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Assemblée fédérale

Les Conseils législatifs de la Confédération se sont réunis le lundi 29 septembre 1924, à 18 heures, pour la session d'automne.

Dans les deux Conseils, les présidents ont rappelé la mémoire de MM. les conseillersr nationaux Dr Alfred Wyrsch, décédé le 9 juillet 1924, et D Alfred Frey, décédé le 22 septembre 1924.

Discours de M. Evéquoz, président du Conseil national : Messieurs les membres du Conseil national, En ouvrant cette session d'automne, je suis certain d'être votre interprète à tous, en adressant à nos confédérés du Tessin l'expression de notre profonde et douloureuse sympathie à l'occasion de la catastrophe qui, en frappant si cruellement les habitants du village de Someo, a atteint le canton du Tessin tout entier.

Les témoignages qui sont arrivés de toutes les parties de la Suisse prouvent une fois de plus à nos confédérés du Tessin que, s'ils sont séparés géographiquement par la grande barrière des Alpes, ils forment avec nous tous une seule famille, la grande famille helvétique affligée par le malheur qui vient de frapper un des siens.

On conçoit avec émotion la terreur qui a dû s'emparer des habitants de ce petit village alpestre, lorsque, au milieu de la tourmente, entourés de flot tumultueux, séparés du monde, sans secours possible, ils voyaient les maisons, s'écrouler, les blessés et les morts joncher le sol.

Les populations de nos vallées alpestres sont exposées à des risques effrayants. Souvent, elles voient disparaître en quelques heures le fruit du travail de plusieurs générations.

On peut juger par là, combien il faut à ces braves gens de ténacité, d'endurance, d'énergie, d'amour du sol, pour ne pas se décourager.

Cette constatation nous autorise à poser la question de savoir si l'on a suffisamment tenu compte de ces facteurs dans l'application pratique de la solidarité confédérale, et nous prouve que nous avons encore de grands problèmes à' résoudre si nous ne voulons pas voir déserter ces régions où la vie est difficile.

Ò2&

Aujourd'hui même où le Tessin rend les derniers honneurs aux victimes de la catastrophe, nous adressons au canton, à son gouvernement, aux familles des victimes, aux populations cruellement éprouvées, l'expression de nos sentiments de condoléances. Nous formulons le voeu que, par leurénergie, leur travail, ces populations fassent disparaître rapidement les traces de cette catastrophe, et n'en restent pas, moins attachées à leur sol natal.

Depuis notre dernière session, des vides cruels se sont; creusés dans nos rangs.

Le 9 juillet dernier, s'éteignait à Baden, M. le conseiller national Dr Alfred Wyrsch. Il fut atteint, il y a quelques, mois d'une maladie cruelle. Il l'a supportée vaillamment, soutenu qu'il était par l'espoir qu'il conserva presque jusqu'au bout, de voir s'a santé se rétablir.

Alfred Wyrsch était né à Wettingen le 28 mai 1872. Après, avoir obtenu sa maturité classique, il se voua à l'étude du droit et fréquenta successivement les universités de Heidelberg, de Munich et de Berne. En possession de son grade de.

docteur qu'il conquit à Heidelberg, après de fortes études, il fonda en 1896 à Baden une étude d'avocat qui devint bientôt, prospère et dont il sut, jusqu'à sa mort, maintenir la renommée par un travail assidu et consciencieux, appuyé sur une.

science juridique bien assise.

Il avait le tempérament d'un homme politique. Ses talents, son énergie, son ardeur pour la lutte, son esprit d'organisation le destinaient à devenir un chef. A 25 ans, il entrait au Grand Conseil d'Argovie, où il sut se faire bien vite: une place en évidence. Il en devint le président en 1908 et.

1909.

C'est en 1907 qu'il entra au Conseil national.

D'un esprit avisé, avec une claire vision de l'avenir, il fut parmi les premiers dans le parti catholique, auquel il avait l'honneur d'appartenir, à reconnaître qu'il fallait aller au-devant des justes revendications des classes laborieuses; c'est à cette mission qu'il a voué une bonne partie de son activité parlementaire, et c'est vers cet objectif que, avec la légitime influence dont il jouissait, il a constamment aiguillé son parti.

C'est pour suivre cette ligne de conduite qu'il s'intéressa spécialement aux questions d'assurances, pour lesquelles il était du reste un spécialiste, à la législation sur les fabriques,.

.530 .les traitements du personnel, la durée du travail et bien d'au.tres dont je ne saurais faire l'énumération.

Les questions juridiques l'intéressaient à un haut degré, -et c'est ainsi qu'il prit une part active dans ces dernières années à la préparation du code pénal et du code pénal mdli-taire.

Je ne saurais omettre de rappeler enfin qu'il fut dès les .·premières années de son entrée sur la scène parlementaire fédérale un des partisans les plus convaincus et des plus actifs du système de la représentation proportionnelle. Il ne considérait pas ce système comme une simple modalité électorale, ·mais comme un principe dont l'application permet aux tendances diverses politiques et sociales de faire entendre leur voix. Et ce ne fut pas le moindre jour de sa vie parlementaire celui où il vit aboutir cette réforme pour le triomphe ·de laquelle il avait déployé tous les talents de sa forte dialectique et son éloquence convaincante.

D'un caractère aimable et jovial, il laisse le souvenir "d'un aimable collègue. Sur sa tombe prématurément ouverte «t sur laquelle s'est penchée, dans une profonde douleur, une mère de 93 ans, nous déposons l'hommage de notre souvenir .ému.

Le 22 septembre au matin, la nouvelle se répandait à Zu·rich et dans toute la Suisse que le conseiller national Dr Alfred Frey était décédé. Ce fut partout une émotion douloureuse et profonde, car on avait le sentiment que par la dis;parition de cet homme, la Suisse perdait un de ses citoyens les plus éminents, le parlement un de ses membres les plus écoutés.

Sans doute, depuis quelque tenups, on voyait sa santé s'altérer; mais la somme.de travail qu'il pouvait livrer, l'én'ergie avec laquelle il accomplissait les tâches ardues qui lui ^étaient confiées pouvait faire espérer qu'il serait encore pour -longtemps au service de son pays.

Argovien d'origine, Alfred Frey est né à Berne en 1859.

.Après des études commerciales, il se sentit attiré vers les ^sciences économiques et juridiques. Il étudia successivement ,,à Zurich, Berlin, Leipzig et Paris.

Il débuta dans la vie pratique en entrant à 23 ans au secrétariat permanent de l'Union suisse du commerce et de .l'industrie.

Il avait trouvé sa voie. Formé par l'économiste distingué

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<que fut Cramer-Frey, il fit dans cette institution puissante toute sa carrière. Il en devint le vice-président et l'inspirateur principal dès 1899, et le président effectif dès 1913.

Pour rendre à ce parlementaire distingué l'hommage qu'il mérite, il suffit de rappeler les1 souvenirs de sa vie publique.

On peut dire en effet que son activité pendant les 25 dernières années de sa vie se confond avec l'histoire de la vie économique suisse.

Entré au Conseil national dès 1900, il fut dès ce moment le conseiller principal du département de l'économie publique, le délégué du Conseil fédéral pour toutes les missions importantes se rattachant aux questions économiques et commerciales, enfin le négociateur de tous nos traités de commerce.

Le travail qu'il a fourni surtout pendant la longue période critique que nous avons traversée est immense, et sans exagération on peut dire qu'il est mort à la tâche.

Le tarif des douanes de 1902 est déjà en partie son oeuvre; dans la période de 1904 à 1906, il négocia les traités de commerce avec la France, l'Italie, l'Allemange, l'Autriche-Hongrie et l'Espagne.

. Ces traités, pas plus du reste que ceux récemment conclus, n'ont pas donné satisfaction à toutes les branches de la production nationale, mais, pour être juste, il faut reconnaître que les grandes connaissances qu'il avait acquises dans le domaine des sciences économiques, la parfaite intuition qu'il ·avait des besoins de la Suisse, jointes à sa belle intelligence, .à son caractère ferme et loyal, lui ont permis d'obtenir bien des avantages.

, Peu de temps avant la guerre, il avait commencé l'étude de la revision de notre tarif général et depuis la reprise de ces travaux, il en fut l'âme.

Considéré comme libre échangiste au début de sa carrière, il a cependant reconnu que ce système économique ne peut pas être érigé eii dogme immuable et que les circonstances sont souvent plus fortes que les doctrines, et c'est pourquoi, dans les conjonctures actuelles de l'Europe et du monde, il a reconnu la nécessité d'une protection rationnelle ··-- dans la mesure où elle est indispensable à la sauvegarde de la production nationale.

Ce protectionisme qu'il défendait, il n'a pas cherché à en faire une arme en faveur des intérêts industriels qu'il représentait plus spécialement. Il a su en faire profiter également l'agriculture, dans une mesure que pour certaines branches on: peut trouver insuffisantes, mais qui ne prouve pas

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moins son désir ardent de tenir la balance égale entre les intérêts multiples en présence.

Dans le sein de notre parlement, Alfred Prey a tenu un rôle de tout premier plan et avec lui disparaît une des grandes figures de notre Assemblèe.

Patriote ardent, économiste distingué, coeur loyal et franc, désintéressé, il savait se faire écouter, et dans toutes les questions économiques qui, depuis 1914 surtout, ont suscité un intérêt passionné dans notre salle, bien rares sont, les cas où son opinion n'a pas prévalu. M'est-il permis de rappeler spécialement une de ces interventions qui a laissedans l'esprit de tous ceux qui ont eu l'avantage de l'entendre une profonde émotion, c'est son discours en faveur de l'entrée de la Suisse dans la Société des Nations. Quittant l'argument matériel tiré des conditions économiques et politiques, il s'est élevé aux conceptions philosophiques pour célébrer la grandeur de l'idée qui est à la base de l'association pacifique des peuples.

Et avec toutes ces qualités, Alfred Frey fut un modesteToutes les hautes situations lui furent offertes.

Il a reçu, en témoignage des services rendus, la bourgeoisie d'honneur de la ville de Zurich, et le grade de docteur de l'université de Zurich, et il resta dans le rang, pensant sans doute dans son désintéressement et son patriotisme, pouvoir mieux défendre ainsi les intérêts de son pays.

Aux familles de nos deux regrettés collègues, Alfred Wyrsch et Alfred Prey, à leur canton auxquels ils ont fait honneur, à> leur parti, j'adresse en votre nom l'hommage de notre sympathie et de nos condoléances. Que le souvenir de; ces deux hommes demeure au milieu de nous.

Messieurs les députés, je vous prie de vous lever.

Messieurs les députés, La vie des peuples, plus encore que celle des individus,, est un perpétuel contraste.

Permettez que je sorte de la note triste que donne lesouvenir de ces collègues disparus auxquels vous venez de rendre hommage, pour rappeler deux événements heureux.

Le 1er septembre 1924, M. le conseiller fédéral Motta, chef& du département politique, était nommé président de la V Assemblée de la Société des Nations par 45 voix sur 47 suffrages émis.

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Cet événement a eu un heureux retentissement en Suisse; il a réjoui tous les coeurs et a été salué par l'opinion publique tout entière.

Cette belle élection est avant tout une haute marque d'esiime pour l'un de nos magistrats les plus aimés et les plus -estimés.

~ Ses brillantes qualités, la ocmipréhension qu'il a eue dès le début des caractères que doit avoir la Société des Nations, .et des principes qui doivent diriger ses actes, l'ardeur qu'il a mise à la défendre, et puis sa grande cordialité, son esprit conciliant et avisé ont attiré sur lui les sympathies générales.

Mais cette élection est aussi un grand honneur pour la .Suisse. Les Nations réunies à Genève ont voulu lui donner, ..un nouveau témoignage d'estime qui va à son peuple, à son gouvernement et à ses institutions. Nous leur en sommes vivement reconnaissants.

L'honneur est d'autant plus grand pour la Suisse, que ·cette V'6 Assemblée fait naître de grandes espérances et que, par les jalons qu'elle a plantés pour diriger les peuples vers la paix par le droit et la justice, elle demeurera, nous l'espérons, un événement de première importance dans l'histoire de l'humanité.

Le second fait qui a réjoui le peuple suisse et auquel certes la personne de M. Motta n'est pas étrangère, c'est la .-signature du traité général d'arbitrage entre notre grande voisine l'Italie et la Suisse.

Loin de moi la prétention de préjuger cette question, puisque la décision définitive vous appartient.

Mais dès aujourd'hui, il m'est permis de glorifier l'esprit >qui a présidé à l'élaboration de ce traité d'arbitrage. Conçu dans le cadre des tendances que la Société des Nations s'efforce de développer, il est en même temps un gage de con-fiance et d'amitié entre l'Italie et la Confédération suisse et fait suite aux bonnes relations existant entre les deux pays.

Ce n'est pas seulement pour la Suisse que cet événement revêt une importance capitale, c'est pour tous les pays, c'est pour les petits peuples surtout pour lesquels il est un présage de sécurité.

Ce même esprit, Messieurs, il a plané également au-dessus ,des délibérations du congrès interparlementaire qui nous a fait l'honneur de siéger dans 'notre pays le m'ois dernier et qui a été brillamment présidé par un de nos collègues.

Tous ces efforts convergents autorisent les meilleurs es:poirs pour l'avenir.

Feuille fédérale. 76e année. Vol. III.

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Discours de M. Simon, président du Conseil des Etats : Messieurs les membres du Conseil des Etats, Vous voudrez bien, me permettre, en ouvrant cette session, de rappeler le quarante-et-unième Tir fédéral, célébré à Aarau du 18 juillet au 5 août dernier.

Cette manifestation patriotique par excellence, à laquelle se sont associés le Conseil fédéral et les Chambres fédérales^ a revêtu cette année-ci un caractère spécial, par le fait qu'elle renouait une tradition interrompue depuis quatorze ans et surtout parce qu'elle commémorait le centenaire de la fondation; de la Société fédérale des carabiniers, constituée lors du premier Tir fédéral suisse, en 1824.

Les tirs fédéraux font partie de notre vie nationale. Ils ont joué, depuis un siècle, un rôle actif et parfois considérable, qui leur a consacré une place dans notre Histoire.

Nos chers concitoyens du canton d'Argovie et spécialement de la ville d'Aarau, berceau à la fois de la Société suisse des carabiniers et de l'institution des tirs fédéraux, ne pouvaient pas laisser à d'autres l'honneur et en même temps, la -lourde charge de célébrer ce double anniversaire.

Courageusement, sans crainte ni défaillance, ils ont bravé les difficultés de l'heure présente et organisé une entreprise qui avait intimidé d'autres cantons et non des moindres..

Heureusement, un succès complet a été la récompense de ce.

labeur désintéressé. Aarau et le canton d'Argovie ont droit à la reconnaissance et aux félicitations de toute la Suisse, pour le dévouement et la façon distinguée avec lesquels ils, ont accompli cette tâche difficile.

Irréprochablement organisée, fortifiée par la sollicitudeet la sympathie de tous, notre grande fête nationale nous a.

rapprochés encore les uns des autres, en nous révélant que les-, causes de division sont peu de chose auprès de celles qui doivent nous unir.

plusieurs chefs de gouvernements et celle des eminentes personnalités qui y ont pris part comme délégués. Elle a élu avec une unanimité éloquente, aux hautes fonctions de président,.

M. le conseiller fédéral Motta.

Nous avons été heureux de ce choix qui honore notre pays, dans la personne de l'un de ses magistrats les plus dis-

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tingués. La Suisse, seule entre les nations, a adhéré par ua scrutin populaire aux principes du pays; fière d'être le siège, de cette grande institution, elle l'entoure de toute sa sympathie et salue avec joie la désignation de son premier délégué, au poste le plus élevé de cette imposante Assemblée.

Nous savons qu'en appelant unanimement M. le conseiller fédéral Motta à la présidence, les délégués des Puissances, n'ont pas seulement témoigné leur confiance au magistrat suisse qui, depuis quatre ans, joue un rôle important dans les délibérations de l'Assemblée, mais qu'ils ont voulu également rendre hommage à notre pays, à son peuple et à ses.

institutions.

Qu'il nous soit donc permis d'exprimer nos sentiments de reconnaissance pour ce témoignage d'estime et cet acte de.

courtoisie et d'adresser à M. le conseiller fédéral Motta nos.

très vives félicitations.

La Société des Nations, dont l'activité se poursuit et s'accentue, est devenue aujourd'hui un organisme indispensable, un centre de coopération nécessaire à la vie nationale et l'adhésion actuelle de 54 Etats, ainsi que l'importance des problèmes qui sont soumis à ses délibérations, permettent d'envisager avec espoir le moment où elle maintiendra définitivement l'humanité dans les régions supérieures de la justice et de la paix.

Mercredi dernier, dans la soirée, une terrible catastrophe s'est abattue sur le canton du Tessin, déjà particulièrement éprouvé cette année, par le grave accident de chemin de fer à Bellinzòne.

Ensuite d'un orage, accompagné de formidables chutes d'eau, des glissements de terrain et des éboulements se sont produits dans le Val Maggia et ont détruit une partie du riant village de Soméo en faisant de nombreuses victimes.

Aujourd'hui encore, nous sommes sous l'impression de cette nuit épouvantable où les habitants de ce village ont, impuissants et isolés du reste du monde, subi la destinée que leur réservait le déchaînement effroyable d'éléments qu'aucune force humaine ne pouvait enrayer.

Neuf personnes tuées, de nombreux blessés, des bâtiments ensevelis, d'autres immeubles emportés, tel est le bilan provisoire de ce tragique événement qui plonge dans le deuil et la désolation des familles entières et qui provoquera certainement la ruine de toute une population.

En présence d'un désastre pareil, qui a causé dans le pays tout entier une douloureuse et poignante émotion, la solida-

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rite confédérale, nous en sommes convaincus, ne sera pas un vain mot.

Le Conseil des Etats tient à dire ici, publiquement, au canton du Tessin combien grande et vive est la part qu'il prend à la nouvelle et terrible épreuve qui vient de le frapper, et à exprimer à toutes les victimes et à leurs familles ses sentiments de profonde et cordiale sympathie.

Messieurs et chers collègues, Pendant le court espace de temps qui s'est écoulé depuis notre dernière session, la mort inexorable a fait deux nouveaux vides dans les rangs de l'Assemblée fédérale.

Le 9 juillet est décédé, après une longue et pénible maladie, M. le conseiller national D1' Wyrsch.

Cette nouvelle a été accueillie par d'unanimes regrets.

Issu d'une famille originaire du canton d'Unterwald, maisr établie depuis des siècles dans le canton d'Argovie, le D Wyrsch reçut une éducation soignée et fit à Heidelberg, à Munich et à Berne des études de droit qu'il acheva brillamment.

Après un stage chez un avocat d'Aarau il ouvrit, le 1er janvier 1896, une étude à Baden, qu'il conserva avec un succès toujours croissant jusqu'au commencement de cette année.

Une compréhension claire des questions juridiques, de grandes facultés de travail, la sûreté de ses conseils, ainsi que la simplicité de sa personne, firent bientôt de lui un avocat très populaire.

C'est en 1895 déjà que le Dr Wyrsch commença à jouer un rôle politique : d'abord dans sa commune et son district, puis peu à peu dans le canton.

Le 27 octobre 1895, il fut nommé membre et vice-président du conseil communal de Wettingen, et le 7 mars 1897, soit à vingt-cinq ans déjà, ses concitoyens l'élurent au Grand Conseil, qu'il présida en 1908 et 1909.

Dès lors, il s'intéressa d'une façon très vive aux affaires publiques, son activité fut considérable et incessante, notamment au sein de son parti. Il travailla pendant de longues années, avec une ténacité remarquable et également avec succès, à l'organisation politique des catholiques argoviens, dont il devint le représentant le plus eminent.

. En 1907, au mois de février, après une violente campagne électorale, le Dr Wyrsch fut élu membre du Conseil national

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et il appartint à cette Assemblée sans interruption jusqu'à sa mort.

Nous avons apprécié alors l'aménité de son commerce, sa parfaite courtoisie, son extrême bienveillance, son assiduité au travail et la fermeté de ses convictions.

Défendant les principes qui lui étaient chers, il savait aussi respecter les convictions des autres, aussi tous ceux qui l'ont connu garderont-ils de cet excellent citoyen un bon et durable souvenir.

C'est avec une douloureuse émotion que nous avons appris la triste nouvelle de la mort de M. le Dr Alfred Frey, conseiller national, survenue le lundi 22 septembre, au matin.

Nous savions notre collègue atteint depuis longtemps déjà mais, comme il y a quelques années il avait surmonté victorieusement une crise analogue, nous pouvions espérer qu'il en serait de même cette fois-ci. Aussi cette fin inattendue a-t-elle provoqué dans toutes les régions de notre pays une pénible surprise et un élan de profonde et sincère sympathie.

Fils de l'écrivain Jacques Frey, de Gontenschwil (canton 'd'Argovie), Alfred Frey, né à Berne en 1859, avait soixante-cinq ans. Après avoir fait un apprentissage de commerce, il étudia les sciences juridiques et économiques aux universités de Zurich, Berlin, Leipzig et Paris. Ses études terminées, il se consacra immédiatement à la pratique et devint en 1882 le premier secrétaire de l'Union suisse du commerce et de l'industrie.

Dans ces fonctions, ses brillantes facultés le mirent promptement en évidence et sous la direction eminente de M. Cramer-Frey, il commença la belle carrière que vous connaissez.

A la mort de M. Cramer-Frey, Alfred Frey lui succéda au Conseil national et fut élu en même temps vice-président de l'Union suisse du commerce et de l'industrie, association qu'il présida dès 1917.

L'activité qu'il déploya au sein de cette institutio'n est liée à l'histoire de toute notre vie économique de ces trente dernières années.

Durant cette période, il n'y eut pas d'étude douanière dont il ne fut chargé, de commission économique dont il ne fit partie ou de négociation commerciale dont il ne fut le premier délégué suisse.

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Considéré avec raison comme un spécialiste incontesté dans le domaine de l'économie politique et en particulier dans la politique commerciale, il fut le négociateur de tous les traités de commerce.

Comme tel, il a fourni, pour assurer notre existence économique, une somme de travail considérable et l'on peut affirmer que le surmenage auquel il s'est livré ces derniers temps a certainement contribué pour une très large part à aggraver la maladie à laquelle il vient de succomber prématurément.

Une activité si intense et si variée, une vigueur productive si grande et si souvent couronnée de succès, un savoir profond, la noblesse et la grandeur de son caractère, ainsi qu'un désintéressement absolu, ont valu au D1' Alfred Frey une autorité et une considération sans égales. Chez lui se trouvaient réunis, dans la plus complète et la plus heureuse harmonie, tous les dons qui peuvent faire d'un citoyen, en même temps qu'un homme d'Etat dirigeant, un parlementaire avisé et un économiste distingué, grâce à un bon sens à toute épreuve qui le rendait apte à juger toujours sainement les hommes et les choses et à s'orienter très vite dans toutes les affaires et dans toutes les circonstances, si compliquées qu'elles fussent; une riche expérience, jointe à une connaissance approfondie des conditions économiques de la Suisse, des pays voisins et de ceux d'outre mer; une habileté pratique peu commune et un savoir faire admirable; une éloquence imposante par sa clarté et sa simplicité, par la force des convictions qu'il exprimait et, surtout, une volonté aussi énergique que sûre d'elle-même.

Dominant toutes ces facultés, une haute intelligence et une manière d'être spécialement agréable.

Alfred Frey appartenait au parti radical, dont il fut toujours un adhérent fìdèle et convaincu, mais, s'il y a dans son caractère un trait particulièrement significatif, c'est le soin qu'il a mis à éviter d'apparaître comme un meneur politique.

Il s'entendait excellemment du reste à faire valoir ses opinions et ses idées, à gagner à elles ses amis et ses collègues, mais il dédaignait d'agir sur eux autrement que par la persuasion'.

Il exerça une influence prépondérante au Conseil national, où il prononça certains discours mémorables; mais d'une modestie excessive, il refusa constamment d'être mis en évidence et déclina notamment l'honneur de présider l'Assemblée fédérale.

La mort d'Alfred Frey prive la Suisse d'un des hommes

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qui l'ont le mieux servie, d'un homme qui a voué à sa patrie sa vie entière, tqut son savoir, toute son intelligence, sans rechercher jamais la satisfaction de ses goûts personnels, d'un homme qui n'a connu d'autre ambition que celle d'être utile à ses concitoyens et qui a su décliner les honneurs qui s'offraient à lui, parce qu'il avait la conviction de rendre dans le cadre de son activité professionnelle de plus grands services à son pays.

Il repose maintenant dans la paix du tombeau, mais son oeuvre vit et la reconaissance de ses concitoyens lui est acquise à jamais.

Messieurs, je vous prie de vous lever, pour honorer la mémoire de M. le Dr Wyrsch et de M. le Dr Alfred Frey.

Sont entrés comme nouveaux membres au Conseil national : M. Henri Grobet, industriel à Vallorbe, en remplacement de M. Pittet, démissionnaire; » Charles Braun, ancien chef de train principal, à Brougg, en remplacement de M. le Dr Wyrsch, décédé; » Henri Weisflog, docteur en r droit, avocat à Zurich, en remplacement de M. le D Alfred Frey, décédé; » Jean Surbeck, imprimeur, à Binningen, en remplacement de M. le Dr Brodtbeck, élu membre du Tribunal fédéral; » Maria Odermatt, Landammann, à Alpnach, en remplacement de M. le Dr P. Ming, décédé; y> Anton Brügger, Dr méd., à Mels, en remplacement de M. le Dr R. Forrer, démissionnaire.

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Extrait des délibérations duConseil fédéral

(Du 29 septembre 1924.)

Le Conseil fédéral a décidé en principe d'organiser pour le printemps de 1925 une exposition nationale des beaux-arts à Zurich. En ce qui concerne les détails, une décision sera prise ultérieurement.

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