513

pu ; ils continueront les semences pendant tout le mois de Janvier et peut-être une partie du mois de Février 1871.

Les colons européens, de leur côté, ont ensemencé tout ce qu'ils ont pu. Les travaux de semence ont été faits dans de bonnes conditions, et si le temps est favorable à la récolte jusqu'à sa maturité, la province d'Oran a droit d'espérer une année prospòre.

Les communications directes par vapeur avec l'Espagne, par le port de Carthagène, vont être rétablies ; la quarantaine imposée aux provenances d'Espagne avait motivé l'interruption de ces relations si avantageuses pour l'Espagne et pour notre province.

# S T #

RAPPORT du

Consul suisse à Alger (Mr. E. Joly, de Granges (Vaud), pour l'année 1870.

(Du 1er Mars 1871.)

Au haut Conseil fédéral suisse.

Situation.

Malgré son éloignement du théâtre de la guerre, l'Algérie ne pouvait se soustraire aux pénibles émotions causées par les désastres dont la métropole avait à subir les douloureuses conséquences.

Son commerce, très-prospère dans le premier semestre de 1870, vit, promptement s'évanouir les belles espérances fondées sur une récolte exceptionnelle.

514

Non seulement les prix des céréales et des autres produits du sol furent avilis, mais le manque d'acheteurs rendit toute transaction impossible sur le marché d'Alger, personne n'osant se risquer dans des opérations que la peur et la rareté du numéraire taisaient paraître comme une témérité hors de saison.

Le départ pour la France de l'armée d'Algérie, principal consommateur des produits de la colonie, justifiait en quelque sorte la réserve des spéculateurs et expliquait la situation difficile des détenteurs de ses produits et-des marchandises de toute nature.

Les colons furent contraints de garder leurs récoltes, ou de les consigner sur warrants,, dans les docks, pour parer à des besoins urgents.

' La question controversée de l'utilité de l'extension à l'Algérie de la prorogation des échéances, contribua probablement aussi à la stagnation des affaires. On paraissait peu disposé à avoir foi clans l'honneur commercial des Algériens, et l'on craignait que beaucoup d'entre eux n'abusassent de cette latitude pour faire disparaître leur actif.

La Banque de l'Algérie et la majeure partie des Chambres de commerce se prononcèrent contre la prorogation, qui, fut néanmoins octroyée sur la réclamation du commerce de détail, lequel souffrait beaucoup de l'interruption de la vente.

Cette facilité, si vivement combattue, n'a cependant pas eu un résultat bien désastreux pour les porteurs de valeurs sur l'Algérie, puisque la Banque déclarait dans son compte rendu du 31 Octobre dernier n'avoir en effets prorogés dans toute l'Algérie que pour fr. 1,482,922 67.

Les bruits de révolte des indigènes n'avaient rien de sérieux ; l'on ne sait pas au juste où ils ont pris naissance et dans quel but ils ont été répandus et accrédités par une circulaire du Gouverneur Général.

Les Arabes paraissent s'être au contraire beaucoup plus occupés de leurs laboura que de faire parler la poudre. Leurs ensemencements faits sur une vaste échelle, concurremment avec ceux des colons, permettent d'espérer que l'Algérie produira une grande quantité de céréales.

La République a été acclamée ici avec un vif enthousiasme.

L'empressement mis à se débarrasser du régime militaire protive combien il était antipathique à la population. C'est là ce que l'on a appelé les émeutes algériennes pendant lesquelles pas une goutte de sang n'a été versée.

51»

Malheureusement pour les intérêts du pays, des esprits peureux en ont exagéré les conséquences, et peut-être aussi une partie de la population n'a-t-elle pas su se conduire avec assez de réserve.

De là, à un danger réel il y avait loin, mais ces craintes purement imaginaires répandues en Europe ont détourné de l'Algérie les étrangers habitués à venir y passer l'hiver, ce qui a produit une perte très-sérieuse pour la ville d'Alger, dont les hôtels sont restés vides.

On nage ici dans le provisoire, les décrets se succèdent avec une rapidité inouïe, modifiant de fond en comble l'administration de la colonie, transformée maintenant en trois départements français, sans que l'on sache encore s'il y aura assimilation complète ou si elle conservera sa législation spéciale.

La haute administration est placée sous la direction d'un Commissaire extraordinaire de la République, ayant sous son autorité un Général de division commandant en chef les forces de terre et de mer.

Nos ressortissants ont été appelés, en raison de l'état de guerre,, à faire partie provisoirement des milices sédentaires, où ils sont incorporés dans des compagnies françaises et étrangères. Ils ont renoncé à la pensée, qu'ils avaient eue, de fonder un corps spécial composé seulement de Suisses.

Des deux Vice - Consulats suisses établis en Algérie, celui d'Oran seul a pu fonctionner, le titulaire de celui de Philippeville attendant encore l'exequatur du Gouvernement français.

Commerce du département d'Alger.

Importations.

Cette partie du commerce algérien, très-prospère pendant le premier semestre de 1870 et en augmentation sur le semestre correspondant de l'année 1869, a subi une forte diminution depuis ladéclaration de guerre.

516

Fromages .

.

.

.

Viandes salées de porc.

Blé Pommes de terre .

Légumes secs Fruits de table frais Fruits de table secs et tapés.

id. oléagineux.

Café .

.

Tabac en feuilles et côtes .

Bois bruts ou sciés de 80 c/m.

Verres et cristaux Vins de toute sorte Tissus de coton .

id. de chanvre ou de lin.

id. de laine id. de soie Peaux préparées .

en moins sur 1869.

414,448 kilogr.

39,320 kilogr.

268,950 » 3,143 » 164,426 hectol.

3,856 hectol.

3,046,565 kilogr.

152,473 kilogr.

532,998 » 503,930 » 1,322,930 » 292,762 » 354,609 » 392,166 » 288,900 » 52,990 » 942,528 » 152,246 » 363,573 » 183,711 » 3,153 stères.

2,568 stères.

358,079 francs.

196,066 francs.

16,706,484 litres.

379,207 litres.

11,532,868 francs. 3,377,849 franCK.

1,700,314 » 171,155 » 771,136 » 3,535,083 » 843,256 · *> 880,562 » 55,619 » 1,849,856 »

L'importation ,des autres articles tels que graisses, orges, farines, riz, huiles, sucres et spiritueux s'est maintenue avec une légère augmentation sur l'année précédente.

La diminution de la vente au détail dans le commerce des tissus depuis la guerre est évaluée à 35 °/0 du chiffre annuel.

Exportations.

L'exportation des produits du pays ayant généralement lieu dans le deuxième semestre, sauf quelques exceptions, c'est dans cette partie du commerce que les fâcheux effets de la guerre se sont fait sentir au détriment de la richesse coloniale. Ce mouvement de recul est sans doute très-regrettable, en ce qu'il éloigne l'Algérie de son but qui doit être d'atteindre un chiffre d'exportation plus élevé que celui d'importation.

517

Les articles en souffrance sont les suivants : en moins sur I8(u>.

Peaux brutes .

.

.

Laines » .

.

.

Graisses .

.

.

.

Farines .

.

.

.

p . i Blé .

.

.

céréales ( Qrg(j _ _ Graines de lin .

.

.

Fruits secs .

.

.

Tabacs .

.

.

.

Huile d'olive .

. ' .

Lin t e i l l e . . . .

Crin végétal .

.

.

Tabac fabriqué.

.

.

193,320 kilogr.

247,303 kilogr.

668,182 » 23,099 » 64,645 » 140,318 » 3,404,300 » 626,260 » 23,654 hectol.

90,990 hectol.

29,668 » 88,157 » 1,734,850 kilogr.

53,815 kilogr.

59,678 » 366,786 1,295,752 » 749,155 740,419 » 2,899,540 » 78,570 ;> 148,446 » 3,741,005 » 353,365 » 372,600 » 80,831 »

Quelques articles ont cependant obtenu une augmentation provenant sans doute des besoins exceptionnels des troupes en campagne.

Ces articles sont : les poissons de mer secs et salés, les légumes secs et verts, le biscuit de mer et les fourrages.

Banques.

Nous n'avons aucune création nouvelle à signaler. Les opérations de la Banque de l'Algérie résumant l'escompte et l'encaissement de toutes les valeurs en circulation ; nous donnons, selon coutume, le relevé de son dernier compte rendu.

Les escomptes, du 1er Novembre 1869 au 31 Octobre se sont élevés : à Alger, à 65,175 effets pour fr. 44,504,690 à Bòne, » 20,383 » » » 16,851,255 à Constantine, » 38,674 » » » 46,820,797 à Oran, » 54,525 » » » 44,974,903 Ensemble En 1868-69

» »

178,757 146,385

» »

» »

1870, 45 67 56 37

fr. 153,151,647 05 » 125,525,782 97

L'augmentation pour 1870 est de .

fr. 27,625,864 09 que l'on peut attribuer aux nombreux renouvellements d'effets qui n'auraient pu être payés à échéance sans cette facilité.

518

à à à à

Effets à l'encaissement pendant l'exercice 1869-70 : Alger, 42,972 effets pour fr. 21,424,216 55 Bòne, 59 » » » 29,408 08 Constantine, 591 » » » 232,382 90 Oran, 955 » » » 601,510 17

Ensemble 44,577 En 1868-1869 45,307

» »

» »

fr. 22,287,517 70 » 27,463,286 71

La diminution pour 1869-70 est de fr. 5,175,769 .01 La circulation moyenne des billets de banque a été de fr. 15,812,875. -- La loi du 18 Août 1870, en ordonnant le cours forcé des billets de banque, autorisait aussi la Banque de l'Algérie à élever sa circulation fiduciaire à 18 millions. Ce chiffre ayant paru insuffisant, la Banque obtint de l'élever à 24 millions, puis enfin la loi du 3 Septembre 1870 l'a porté à 34 millions.

La situation de la Banque de l'Algérie était au 31 Octobre ·dernier : Capital émis fr. 5,000,000 » Fond de réserve complet.

.

.

» 1,666,666 66 Eéserve extraordinaire .

.

.

» 305,000 » Fond d e prévoyance .

.

.

» 119,266 6 8 Eéserve immobilière .

.

.

» 1,178,889 6 4 Capital total

fr. 8,269,822 98

Le résultat des opérations de 1869--1870 se traduit par : e

37 semestre, total des produits Charges du semestre Réescompte d u portefeuille .

.

.

.

Prélèvement pour la réserve et le fonds de prévoyance .

.

.

.

.

.

.

fft 708,970. 64 fr. 144,226. 05 » 118,280. 9 5 » 115,000. -- » 377,507. --

38e semestre, total des produits Charges du semestre Réescompte Effets e n souffrance .

.

.

Réserve et fonds de prévoyance

fr. 331,473. 64 fr. 888,609. 19 .

'.

.

.

fr. 199,274. 25 » 146,201. 61 » 7,545. 3 0 » 203,789. 64 » 556,810. 80 .

» 331,798. 39

Produit net, total général fr. 663,272. 03 Les intérêts et dividendes distribués aux actionnaires se sont élevés à fr. 66 par action pour, l'année entière.

Le taux de l'intérêt à la Banque s'est maintenu à 6 °/o l'an.

On n'a pas encore obtenu la réduction du taux légal fixé à 10 °/0 l'an, quoique les Chambres de commerce se soient, prononcées pour son abaissement à 6 °/0.

m -- <o

520 Voies de communication.

La ligne ferrée de Philippeville à Constantine est en pleine exploitation depuis six mois environ.

Celle d'Alger à Oran, sauf la section de Bou Medfa à Affreville livrable dans deux mois, est aussi en exploitation. Ces deux provinces seront donc reliées par une voie rapide, qui dispensera, les voyageurs d'une traversée de 48 heures, en raison des diverses escales où les navires porteurs du courrier devaient toucher.

Immigration.

La guerre ne pouvait qu'être défavorable au peuplement de l'Algérie, et l'on peut, sans trop se risquer, dire que l'immigration a été complètement nulle cette année.

# S T #

Extrait des délibérations d u , Conseil fédéral.

(Du 8 Avril 1871.)

er

Par note du 1 courant la Légation suisse à Paris informe le Conseil fédéral que le Gouvernement français, vu la cessation complète de la peste bovine en Suisse, a permis l'importation du bétail suisse en France et a donné des instructions à cet effet aux préfets de l'Ain, du Doubs et du Jura.

Vu l'augmentation considérable des correspondances télégraphiques, le Conseil fédéral a décidé de créer 30 nouvelles places de télégraphistes, savoir 4 pour Genève, 3 pour Baie, Berne, St.

Gall et Zurich, 2 pour Lausanne et Lucerne, 1 pour Aarau, Bellinzone, Chaux-de-Fonds, Coire, Glaris, Neuchâtel, Ölten, Schaffhouse, Vevey et Winterthour.

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RAPPORT du Consul suisse à Alger (Mr. E. Joly, de Granges (Vaud), pour l'année 1870.

(Du 1er Mars 1871.)

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15.04.1871

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