cet équipement. Le nombre de couvertures, qu'il faudrait commander de ce chef, se monterait à 33,000, et le crédit à accorder à cet .effet serait de 396,000 francs. La dépense nette résultant de l'achat du nouveau matériel de campement, ne s'élève donc-qu'à 477,000 francs. Et encore ne faut-il pas oublier que le coût des couvertures dont devraient être dotés les dépôts de troupes et la landwehr, IId ban, n'est pas compris dans ce calcul.

Nous avons l'honneur de vous proposer de répartir la dépense totale entre quatre exercices, de sorte que chaque année un corps d'armée avec sa brigade de landwehr toucherait le nouveau matériel de campement.

Dès lors, la répartition pourrait s'effectuer comme suit et les crédits en question seraient rapportés aux budgets du matériel : 206,000 fr. en 1900 pour le IIIme corps d'armée et les batteries de montagne 1 et 2 ; 206,000 » en 1901, pour le IIme corps d'armée et les batteries de montagne 3 et 4 ; 245,346 » en 1902 pour le IVme corps d'armée et les troupes du Gothard ; 215,476 » en 1903 pour le Ier corps d'armée et les troupes de St-Maurice.

872,822 » en tout.

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En vous proposant donc de nous accorder à cet effet un crédit total de 873,000 francs, nous résumons* nos motifs comme suit : 1. Dans l'intérêt de la santé des troupes et du développement des aptitudes manoeuvrières de nos milices, il est nécessaire de doter l'infanterie, les sapeurs et l'artillerie de montagne d'un matériel de campement portatif et pratique, permettant aux troupes, dans des moments critiques, de se mouvoir et de se reposer sans avoir égard à la nature des lieux et sans avoir à s'occuper de leur train.

2. Les couvertures de bivouac en usage jusqu'à présent ne répondent nullement à ces exigences.

3. Grâce à des inventions techniques récentes, on est parvenu à confectionner une tente, portati ve excellente, adoptée déjà par les Etats voisins et dont l'introduction s'impose chez nous dans l'intérêt de notre armée.

Nous vous recommandons instamment, monsieur le président et messieurs, l'acceptation du présent projet et nous vous .prions d'agréer les assurances de notre haute considération.

Berne, le 12 avril 1900.

Au nom du Conseil fédéral suisse, Le président de la Confédération : HAUSER.

Le chancelier de la Confédération: EINGIER.

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Projet.

Arrêté fédéral concernant l'acquisition d.e tentes-abris.

L'ASSEMBLÉE FÉDÉRALE de la C O N F É D É R A T I O N SUISSE, vu un message du Conseil fédéral du 12 avril 1900, arrête : 1. Il est ouvert au Conseil fédéral un crédit de 873,000 francs, à répartir entre quatre exercices. Cette somme sera affectée à l'achat de tentes-abris, pour l'infanterie de l'élite et de la landwehr du Ier ban, l'artillerie de montagne, les demi-bataillons du génie et les compagnies de télégraphistes de l'élite.

2. Cet arrêté est déclaré urgent et entre immédiatement en vigueur.

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Message du Conseil fédéral à l'Assemblée fédérale concernant l'acquisition de tentes-abris.

(Du 12 avril 1900.)

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13.06.1900

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