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XXXIIIme annVolumelnme No, Ns 52. Samedidécembrelire 1881

Abonnement par année (franco dans toute la Suisse) 4 francs.

Prix d'insertion : 15 centimes la .ligne. Les insertions doivent être transmises franco à l'expédition. -- Imprimerie et expédition de C.-J. Wyss, il Berne.

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Rapport de la

minorité de la commission du conseil national sur le projet de loi concernant les mesures à prendre contre les épidémies offrant un "danger général.

(Du 2 novembre 1881.)

Monsieur le président et messieurs, La minorité de votre commission, tout en se ralliant à la plupart des propositions présentées, croit devoir cependant motiver les trois points sur lesquels il y a divergence entre elle et la majorité.

Ces points concernent la police de santé militaire, les indemnités à accorder aux personnes non malades qui sont soumises à la séquestration dans l'intérêt public, et enfin les dispositions relatives à la vaccination.

I. Police de santé militaire.

La majorité de la commission veut mettre sous la dépendance immédiate du conseil fédéral et des autorités qu'il désigne à cet effet la police de santé militaire, de même que toutes les mesures qui servent à protéger l'armée contre les épidémies.

Or, cette (intention dépasse le but de la présente loi, qui ne peut et ne doit s'occuper que des épidémies offrant un danger général. En outre, la majorité de la commission met l'armée au dessus de la loi et en fait supporter les frais au conseil fédéral et Feuille fédérale suisse. Année XXXIII. Vol. IV.

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422

à sus organes, d'une façon qui est inadmissible et en contradiction avec les articles 4, 5 et 20, alinéa 1er, de la constitution fédérale.

La minorité de la commission est d'accord pour que la com- · potence du conseil fédéral et de ses organes soit fixée en ce qui concerne la police des épidémies dans l'armée, mais elle veut que ce ne soit que dans les limites de la présente loi.

Pour cela, l'article 4 proposé par la minorité suffit pour remplacer avantageusement le 2 me alinéa de l'article 2.

IL Indemnités en faveur des individus séquestrés.

(Article 7.)

La minorité propose de donner le droit d'être indemnisées aux personnes non atteintes qui sont soumises à la séquestration sans faire l'office de gardes-malades et sans qu'il y ait de leur propre faute, et qui ne peuvent ainsi toucher leur gain.

Cette proposition se baso sur des motifs de droit et d'opportunité à la fois.

En effet, il arrive très-souvent que, pour éviter la propagation d'une épidémie, on est obligé, pendant un certain temps, d'isoler ou d'exclure de leur logement, et moine de la maison, non seulement les malades et ceux qui les soignent, mais encore d'autres personnes, par exemple des locataires, ce qui occasionne nécessairement à ceux-ci un dommage pécuniaire.

En décrétant l'isolement, la Confédération se confère un nouveau droit, qui est certainement indispensable, mais en môme temps elle assume des obligations.

La Confédération ne doit donc pas, purement et simplement, suivre le modèle des cantons, par le motif qu'il a été d'usage, jusqu'ici, de séquestrer personnes et choses sans fournir d'indemnité.

L'article 5 de la constitution fédérale garantit les droits du peuple et les droits constitutionnels des citoyens.

C'est pour cela que, si l'on séquestre un citoyen dans l'intérêt publie, on doit nécessairement aussi l'indemniser, en exceptant toutefois le malade lui-même et ceux qui le soignent personnellement.

Lorsque des secours deviennent indispensables ponr tous deux, l'article 5 est là pour y pourvoir ; dans d'autres conditions, il ne parait pas utile de procéder autrement que dans les diverses maladies ordinaires, pour lesquelles personne n'a à réclamer ni à payer d'indemnité.

Enfin, il y a une raison d'opportunité qui milite en faveur de l'indemnité proposée. Ce sont tout spécialement les classes moins

423 favorisées de la fortune qui sont de beaucoup les plus exposées aux maladies épidémiques; celles-ci trouvent dans la manière misérable et bygiéniquement défavorable de ces classes leurs principaux foyers, d'où elles finissent par se répandre dans le reste de la population.

Or, les mesures de police sanitaire, et notamment la séquestration, exigent des intéressés des sacrifices souvent considérables, que ne peuvent supporter qu'avec de grandes difficultés les personnes peu aisées et-vivant de leur travail, lorsqu'ils ne les réduisent pas à la misère. Il est donc évident -- et l'expérience le démontre -- que les individus séquestrés chercheront, secrètement ou ouvertement, à rompre leur ban avec pins de succès que ne le comporte le salut général. Or, dès qu'on fournit une indemnité, quelle qu'elle soit, pour le sacrifice qu'on exige, les autorités et les individus se trouvent dans une position plus favorable. Celles-là pourront exécuter . leurs ordonnances avec plus de facilité et d'énergie ; ceux-ci s'y soumettront plus volontiers et d'une manière plus efficace.

La majorité de la commission reconnaissant l'obligation de payer une indemnité pleine et entière pour la destruction des objets de valeur dont l'usage ultérieur offrirait un danger de contamination, il faut, pour être conséquent, adopter aussi la proposition de la minorité.

III. Vaccination.

(Article 13 à 18.)

Facta loquuntwr.

La minorité propose la suppression de ce chapitre tout entier.

Ainsi que le dit fort bien le rapport de la majorité de la commission du conseil des états, on n'est pas encore arrivé à l'heure qu'il est à expliquer scientifiquement la théorie de la vaccination, et l'on en est réduit à se borner à des hypothèses. Les arguments imaginés par voie empirique en faveur de l'utilité de la vaccination sont également, après mûr examen, purement hypothétiques.

C'est ici que nous croyons devoir placer une observation, savoir que, si nous nous livrons à la critique dans les lignes qui vont suivre, c'est qu'il n'est pas possible de faire autrement dans une question peu éclaircie encore et litigieuse. Le rapport de M.

le Dr Lotis1), qui a été distribué aux membres de l'assemblée fédé') Variole et vaccine. Rapport sur la question de la vaccination, présenté au conseil fédéral suisse, au nom de la commission sanitaire fédérale, p par le Dr Th. Lotz, de Baie. Berne, 1880. Traduit de l'allemand par le D L. Secretan, de Lausanne. La commission se compose de MM. les D" Sonderegger, Lotz, Zehnder, Kummer et Delaharpe.

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raie, n'est lui-même essentielument qu'une polémique au sujet d'un ouvrage de M. le Dr A. Vogt, livre probablement inconnu de la plupart de ces membres.

Bien que nous ayons cherché, avant tout, à ne nous servir que des expériences et observations faites en Suisse sur la vaccination, qu'il nous soit cependant permis de mettre d'abord en avant les jugements qui ont été portés, par quelques partisans étrangers de la vaccination, au sujet de la grande statistique sur laquelle se base principalement l'obligation de la vaccination.

M. le D p G-. Cless, membre du conseil de médecine, à Stuttgart, après avoir affirmé le manque absolu d'exactitude des données que l'on a sur le nombre des varioleux, s'exprime comme suit : « C'est précisément par ces motifs qu'il paraîtra convenable' que nous renoncions à tout calcul de mortalité basé sur ces chiffres2)».

M. le Dr Eulenburg, membre du conseil de médecine et rapporteur au ministère prussien, a dit au congrès international de médecine de Vienne : « Si vous considérez, messieurs, la statistique variolique, on peut affirmer qu'elle est dépourvue de toute base solide3)! » M. le professeur F. OEsterlen dit : « En ce qui concerne l'influence que la vaccination peut avoir exercée sur la mortalité générale de notre population, nous manquons de données parfaitement certaines et pouvant servir de points de comparaison *) ! » En particulier en ce qui concerne la statistique variolique de la Suède, dont on a fait tant de bruit en faveur de la vaccination obligatoire, M. le Dr Flinser, membre du conseil de médecine, s'est exprimé comme suit au congrès médical allemand d'Eisenach, de 1879.

« Au point de vue statistique, j'estime que les données sur la mortalité, lorsqu'elles sont isolées, n'ont qu'une valeur minime, et c'est surtout le cas des renseignements tirés de la Suède.

« Si l'on examine les tableaux, on peut se convaincre, en premier lieu que le nombre des varioleux indiqué pour 1790 ne se compose point uniquement de vrais varioleux, mais qu'il comprend aussi d'autres maladies cutanées et, en outre, que la courbe de déclin (celle de la mortalité variolique en Suède) se présente bien avant que la vaccination ait pu exercer ses efiets, c'est-à-dire avant que celle-ci ait été introduite sur une assez grande échelle pour que *) Inoculation et variole en Wurtemberg, Stuttgart 1874.

) G.-Fr. Kolb. La question de la vaccination. Leipzig 1877.

4 ) Manuel de statistique médicale, page 473.

3

425 l'on puisse parler de succès dans un pays comme la Suède, qui n'a réglé cette matière que plus tards) ! ».

Le statisticien G-.-Fr. Kolb, qui, il est vrai, demande la suspension de la vaccination obligatoire aussi longtemps qu'on n'aura pas démontré l'utilité de cette opération et pris des mesures pour l'empocher d'être nuisible, se prononce de la manière suivante.

« II est donc prouvé jusqu'à l'évidence que le nombre des varioleux n'a, jusqu'à à ces derniers temps, nulle part pu être établi avec certitude (surtout à la campagne), que les proportions indiquées entre les cas de variole et les décès sont absolument inexactes, que les chiffres proportionnels entre les cas de variole parmi les vaccinés et les non-vaccines sont dépourvus de toute base certaine, et enfin qu'il en est de même de la proportion entre les cas de décès des deux catégories. » 6) Enfin, le bureau de salubrité publique de l'Empire allemand a expressément reconnu, en 1878, que les matériaux statistiques recueillis récemment au sujet de la variole étaient eux-mêmes impropres à un travail scientifique.'1) De fait, on ne trouve en outre rien de sûr et de positif en faveur de la vaccination. Ainsi, on ne prétend plus aujourd'hui que la protection de la vaccine dure toute la vie; on se contente de 10 ans et même moins, de sorte que les dispositions du projet de loi ne sont pas môme une demi-mesure.

L'histoire de la vaccination et des méthodes ne nous présente non plus que des tâtonnements sans base.

Vaccination et méthodes.

On a dit de diverses maladies qu'elles n'atteignaient, clans la règle, qu'une seule fois le môme individu, et dans ce nombre on a en première ligne indiqué la variole.

Dans le cours des temps, on a joint un deuxième axiome à celui-là, savoir que tout être humain devait avoir une fois cette maladie; on a même cru qu'elle venait de Dieu 8 ); aussi avait-on pour habitude de la prendre intentionnellement, au moins sous une forme plus bénigne.

5 ) Rapport officiel sur les délibérations du VIIe congrès des médecins allemands.

6 ) La question de la vaccination. Insuffisance des données actuelles.

1877.

7

) Le nouvel apôtre de la vaccine, par Martini, 1881, page 122.

) Bukle. Histoire de la civilisation en Angleterre, traduite par Rüge, tome II, page 371.

8

426 C'est par suite de ces idées que les pâtres avaient déjà au commencement du XVI e siècle, ainsi que le témoigne le P. Crescentius, pour habitude d'acheter les peaux des moutons appartenant à des troupeaux infectés de la variole ovine (clavelée), pour transmettre ainsi, par une sorte d'inoculation, la maladie aux animaux sains; d'autres fois, on transportait ceux-ci auprès des animaux malades, dans des étables bien fermées, pour les infecter.

La laine et la peau servaient ensuite, sans être nettoyées, à 'l'usage de l'homme, auquel elles fournissaient une occasion, bien ou mal venue, de prendre la maladie.

Puis on en vint à acheter la variole. On payait la faveur de coucher, soi ou les siens, avec des varioleux, ou bien l'on achetait les vêtements de ceux-ci, pour prendre l'infection. Toutefois, bientôt ce mode de contagion ne suffit plus, et l'on se mit à transmettre la maladie au moyen de l'inoculation de la lymphe des pustules varioliques, et cette pratique se répandit dans toute l'Europe.

Prenons, en outre, en considération le fait que l'on croyait, à'j'cotte époque, faire oeuvre pie en vivant dans la pauvreté, dans la saleté, en souffrant de la faim, eu passant sa vie dans la misère et en la quittant avec angoisse, en se faisant dévorer par les ulcères et les maladies de tout genre, en gémissant constamment, le visage inondé de pleurs et la poitrine gonflée de soupirs, en un mot en menant une existence misérable et en se tourmentant par tous les moyens possibles. 9) Dans ce temps-là, où l'air pur et l'eau fraîche étaient considérés comme des poisons, surtout pour les malados, on trouvait partout de véritables pépinières pour les maladies les plus contagieuses, et la riche moisson que faisaient la mort et la misère au moyen de la variole peut facilement être ramenée à ses causes, savoir l'infection intentionnelle ou par négligence, un moile d'inoculation qui avait précisément pour effet de propager la maladie, de mauvaises conditions hygiéniques et un entretien défectueux.

Toutefois, comme de nos jours, il y avait déjà alors lutte pour et contre l'inoculation. En 1722, on vit sortir de presse un ouvrage dirigé contre cette pratique et intitulé: « The practise of inoculation a dangerous experiment. » En 1768, le D" Krünitz énumérait déjà 817 ouvrages principaux sur la variole, parmi lesquels 300 traitaient de l'inoculation usitée à cette époque.

Là-dessus, l'inoculation avec le virus variolique fut interdite à cause des dangers qu'elle présentait, puis réintroduite, jusqu'à ce qu'enfin Jenner, vers la fin du XVIII e siècle, inventa l'inoculatio.n Bukle, 1. c., page 389.

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de la vaccine, combattant ainsi et extirpant heureusement peu à peu l'ancienne méthode. Mais il ne put pas voir lui-même interdire de nouveau en Angleterre, malgré tons ses efforts, la pratique de la variolation.

Dans l'intervalle, la civilisation et l'instruction avaient fait des progrès; le commerce de la laine impure diminuait; on ne recherchait plus l'infection variolique ; on appréciait de plus en plus l'air et l'eau ; les foyers d'infection se réduisaient, et avec eux la morbidité et la létalité varioliques. Toutefois, la vaccination, qui mettait ces circonstances à son avoir, ne pouvait pas continuer à se pratiquer généralement au moyen de lymphe de vache, parce que la variole vaccine est une affection rare, dont l'existence même est contestée. La vaccine fut inoculée à l'homme, et la lymphe nécessaire fut empruntée à celui-ci. C'est la vaccination de bras en bras.

Toutefois, comme cette méthode avait évidemment pour effet d'inoculer à l'individu vacciné d'autres maladies, on recourut de nouveau à la lymphe animale, en vaccinant les animaux avec de la lymphe humaine, pour se procurer, au moyen des pustules ainsi provoquées, un vaccin purifié et inoffensif.

Les rapports de la direction médicale de Zurich renferment à plusieurs reprises des communications sur les essais qui furent faits à ce sujet.

Rapport annuel pour 1861: « L'inoculation de la lymphe de vache n'a pas eu le succès désiré. Après la- vaccination, M.-P. Bïber a vu vin violent érysipèle, occupant tout le bras et la moitié de l'avant-bras. » Eapport annuel pour 1865, page 13:

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« On a produit de la lymphe de vache à l'hôpital vétérinaire.

La lymphe régénérée a été reconnue très-efficace, mais nullement nuisible ou dangereuse ; les vaches n'ont également éprouvé aucun inconvénient; bien soignées et reposées, elles se portaient même plutôt mieux. » Eapport annuel pour 1866: « On a également, pendant cette année, continué à régénérer le vaccin en inoculant aux vaches la lymphe des enfants. » Rapport annuel pour 1867, page 10: « Les essais réitérés qui ont été continués pour régénérer le vaccin en l'inoculant à de jeunes vaches n'ont malheureusement

428 amené, sans exception, qu'un résultat négatif; l'usage de la lymphe prise sur une vache affectée de vacciue est également resté sans succès. » Rapport annuel pour 1876, page 2: « Avec la lymphe de taureau obtenue, on. a vacciné à l'école vétérinaire môme 10 enfants et 6 adultes, les premiers avec succès.

On a envoyé aux médecins de district du canton des tubes de cette lymphe, mélangée avec de la glycérine. Il résulte des rapports parvenus plus tard que les essais de vaccination tentés sur des enfants avec cette matière ont été couronnés de succès ; toutefois, quelques médecins de district affirment le contraire. » Des essais analogues turent aussi faits, la même année, dans le Freiamt argovien.

Nous devons faire observer, en passant, que, dans :le canton de Zurich, ce sont presque exclusivement les 11 médecins de district et leurs adjoints qui vaccinent.

Mais lorsque, à la fin de 1876, la commission suisse des médecins10) fit voter par voie de cartes-correspondance les médecins suisses patentés, sur 176 médecins zurichois, 126 répondirent néanmoins oui à la question: « Considérez-vous, d'après votre expérience, que la vaccination avec la lymphe de vache ou de taureau rétrovaccinée présente des avantages tels qu'on doive s'efforcer d'en propager le plus possible l'emploi?»; 23 seulement se prononcèrent pour la négative, et 27 laissèrent la question indécise. De môme, sur 75 médecins argoviens, 67 répondirent oui, 3 non et 5 d'une manière évasive.

Dans le courant de l'année 1880, on fit, à l'école vétérinaire de Zurich, des essais provisoires de vaccination de veaux pour obtenir de la lymphe offrant toute garantie contre la possibilité, si souvent affirmée, de la transmission de maladies au moyen de l'inoculation.

Les observations faites à l'occasion de ces essais ont démontré que les efforts pour obtenir des institutions définitives étaient plus que justifiés 1 ').

Nous avons aussi des données autres, bien que sur le même sujet, sur la votation qui eut lieu dans le canton de Neuchâtel.

Sur 47 médecins votants, 23 répondirent oui, 12 non et 12 d'une manière évasive.

10 ) D r Sonderegger, président; prof. Dr Burckhardt-Merian, secrétaire; D' Zehuder; Dp Steiger; Dr Kummer; 1> Delaharpe; prof. Dr d'Espine.

11 ) Rapport et proposition du conseil d'état concernant des constructions à l'école vétérinaire, du 20 novembre 1880.

429 Or, la commission de santé de ce canton a fait procéder, à la fin de 1880, à une enquête parmi les médecins vaccinateurs au sujet du vaccin jennérien et du vaccin animal. Le résultat de cette enquête a été le suivant. **) 1° Contre la création d'un institut vaccinal quelconque, 3 voix.

2° Pour la création d'un institut vaccinal dans lequel le vaccin primitif (coyf-pox) seul serait cultivé, 7 voix; 3° Pour la création d'un institut vaccinal dans lequel, faute de cow-pox, on cultiverait de la rétrovaccine, 11 voix; 4° Cinq médecins ne peuvent se prononcer sur cette question ou ne se sont pas prononcés.

Ainsi donc, sur 25 médecins qui se sont prononcés et dont 11 étaient favorables à la création d'un institut semblable à celui qui existe à Bàie, il n'y en a pas même la moitié qui soient persuadés de l'utilité de cet institut, et, sur ces 11, 4 seulement ont fait personnellement des expériences avec le vaccin animal.

Dans la première catégorie, il y en avait 2 ; dans la deuxième, 4 ; dans la quatrième, 5 ; c'étaient donc 15 médecins vaccinateurs qui, contrairement à la votation de 1867, ne voulaient pas entendre parler de la vaccination avec la lymphe animale fabriquée.

Un de ces vaccinateurs déclare ce qui suit: « Pour formuler une opinion sur la qualité et la vertu du vaccin animal, il faudrait l'avoir expérimenté, ce qui n'a pas encore été fait chez nous, du moins assez longtemps et sur une échelle assez vaste pour pouvoir en tirer des conclusions sérieuses. » l3) Le rapporteur, M. le Dr G-uillaume, tire de toutes ces déclarations la conséquence suivante.

« Lorsqu'il s'agit de préserver les enfants et les adultes contre la contagion variolique, qui vient de se déclarer dans une localité, il serait insensé de prendre du vaccin animal, avec lequel on obtient si rarement une vaccination efficace. » A l'occasion de la votation dont il a été question et dans laquelle, en somme, 213 médecins se sont prononcés, «d'après leur expérience », contre l'usage du vaccin animal et 771 pour, tandis que 184 laissaient la question indécise, d'autres médecins suisses se sont exprimés comme suit.' 4 ) la ) Le vaccin jennérien et le vaccin animal. Rapport présenté au nom de la commission de santé à, la direction de l'intérieur par le Dr Guillaume, vice-président de la commission de santé, 1881.

la ) L. c. pages 38 et suiv.

14 )'Korrespondenzblatt für Schweizerärzte, 7mo année (1877), tirage à part.

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« Pour les villes et les grands centres de population, la lymphe animale directe peut être bonne; je la considère comme impossible pour la campagne et pour la montagne. La lymphe de taureau en tube est coûteuse et très-peu sûre. » (Prof. 0. Wyss, Zurich.)

« Les nombreuses revaccinations que j'ai eu l'occasion de faire en 1870, comme interne des hôpitaux de Paris, de la génisse à l'homme m'ont persuadé de l'incertitude et du peu de réussite de ce mode de réiuoculation. » (D r Boéchat, Pribonrg.)

« Résultats beaucoup plus inconstants que la vaccine ou de bras en bras. » (Prof. d'Espine, Genève.)

« L'expérience n'a pas encore prononcé au sujet de la vertu protectrice de la lymphe de vache rétrovaccinée. Toutefois, je crois qu'il serait fort désirable de faire de nouvelles expériences, et cela sur une base très-étendue. Un résultat favorable aurait une valeur incalculable. » (Prof. Mieseher père, Baie).

Voilà ce qui en était de la vaccination et des diverses méthodes employées, et les choses en sont encore au môme point: Incertain.

Utilité et nécessité de la vaccination obligatoire.

On n'en a pas moins cherché, au moins d'innombrables exemples tirés des temps anciens et modernes, à prouver cette utilité et cette nécessité, .mais, tout bien considéré, il n'en reste rien.

On a mis eu cause, en particulier, les récentes épidémies de variole dans les cantons de Sehwyz et de Neuchâtel.

Le rapport de la commission du conseil des états, du 2 décembre 1880, dit ce qui suit.

« Qu'il nous soit permis de mentionner ici le fait que, lors de l'épidémie de variole qui a sévi cette année clans le district de Sehwyz, sur 43 décès (207 cas de maladie), 41 ont porté sur des individus non vaccinés et 2 seulement sur des individus vaccinés. » Ces chiffres sont sans aucun doute empruntés au rapport officiel de M. le Dr Bettschard, de Sehwyz, médecin de district15).

C'est lo 22 décembre 1879 que le premier cas do variole fut signalé; le lendemain déjà, le Dr Bettschard fut atteint d'une bronchite. Il dut garder le lit pendant 6 semaines entières et reconnaître « qu'on avait voué malheureusement trop peu d'attention à toute l'affaire ». Enfin, le 25 février, il put reprendre la surveillance de l'épidémie de variole. « Le défaut de mesures énergiques . de police sanitaire, dit le rapport, n'a pas contribué à la propagation de la maladie. » 15

) Korrespondenzblatt für Schweizerärzte, livraison de décembre 1880.

431 Et cependant le Dr Bettschard doit reconnaître qu'il n'a eu personnellement qu'un petit nombre de cas à observer, puisque dans les maisons privées c'était le médecin de la famille qui soignait les malades, tandis que ces fonctions étaient exercées par le médecin des pauvres dans le local de séquestration. Il lui a été impossible d'obtenir de ces médecins des rapports spéciaux.i8) II n'en est pas moins vrai que le Dr Bettschard a élaboré un tableau renfermant les résultats suivants.

Au sujet de ce tableau, M. Bettschard fait les observations suivantes.

« Ces chiffres, que j'ai recueillis en partie en parcourant les diverses communes, en partie par les rapp'orts officiels des médecins et des maires, ne constituent donc pas une récapitulation arbitraire ; ils reposent sur des actes officiels.

« Sur 43 personnes mortes de la variole (variola vera), il a été constaté que 41 n'avaient pas été vaccinées. Les deux autres sont des adultes, au sujet desquels on n'a pu savoir avec certitude s'ils avaient été vaccinés ou non. » ' ') Depuis qu'il a été publié, ce rapport a été utilisé comme un témoignage important de l'utilité de la vaccination et de la nécessité de la vaccination obligatoire ; il a fait le tour de la presse générale et spéciale. l8) Or, à l'eneontre de ce qui a été dit, nous devons faire observer en première ligne que le D r Bettschard a déclaré, en termes exprès, qu'il n'avait eu personnellement que peu de cas à observer en détail et qu'il lui avait été impossible d'obtenir des rapports spéciaux des médecins privés et des médecins des pauvres ; on peut jnger d'après cela de la valeur de son rapport. De plus, le Dr Scheuermann, de Bàie, s'est donné la peine de contrôler les rapports sur place, et ce contrôle a mis au jour les faits suivants.

« 1° Le contrôle des vaccinations est tenu d'une manière absolument défectueuse ; les seuls actes dignes de foi sont les registres de l'état civil, qui malheureusement ne donnent de rensei_____ > 16 ) Korrespondenzblatt für Sehweizerärzte, 1880, page 765.

17 ) Korrespondenzblatt, 1880, page 766.

18 ) La santé, journal pour l'hygiène publique et privée, organe de la société internationale, etc., rédigé par le professeur Charles Reclam, docteur en médecine, Leipzig, n° 1, 1881.

432 gnements que sur la cause du décès, mais nullement sur la vaccination.

« 2° D'après ces registres, ce ne sont pas 43 personnes qui sont mortes de la variole, mais seulement 32, d'après les données des officiers de l'état civil basées sur les certificats médicaux.

« 3° Sur les 32 personnes mortes de variole, on ne peut en compter seulement deux non vaccinées; il est prouvé que 9 avaient certainement été vaccinées. Treize individus, la plupart âgés de moins d'un an, n'étaient sûrement pas vaccinés; pour les dix autres, on n'a rien pu découvrir. » De même que le rapport du Dr Bettschard, médecin de district, laisse beaucoup à désirer, de même aussi les mesures de police sanitaire n'ont été rien moins que parfaites.

« Pendant 6 semaines entières, » c'est-à-dire pendant tout le temps où il a dû tenir le lit (ce sont les propres paroles du Dr Bettschard) « on a voué malheureusement trop peu d'attention à toute l'affaire », ce qui a naturellement favorisé beaucoup la propagation de la variole.

Après qu'un enfant de 7 ans eut été vacciné et eut parcouru les phases de la petite vérole, trois frères et soeurs Angwerth, près de Morgarten, prirent la maladie du 26 au 28 avril. Le médecin de district déclara que, « les enfants n'étant pas vaccinés, il n'y avait rien à faire » et laissa la famille sans soins médicaux ; deux des enfants moururent, l'un le 1er mai, l'autre le 5 mai 19 ).

Aucun de -ces faits n'a été contesté jusqu'ici.

Mais il y a eu une épidémie de variole qui offre un bien plus" grand intérêt que celle de Schwyz; c'est celle qui a éclaté dans le canton de Neuchâtel en août 1880 et qui n'avait pas encore cessé le 1er juin 1881.

Nous empruntons aux publications officielles les données suivantes au sujet de l'apparition et de la nature des cas de variole, ainsi que des décès20).

"O Basier Nachrichten n° 78, du 2 avril 1881.

) L'épidémie de variole dans le canton de Neuchâtel en 1880, rapport deT la commission de santé, présenté b, la direction de l'intérieur par le D Guillaume, vice-président de la commission de santé. Neuchâtel 1881. -- Feuille d'hygiène et de police sanitaire. Neuchâtel le l°r juin 1881, chez le D' Guillaume.

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Chaux-de-fonds . . . 47 Corcelles-Cormondrèche 10 St-Aubin Bochefort 3 Neuchâtel 5 3 Lode Peseux 1 Hauts-Geneveys . . .

1 Eplatures 1 Ponts 1 Couvet Planchettes . . . . 4 s Goffrane Montmollin . . . .

Boudevilliers . . . .

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Varicelle. 1

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Localités.

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Les chiffres ordinaires indiquent les cas de variole depuis le commencement de l'épidémie jusqu'au 22 février 1881; les chiffres gras se rapportent à la durée entière, soit du mois d'août 1880 à fin mai 1881.

434

En ce qui concerne les conditions d'âge et de vaccination: -S _a

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67

On a déduit de cette statitique les conclusions suivantes.

Dr Guillaume: « De toutes les personnes décédées au-dessous de 15 ans et au sujet desquelles nous avons des données officielles, aucune n'était vaccinée; de toutes celles qui sont décédées au-dessus de 15 ans, aucune n'avait été revaccinée avec succès. » Nouvelle gazette de Zurich, n° 149, du 30 mai 1881, article de la plume de son correspondant médical, M. le Dr Zelinder.

« Les 107 cas de décès sont classés par sexe et par âge; de plus, il est constaté que, sur le nombre total des décès concernant des personnes âgées de moins de 15 ans et au sujet desquelles on a des renseignements officiels, aucun des décédés n'était vacciné, et que, de toutes les personnes mortes à l'âge de 15 ans et plus, aucune n'avait été revaccinée. » Un médecin bernois, dont la rédaction « fait grand cas personnellement », écrit dans le «Berner Bote » du 22 juin 1881.

« Réponse aux questions de la rédaction concernant la vaccination (épidémie de Neuchâtel).

435 « Question 1. Combien de personnes, et notamment d'enfants âgés de moins d'un an, ont été vaccinées sans succès? Le chiffre n'est pas connu ; il suffit de dire que, d'après les données officielle?, aucune des personnes décodées avant d'avoir accompli leur 15me année n'avait été vaccinée. » Or, tandis que lo Dr Guillaume dit que, de toutes les personnes décédées au-dessous de 15 ans et au sujet desquelles on a des données officielles, aucune n'avait été vaccinée, et que, des personnes plus âgées, aucune n'avait été revaccinée avec succès, la « Nouvelle gazette de Zurich » dit « qu'aucune n'a été revaccinée », et le « Berner Bote » dit « qu'aucune des personnes mortes audessous de 15 ans n'a été vaccinée ». De là les cas de décès.

Où est donc la vérité ? Le médecin du « Berner Bote » affirme avec raison que les médecins neuchâtelois seront pourtant à môme d'indiquer si un individu mort de la variole n'a jamais été vacciné ou jamais revacciné? 21 ) Aussi le Dr Guillaume'1'1) écrit-il: «Sur les 3l décédés en janvier et février (1881) ou en compte 8, dont deux adultes, qui n'avaient jamais été vaccinés; 2 adultes qui avaient été vaccinés dans leur enfance, mais pas revaccinés. Les renseignements à cet égard manquent pour tous les autres. » Les vaccinations ne sont donc pas constatées officiellement, car les médecins n'indiquent, dans la règle, que les individus non vaccinés ; quant aux personnes qui sont décodées après avoir été vaccinées, ils gardent un silence profond, mais fort éloquent pour nous.

En tout cas, le Dr Guillaume lui-même parle de 2 morts vaccinés et âgés de moins de 6.ans; avec les mesures sévères qui existent dans le canton de Neuchâtel en faveur de la vaccination, on doit admettre que les 67 personnes mortes de la variole et au sujet de la vaccination desquelles on n'a pas de renseignements officiels avaient été, en grande partie du moins, vaccinées, ce qui a été le cas certainement, en ce qui concerne les enfants, à l'occasion de la longue et grave épidémie de 1880/81.

Les rapports du D r Guillaume sont évidemment empreints de partialité eu faveur de la vaccination.

Ainsi, les « Feuilles d'hygiène » se taisent d'une manière absolue au sujet des douze cas de variole survenus à St-Auliin, que le rapport officiel signale deux fois 23 ) et dont le rapport sur le «) «Berner Bote», n» 50, du 22 juin 1881.

) L'épidémie de variole, etc., page 74.

23 ) L'épidémie de variole, pages 40 et 54.

436

vaccin jennérien et le vaccin animal24) fait également mention.

Toutefois, dans le premier de ces rapports, on trouve indiqués les motifs de cette omission (page 13).

Le Dr Gant écrit de St-Aubin: « Douze enfants ont été atteints de varioloïde ; onze d'entre eux avaient été vaccinés avec succès, un n'avait pas été vacciné. Ce dernier a présenté des symptômes beaucoup plus intenses que les autres, mais cependant l'affection n'a pas pris le caractère de la variole vraie. Tous ont guéri dans un laps de temps variant de 8 à 15 jours. » « Comme la variole et la varioloïde ne sont que des désignations différentes d'une seule et même maladie, les 11 enfants vaccinés n'auront guère pu, lege artis, être malades de la variole, et le Dr Guillaume, qui n'a pas vu lui-même les individus atteints, estime qu'il ne s'est pas agi de la varioloïde, mais bien de la varicelle (fausse variole). Toutefois, à notre grand étonnement, l'auteur se tait au sujet des 253 autres cas, sur lesquels on n'a pas constaté officiellement l'état de vaccination.2S) Ce n'est toutefois pas le manque de vaccination qui a favorisé l'extension de l'épidémie de variole dans le canton de Neuchâtel, mais bien, comme à Schwyz, toute une série de fautes commises contrairement à toutes les mesures de police sanitaire.

Ainsi, par exemple, le premier malade traité dans la ville de Neuchâtel a servi pendant quelque temps, en pleine variole, à la table d'un hôtel, mangeait et se trouvait en relations avec le personnel. S6) ' Le D r Garot, à St-Aubin, attribue la dissémination de la maladie au fait que les enfants qu'il a vaccinés avaient été réunis dans un même local et que plusieurs d'entre eux venaient de maisons où régnait la varioloïde. Le médecin regrette naturellement de ne pas avoir vacciné chaque enfant séparément.27) L'épidémie avait été importée depuis la Chaux-de-fonds.

A Corcelles-Cormondrèche, un varioleux s'est rendu à l'auberge et y a joué aux cartes avec deux camarades; le premier a communiqué la maladie à son enfant non vacciné, qui en est mort; le M ) Le vaccin jennérien et le vaccin animal. Eapport présenté au nom de la commission de santé à la direction de l'intérieur par le Dr Guillaume, page 45.

25 ) L'épidémie de variole, etc., page 7.

26 ) L'épidémie de variole, etc., page 7.

") Ibid., page 14.

437 ·second l'a transmise à sa femme, qui en a été dangereusement malade.

Un autre varioleux est sorti deux jours après s'être levé, sur l'autorisation du médecin, a fréquenté les auberges et a travaillé dans l'appartement d'une vieille fille âgée de 65 ans, à laquelle il a communiqué la variole et qui a été entre la vie et la mort. 28 ) Trois jours après l'inhumation d'un enfant mort de la variole, les parents se promenaient à Colombier et à Auvernier; le mari, qui avait lui-même eu la variole, reprenait ses occupations, sortait à son gré, fréquentait les auberges, etc.

La maladie avait été introduite par un jeune enfant, venu de la Chaux-de-fonds avec sa mère, depuis une maison où se trouvaient des varioleux.

A la Chaux-de-fonds même, l'épidémie avait éclaté en premier lieu chez uu individu venu de Paris, qu'on avait laissé dans son logement et qui y avait été à plusieurs reprises visité par son neveu, fils d'un restaurateur.

Le malade fut enfin transféré dans l'hôpital des varioleux, où ses parents le visitaient, lui apportaient divers objets et emportaient le linge sale pour le laver chez eux. Le garde-malade luimême ne se soumit pas à une séquestration rigoureuse.

Dans l'intervalle, le neveu fut aussi atteint de la variole et fut soigné, dans une chambre attenante au restaurant de ses parents, par sa mère, qui servait en même temps la clientèle. L'enfant mourut et fut inhumé le lendemain du décès, sans que le médecin qui l'avait traité eût annoncé le cas au conseil municipal ou ·à la commission sanitaire.

Les porteurs du cercueil tombèrent malades ; plusieurs habitués et voisins du restaurant en firent autant, et la variole se répandit partout.

Malgré ces faits et malgré les mesures sévères et correctes prises par les autorités, la commission sanitaire n'était pourtant pas soutenue par tous les médecins. Un de ces derniers, non content de ne donner aucun ordre pour la désinfection, la représentait encore comme quelque chose de parfaitement inutile. 59 ) Des porteurs employés pour le transport des malades s'arrêtaient dans les cafés en revenant de leur mission et laissaient leur brancard dans la rue.

28

) Ibid., page 67.

) L'épidémie de variole, etc., pages 30, 34 et 35.

29

Feuille fédérale suisse. Année XXXIII.

Vol. IV.

33

438

Naturellement, la variole se répandit dans tout le canton et ailleurs en Suisse.

Cette accumulation de fautes presque incompréhensibles et impardonnables prouve, sans doute, que la vaccination est au moins bonne à quelque chose, savoir à couvrir les fautes imputées à la non-vaccination et à innocenter les coupables.

Toutefois, nous ne voulons pas manquer de citer un autre exemple, dans lequel le cours favorable de l'épidémie a été attribué à l'exécution stricte de la vaccination, tandis qu'en réalité il ne peut être question d'une vaccination régulière, qui, au contraire, a été négligée dans une forte mesure.

M- le Dr Lote a dressé des tableaux statistiques30) et graphi31 ques ) au sujet de la mortalité variolique des diverses classes d:àge dans les populations qui n'ont pas l'obligation de la vaccination (Pays-Bas, Berlin, Ecosse) et dans Celles qui ont cette institution (Bavière, canton de Zurich 1870/71).

La diminution très-variable de la mortalité variolique après la première année dans le canton de Zurich (1870/71) et les deux périodes en Bavière, d'une part, et les Pays-Bas, Berlin et l'Ecosse, avant la loi sur la vaccination, d'autre part, semble à l'auteur constituer un fait remarquable. Ce seraient là des domaines d'observation très-étendus, des chiffres élevés et classées par âge, le tout emprunté aux actes officiels des états civilisés de «l',époque moderne».

Dans le canton de Zurich, il est vrai, l'obligation de la vaccination existe à côté de celle de la fréquentation de l'école primaire, et cela de telle sorte que chaque enfunt, lors de son entrée à l'école lorsqu'il a atteint l'âge de six ans révolus, doit présenter, sous peine d'amendes qui se répètent, un certificat de vaccination.

A teneur de l'ordonnance édictée sur ce sujet, la vaccination doit avoir lieu, dans la règle, dans la première ou au plus tard dans la deuxième année après la naissance.

Or, à l'occasion de l'épidémie de variole de 1870/71, ce sont surtout les districts de Zurich, de Winterthur et d'Uster qui ont été atteints, et tout spécialement les villes de Zurich et Winterthur et les communes suburbaines adjacentes32). Nous ferons observer, en passant, que la ville de Zurich (y compris les faubourgs) renfermait, en 1870, 56,695 habitants, sur 73,645 pour tout le district.

30 ) D'après Zehnder, Korrespondenzblatt für Schweizerärzte, 1877, page 387. Lotz, page 132.

91 ) Variole et vaccine, etc., tableaux IV et V.

8!

) Rapport officiel sur l'administration du service médical, Zurich 1877, page 323.

439

Le rapport officiel33) est ainsi conçu : « L'exécution générale, introduite dans les moeurs du canton de Zurich, de la vaccination des enfants a protégé ceux-ci de l'infection. La grande masse des enfants de 1 à 10 ans, qui, s'ils n'ont pas été vaccinés, fournissent partout le plus fort contingent à la variole, est restée indemne à un degré remarquable. Le fait que les classes d'âge les plus jeunes sont protégées par la vaccination et ne sont que très-peu atteintes par l'épidémie fait que la grande masse des cas se reporte sur l'âge mûr 8 4 )».

Il y a incontestablement un intérêt majeur à connaître le nombre réel des individus vaccinés dans le canton et dans le district de Zurich.

Or, sur 100 enfants nés vivants, nous trouvons la proportion suivante de vaccinés.

Canton de Zurich.

District de Zurich.

1860 78.7 70 1861 87.2 73 1862 77 66 1863 82 60 1864 87 86 1865 77 67 1866 75 58 1867 74 53 1868 76 60 1869 71 55 1870 67,7 15,8 . 1871 77,9 77 1822 69,8 47 1873 66,5 40,4 1874 67,7 49 1875 61,8 35 1876 51 24,8 1877 52 41 1878 52,3 81,, 1879 34!6 17>3 1880 57,3 30 Sur la totalité des enfants, il n'en a donc été vacciné, dans le district de Zurich, qu'un peu plus de la moitié ; dans l'année de l'épidémie (1870), ce chiffre descend même à 15,8 °/0. A ce mo33 ) 3

L. c., page 325.

<) L e., page 327.

440

ment, pour c le dire en passant, M. le Dr Zehnder était, jusqu'en 1874, médecin de district et par conséquent médecin vaccinateur du district de Zurich.

Voyons maintenant ce qui se passe dans les Pays-Bas au sujet de la vaccination.

« En Hollande, la vaccination n'est point obligatoire, mais l'état la favorise et a, dans son budget, les moyens de subventionner les institutions de vaccine. En outre, il existe une société spéciale ayant pour but de répandre le plus possible la vaccination au moyen de subsides et d'instructions. La loi prévoit aussi une obligation indirecte au sujet, des maladies contagieuses, en ce sens que ni les instituteurs ni les écoliers ne peuvent entrer dans une école sans avoir présenté un certificat médical constatant qu'ils ont été vaccinés avec succès, ou vaccinés plus d'une fois, ou qu'ils ont eu la variole naturelle. Dans chaque commune, l'autorité locale doit pourvoir à la vaccination et à la revaccination gratuites, au moins nne ,,fois tous les trois mois en temps ordinaire et une fois par mois lorsque la variole a surgi à l'état épidémique dans une partie quelconque du royaume. Lorsque l'épidémie règne dans la commune même, ces vaccinations doivent même se faire toutes les semaines (d'après C. Grötel, la salubrité publique dans les états étrangers à l'Allemagne, page 265)3S).

En Hollande, il est vrai, la fréquentation de l'école n'est pas obligatoire. Toutefois, on rencontre dans ces pays les nombres suivants d'enfants ayant fréquenté l'école en 1867 et 1868 : Au-dessous de 6 ans

1867 1868

6, 7 et 8 ans

9, 10 et 11 ans

12 ans et au-dessus

Total

27.449 170,332 168,386 52,586 434,156 27,151 174,707 168,331 82,469 437,31l36) En 1868, le chiffre des enfants en âge de fréquenter l'école était de 456,782 Sur ce nombre, on trouve dans les registres scolaires .

437,311 II n'en manquait donc que 19,471 En 1868, il y a donc eu 95,7 °/0 du chiffre total des enfants en âge de fréquenter l'école qui étaient vaccinés, savoir 27,151 audessous de 6 ans et un nombre inconnu de l'âge de 6 ans, tandis que, dans le district de Zurich, les vaccinations n'ont été en moyenne, de 1865 à 1869, que de 64,20 °/0 et sont même, en 1870, descendues à 15,8 °/o du chiffre des entants nés vivants.

) D' med. Bollinger, professeur. De la vaccination animale, p. 25.

) Emile de Laveleye, l'instruction du peuple, 1870.

36

441 II est par conséquent impossible d'invoquer, en faveur de la vaccination et de l'obligatioa de cette pratique, l'exemple de la Hollande, qui n'a pas la vaccination obligatoire, en comparaison avec Zurich, qui possède cette institution.

Tout ce que nous avons allégué, d'après les autorités citées, au sujet de la statistique de la vaccination peut naturellement aussi s'appliquer aux autres données fournies en faveur de la vaccination et de l'obligation de cette opération.

Dangers de la vaccination.

Tous les médecins savent et reconnaissent depuis longtemps que la vaccination peut être nuisible à la santé, mais il n'en est pas de mêm.e vis-à-vis du grand public ; on a grand'peine à leur arracher des aveux dans ce sens.

Depuis quelques années, plusieurs hommes faisant autorité, et aussi de personnes en dehors de la spécialité, mais dont le nom est d'un grand poids dans le public, se sont prononcés formellement sur cette question. Nous citerons quelques-uns de ces témoignages.

Dans une lettre du 22 avril 1876, M. le D r Ziegler, médecin en chef de l'armée fédérale, disait entre autres : «Les soldats doivent réellement être de véritables héros pour se laisser intimider par une légère égratignure, qui leur occassionne, tout au plus pendant environ deux jours, un peu de douleur au bras. Comment donc se comporteront-ils devant l'ennemi? 37 ).» La pétition de MM. le D r Sonderegger, à St-Gall, et Burckhardï-Merian, à Sale, président et secrétaire de la commission des médecins suisses et agissant au nom de celle-ci, se prononce comme suit dans son adresse à l'assemblée fédérale.

« Le reproche le plus grave, le seul du reste qui supporte l'examen, qui ait été fait contre la vaccination consiste à dire que cette opération peut transmettre la syphilis chez nous. Quant à la transmission de toutes les autres maladies possibles, aucune n'est prouvée pour les pétitionnaires. » 38) Dans son rapport au conseil d'état au sujet de l'initiative sur la suppression de la vaccination obligatoire, le conseil sanitaire du canton de Zurich va un peu plus loin.

") Bülach-Dielsdorfer Wochenzeitung, n» 34, du 29 avril 1876.

3S ) Pétition des partisans de la vaccination, adressée à l'assemblée iedérale le 10 mars 1877, pages 11 et 12. .

442 «L'objection la plus importante et la plus justifiée, dit-il, qui puisse être soulevée contre la vaccination obligatoire consiste à affirmer que cette opération peut offrir, pour les personnes vaccinées, non seulement des avantages, mais encore des dangers. Il faut carrément avouer ces dangers ; si quelque chose peut expliquer la demande de suppression de la vaccination obligatoire, c'est certainement le danger qui menace la santé des euf'ants par suite de la vaccination. Nous le reconnaissons. Il est parfaitement vrai que des dispositions à diverses affections, qui sommeillaient auparavant, peuvent se réveiller et se développer par suite de la vaccination.

En fait de dangers directs, on peut signaler en première ligne : l'érysipèle traumatique, provenant des pustules varioliques et se développant davantage, la transmission d'un virus infectieux réel venant de l'enfant vaccinifère, et en particulier du virus syphilitique, qui a acquis dans ce domaine une triste célébrité. Nous laissons encore de côté quelques éventualités fâcheuses qui peuvent se produire avec la vaccination, etc. » 39).

Lorsqu'il s'agit de parler au peuple, le conseil d'état se montre un peu plus réservé.

«Outre les symptômes légers et passagers qui, comme chacun le sait, surgissent après la vaccination, on observe ça, et là des ulcères superficiels, rarement l'érysipèle. Ainsi, par exemple, quelques enfants vaccinés a Reinach (Argovie), en 1877, ont été atteints d'érysipèle, mais aucun d'eux n'en est mort.

«La science médicale, qui doit faire règle en cette matière, conteste que les individus auxquels on inocule le vaccin d'un enfant scrofuleux puissent devenir eux-mêmes scrofuleux. Ou ne peut en dire autant d'une autre maladie qui, ordinairement, est la conséquence d'égarements sexuels. Il est malheureusement avéré que la syphilis héréditaire peut se transférer d'un individu à l'autre par la vaccination. Depuis le cas qui s'est présenté à Hollfeld (Bavière) en 1852 et qui, du reste, a été beaucoup exagéré, on n'a plus constaté dans l'Allemagne du sud aucun cas de ce genre ; en Suisse, il n'y en a eu qu'un seul. » 40) 39 ) Rapport et proposition du conseil d'état au grand conseil, du 10 janvier 1880, renfermant le préavis du conseil sanitaire (MM. Walder, conseiller d'état, président, prof. D' Cloëtta, prof. D' Rose, D' Müller, médecin de district à Winterthur, Dr Zehnder, a Zurich, Meier, pharmacien, r prof. Zangger, D Peter, secrétaire), du 1er décembre 1879, pages 8 et 9.

40 ) Rapports explicatifs sur les projets soumis au referendum du 13 juin 1880, chap. II, abolition de la vaccination obligatoire, pages 35 et suivantes, avril 1880, rédigés par le D' Zehnder, membre du conseil sanitaire.

443

Ce rapport fut adopté par cent soixante-treize médecins et professeurs de médecine du canton de Zurich, qui adressèrent au peuple l'allocution suivante : «Ce n'est pas ici le lieu de peser le pour et le contre; le message du conseil d'état, que vous avez entre les mains et que nous vous recommandons vivement d'étudier avec soin, vous donne à ce sujet les renseignements nécessaires. » M. de Steiger, directeur de l'intérieur du canton de Berne, se prononce avec plus de réserve encore.

«On lit beaucoup de choses dans les journaux en fait d'accidents causés par la vaccination. Mais, si l'on examine ces nouvelles de plus près, il se trouve le plus souvent qu'elles proviennent de la Prusse orientale, de la Bohême et autres pays éloignés ; et, bien que la presse non seulement du canton de Berne, mais encore de toute la Suisse, soit riche en expectorations d'ennemis de la vaccine, bien que ce mouvement ait pris de grandes proportions, notre direction n'a pas ouï parler, ni par les rapports des médecins vaccinateurs, ni par les journaux, d'un seul cas bien caractérisé où la vaccination ait eu des suites fâcheuses, dans le canton de Berne et, à sa connaissance, dans toute la Suisse. Il faut donc admettre qu'on n'a constaté aucun cas de ce genre d'une manière certaine, sinon les adversaires de la vaccine ne l'auraient exploité et publié qu'avec trop d'empressement.» 41 ) M. le Dr Lots, à Bàie, concède ce qui suit : « La vaccination peut avoir dans certains cas des suites fâcheuses, mais ce sont là de rares exceptions. Malgré leur rareté, ces exceptions sont suffisamment graves en elles-mêmes. »42) M. le professeur Huguenin, à Zurich, déclare : «Nous devons déclarer ouvertement, nous autres médecins, qu'il y a eu des cas d'accidents dus à la vaccination ; souvent cette opération n'est pas exécutée avec le soin nécessaire, et bien des membres du corps médical ne sont pas non plus exempts d'inattention et de négligence. » 43) 41 ) Rapport de la direction de l'intérieur au conseil exécutif du canton de Berne, pour être soumis au grand conseil sur la pétition de MM.

Sutter, Neuhaus-Ducart, Luginbühl, prof. Vogt et consorts, contre la vaccination obligatoire, 11 niai 1880, page 16.

42 ) Variole et vaccine, rapport sur la question de la vaccination, présenté au conseil fédéral au nom de la commission sanitaire fédérale (mai 1880).

43 ) Dans la question de l'abolition de la vaccination obligatoire, faut-il voter oui ou non? Conférence donnée le 5 juin 1880 dans l'ancien stand de Zurich, page 28.

444

Malgré tout cela, le Dr Lotz a répandu cette année encorer dans le « Korrespondenzblatt für Schweizerärzte », les conclusions du rapport d'un médecin belge, le Dr Warlomont, « qui a rendu de grands services à la cause de la vaccination animale ». Ce rapport a été « présenté au nom d'une commission spéciale et adressé à l'académie belge de médecine à Bruxelles, en 1881 » ; il conclut comme suit.

«La vaccination est une opération qui n'offre jamais aucun danger, à condition d'être pratiquée avec la prudence nécessaire et sur des sujets sains. Les conséquences fatales qu'elle entraîne sont plus rares et de moindre importance que celles qui se présentent lorsqu'on perce les oreilles. » 44) Nous acceptons provisoirement ces témoignages, qui sont précieux à cause des sources d'où ils proviennent ; ils prouvent avec quel aplomb et avec quelle audace on a nié les accidents provenant de la vaccination. Avant de nous étendre sur les dangers de la vaccination, nous nous bornerons à citer brièvement trois cas de maladie qui démontrent le danger de la moindre blessure faite au corps de l'homme.

L'année dernière, nn célèbre médecin prussien, le D r Wilms, faisait avec son assistant une opération dans laquelle il s'agissait de recoudre une plaie. Par mégarde, l'assistant piqua sous l'ongle du pouce son supérieur, qui tenait les chairs. La piqûre n'avait pas la moindre gravité. Le malade que le Dr Wilms devait traiter ensuite avait un abcès syphilitique au palais. Le docteur ouvrit cet abcès, et une parcelle du virus enlevé au malade pénétra dans la blessure. La suite de cette inoculation involontaire fut la mort du Dr Wilms. 45) La mort de notre honorable collègue, le D r Lurati, est encore présente à la mémoire de nous tous. Cet homme, parfaitement sain et à la fleur de l'âge, souffrait de maux de dents ; il se fît appliquer une sangsue ; peu d'heures après, il succomba à une intoxication du sang. 48 ) Enfin, une jeune recrue du canton de Lucerne, faisant partie du cours d'infirmiers du printemps dernier, à Berne, se blessa légèrement à un doigt en nettoyant un instrument de chirurgie employé pour les opérations. Quinze jours après, cet homme fut 41 ) Feuilles pour la salubrité publique, dédiées au peuple, par la société médicale dn canton de Zurich. Rédigées par le Dr Oscar wyss, professeur à Zurich. Zurich, 15 juillet 1881.

45 ) Basler Nachrichten, correspondance de Berlin du 26 juillet 1880.

46 ) Rapport du professeur Kocher, à Berne.

445 pris de convulsions violentes et dangereuses, qui dégénérèrent en épilepsie, affection dont le malade avait jusqu'alors été indemne. 47 ) D'une manière générale, les extraits suivants de journaux partisans de la vaccination démontrent entre autres le fait de la transmissibilité des maladies, même de celles qui ne sont pas de nature épidémique.

«Depuis une dizaine d'années environ, les physiologistes ont émis l'idée que la ladrerie des animaux et la tuberculose pulmonaire de l'homme ont une cause commune et ne constituent en réalité qu'une seule et même maladie. Depuis lors, on a contesté de divers côtés cette assertion. Or, ces derniers temps, M. le professeur Bollinger, à Munich, a fourni la preuve absolue que la chose était réelle. Au moyen de l'inoculation de tubercules pulmonaires humains broyés, il a provoqué la ladrerie chez les animaux, et il est arrivé, en réinoculant le virus de ces animaux à d'autres, à produire la tuberculose granuleuse chez ces_ derniers, dans une forme absolument semblable > à celle que cette maladie affecte chez l'homme.

Depuis longtemps déjà, on soupçonnait que le lait des vaches atteintes de tuberculose pouvait transmettre cette maladie à l'homme, maison manquait jusqu'ici de preuves positives. Ces preuves ont été fournies par le D r Bollinger, qui a inoculé à des lapins le lait d'animaux atteints de cette maladie ; les lapins ont été régulièrement infectés de tuberculose. » 4S) « Toussaint considère la tuberculose, depuis longtemps déjà, comme la plus contagieuse de toutes les maladies, et il apporte de nouvelles preuves à l'appui de sa thèse. Non seulement la tuberculose se produit par l'injection d'un liquide contenant le virus specifique.de cette maladie, mais encore la chaleur de 60 degrés,, usitée pour la cuisson, ne suffit pas pour détruire les germes de latuberculose. » 49) Le résultat de la votation de la société des médecins zurichois au sujet de la question posée pas le conseil sanitaire, concernant la force infectieuse de la phthisie, est d'accord avec les faits cidessus. Il en résulte l'axiome suivant: « La phthisie peut, dans certaines circonstances, se transmettre des individus malades aux individus sains.

47 ) d'autres 48 ) 49 )

Communication verbale de M. Fischer, conseiller aux états, et membres de l'assemblée fédérale.

Extrait du «Landbote de Wïnterthur».

Gazette du Vendredi, de Zurich, du 12. août 1881.

446

« II existe un virus phthisique, dont les véhicules paraissent ótre la transpiration, les exhalaisons, la salive et les déjections des phthisiques. » 50) Nous passerons maintenant spécialement à la transmission et l'inoculation de maladies par la vaccination.

D'après l'expérience, le cours de la vaccine inoculée est semblable à celui de la variole. Lors d'une petite épidémie de variole qui a éclaté à la Waldau, près de Berne, ou a constaté les complications et maladies secondaires suivantes : parulide (abcès des gencives), furoncles, phlegmons et abcès intermusculaires, épistaxis dangereuse (saignement de nez), palpitations du coeur, hémorrhagies du rectum, maux de ventre, diarrhée, nausées, bronchites, douleurs dans la tête, aux épaules et au dos, convulsions, activité spéciale de la moelle allongée par des foyers circonscrits, avec myélites (inflammations) subséquentes, ayant pour conséquence, dans leurs progrès, la paralysie, l'atrophie et la contraction5'). Ces faits sont de nature à mieux faire comprendre ce qui va suivre.

Avant que l'obligation de la vaccination fût introduite dans le canton de Zurich (1836), quelques médecins avaient déjà fait des rapports sur les accidents provenant de cette opération, et les rapports annuels de l'autorité sanitaire cantonale en avaient fait mention.

Ainsi, le rapport pour 1831 dit à la page 32: « De nombreux sujets et 11 enfants sont morts, pendant la vaccine ou peu après, de la fièvre miliaire, d'ophthalniie, de coqueluche, de dyssenterie, d'abcès, de convulsions, de rougeole, de varicelle. » Rapport annuel de 1832, page 11: « 18 enfants ont été atteints de maladies secondaires (catarrhe, miliaire, dyssenterie); 8 sont morts dans le cours de la vaccine, savoir 2 de convulsions, 1 d'hydrocéphalie, 1 d'inflammation cérébrale, 2 de dyssenterie et 2 d'affections non constatées. » Rapport de 1833, page 23: « Affections secondaires: diarrhée, hydrocéphalie, fièvre typhoïde, choléra-inorbus, convulsions, abcès à l'avant-bras, fièvre miliaire, rougeole, erusta serpiginosa chez 22 vaccinés ; 8 sont morts, dont 50

J Journal de médecine rationnelle, édité par Henle et Pfeufer, 1844.

} Rapport annuel de la direction de Viale pour 1879, présenté o, l'administraion de l'Isle pour être transmis au conseil exécutif du canton, de Berne. 1880, page 25 et sniv.

51

447

3 de diarrhée, 1 d'hydrocéphalie, 1 de convulsions et 1 de variole. » ·) Le rapport annuel de «1834 énumère les maladies secondaires suivantes: « Atrophie, scrofules, rachitisme, exanthèmes psoriques, diarrhée, inflammation des oreilles, des glandes axillaires et du sein droit, avec suppuration de ces organes, érysipèle, miliaire, fièvre, varicelle, varioloïde. Pendant le cours de la vaccine, il est mort 2 enfants d'hémorrhagie, 5 de diarrhée et de convulsions, 1 de dyssenterie, 1 de pneumonie. » Rapport de 1835, page 62 : « Maladies secondaires : lienterie, dyssenterie, scarlatine, miliaire, varicelle, varioloïde, fièvre, convulsions. Pendant la vaccine, 9 enfants sont morts, savoir 1 de lienterie, 1 de suffocation, 1 d'érysipèle avec convulsions, 1 d'arthrite, 3 de variole et 2 d'affections non déterminées. » Eapport de 1836: « Maladies secondaires chez 28 enfants : varioloïde, varicelle, miliaire, fièvre urticaire, érysipèle, teigne faveuse, diarrhée, convulsions, toux convulsive. Pendant la vaccine, il est mort 10 enfants, savoir 2 d'hydropisie cérébrale, 2 de diarrhée, 1 de : convulsions et 5 de causes non déterminées. » Dans son rapport cité plus haut, M. le professeur D r Huguenin a vivement attaqué ces indications et leur auteur.

« L'ancien secrétaire de la direction médicale peut, dit-il, avoir été un brave homme; respect pour lui. Toutefois, il n'était pas médecin, et il est triste que l'on reproduise aujourd'hui ces expectorations. » 5S) Nous n'avons qu'une seule, chose à dire à ce sujet, c'est que les rapports de 1831, de 1832 et de 1833 commencent par la formule stéréotypée suivante.

« Le conseil de sa/nté a l'honneur de présenter au haut gouvernement le rapport obligatoire sur ses fonctions pendant le courant de l'année. » Quant aux renseignements, ils étaient empruntés aux rapports des divers médecins.

52

) L. c., page 31.

448

En ce qui concerne les diverses affections secondaires signalées, la science a sans doute progressé en modifiant certaines idées, mais elle ne s'arrêtera pas au point où elle est aujourd'hui. Il faut espérer que les détenteurs futurs de la science porteront sur ceux d'aujourd'hui un jugement moins dur que ceux-ci ne le font visà-vis de leurs prédécesseurs, qui cependant "ont introduit la vaccination obligatoire.

Chose singulière, les rapports sur les accidents causés par la vaccination ont cessé avec l'introduction de la vaccination obligatoire ; dans les temps récents, nous ne trouvons plus que le récit suivant. 53 ) «Vaccine: le Dr Glattli traitait un enfant vacciné de 9 mois; les pustules se développaient convenablement, mais bientôt il se produisit de la diarhée. Celle-ci ayant cessé, il surgit un érysipèle, qui, partant de la partie vaccinée, se répandit sur le bras gauche, le cou, la poitrine et le dos. Au bout de 4 semaines de maladie, la diarrhée revint, puis l'érysipèle, la pyémie (empoisonnement du sang par le pus) et des abcès à l'avant-bras; après une nouvelle succession de diarrhée et d'érysipèle, la mort survint au bout d'un mois. » En outre, M. de Wette, médecin à Baie-ville, confirmant en partie les rapports précités du conseil de santé zurichois et le réhabilitant pour ainsi dire vis-à-vis de M. le professeur D r Huguenin, a fait récemment les communications officielles suivantes.

« Les enfants vaccinés ont eu la variole, la choléiïne, la rougeole, la varicelle, etc., ou bien il a surgi des suppurations aux endroits vaccinés, des inflammations érysipélateuses, l'eczéma, etc.

En fait de cas mortels, on signale ceux d'un enfant mort de variole cinq jours après la vaccination, de 3 enfants morts de cholérine et d'entérite, de 2 enfants morts de convulsions et d'un enfant mort de fièvre vaccinale. » 54) En généra], ces détails se trouvent aussi confirmés par le résultat de la votation des médecins zurichois au sujet d'un résumé emprunté à un rapport de commission «sur la question de la variole. » « La fièvre eruptive est tout aussi peu que la fièvre suppurative une'compagne constante de la vaccine. Toutefois, si la vacci53 ) Rapport annuel sur l'administration de la direction médicale du canton de Zurich en 1862, page 77.

M ) Basier Nachrichten, n» 6, 1879.

449 nation a été opérée avec succès, il est rare que la fièvre suppurative manque complètement.

« II paraît indubitable que la vaccine agit différemment suivant les individus et la disposition qu'ils ont à prendre la maladie, que les germes d'adaptation ne sont pas toujours éveillés de même, et que les maladies préexistantes peuvent être aggravées ou adoucies.

« L'intensité des apparitions locales doit être considérée comme la première condition du succès de la vaccination, et par conséquent aussi la vertu protectrice qui en est la conséquence et qui n'est pas possible sans l'éruption.

« La fièvre sthénique n'est pas toujours en proportion exacte de la nature et du nombre des pustules ; elle dépend non seulement de ces deux conditions, mais encore d'autres influences individuelles, telluriques, etc., connues ou non. » 55j Le questionnaire élaboré pour la votation des médecins suisses o, la fin de 1876 ne renferme, il est vrai, aucune rubrique pour les accidents provenant de la vaccination; néanmoins, quelques médecins n'ont pu s'empêcher de présenter leurs observations sur cette question.

Jost Wyss, médecin à .Breitenbach (Soleure) : « D'après ma pratique de 50 ans, je suis arrivé à la conviction que l'obligation actuelle de la vaccination a plus d'inconvénients que d'avantages pour l'humanité. » Dr Schädler (Berne): « J'estime cette conclusion (utilité de la vaccination) comme douteuse, et la question comme ayant besoin d'expériences plus précises et plus étendues. » Prof. D* d'Espine (Genève), au sujet de la vaccination avec la lymphe animale: « Inoculation possible de pus ou d'autres matières phlogogènes par l'expression forcée de la lymphe et le traitement industriel du vaccinifère. » Dr Willener, médecin vaccinateur de district, à Huttwyl : « L'angite lymphatique et les affections des glandes qui en sont la conséquence ont été rarement observées, et cela non pas comme transmission, mais bien comme localisation continue dans le « locus 55 ) Journal de médecine rationnelle, par Henle et Pfeufer, 1844, pages 428 et suiv.

450

minoris resistenti» » chez les enfants prédisposés. Il n'y a eu que des cas rares d'exanthème vaccinal général. » DT Beck (Monthey): « Je ne crois pas seulement à la transmission de la syphilis, mais encore à celle de plusieurs autres affections cachectiques par la vaccine humanisée. Je regarde comme un danger public le commerce intéressé de la vaccination avec des virus provenant d'enfants herpétiques, scrophuleux, rachitiques, etc. » Dr Guisan (Vevey): «J'ai eu l'occasion de voir quelquefois, depuis 19 ans, de tristes résultats de vaccinations et surtout de revaccinations, faites avec de la lymphe prise sur des enfants malades. » a 6 ) o

En 1880, la commission de santé du canton de Neuchâtel a adressé aux vaccinateurs d'office un questionnaire relatif à divers points; 26 d'entre eux ont répondu.

Un vaccinateur qui avait fait de 2500 à 3000 vaccinations et revaccinations a été frappé de la fréquence des manifestations scrofuleuses après les vaccinations.

Ce même praticien avait observé cette année-là, pour la première fois, six cas d'érysipèle survenus après l'inoculation d'un vaccin pris sur un enfant sain, qui n'était pas lui-même atteint de cette affection.

Le Dr Zürcher n'a observé une affection de ce genre qu'une ou deux fois, et cela sur des enfants scrofuleux.

Un autre dit avoir observé plusieurs fois des erysipèles pendant la saison froide, lorsque les enfants vaccinés étaient dans de mauvaises conditions hygiéniques.

Un vaccinateur des montagnes a observé des cas d'érysipèle dont un s'est terminé par la mort.

D'autres vaccinateurs ont également observé des erysipèles qui s'étaient déclarés à la suite de la vaccination: l'un une fois en 31 ans; un autre 2 fois en 20 ans; un troisième 3 cas en 9 ans; un quatrième 2 cas en 15 ans.

Un vaccinateur a mentionné dans son rapport la fréquence des affections scrofuleuses qu'il a observées après la vaccination.67) 56 ) Toutes ces citations sont empruntées au tirage à part du «Korrespondenzblatt für Schweizerärzte », 7 m< année (1877), pages 4 et suiv.

57 ) Le vaccin jennérien et le vaccin animal, par le Dr Guillaume, vicepre'sident de la commission de santé, 1881, pages 18 et suiv.

451 M.- J.-M. Kühn, médecin à Seon, écrit du canton d'Argovie : « L'année dernière (1866), environ la cinquième partie (environ 20) des enfants vaccinés par un adjoint furent malades de l'érysipèle. Cinq d'entre eux moururent. D'après un article inséré dans un journal argovien et qui n'a jamais été démenti, la même chose est aussi arrivée au médecin du même district.58).

Comme on le voit, le mémoire du rapporteur de la commission sanitaire fédérale au sujet des dangers de la vaccination cite beaucoup de cas d'accidents produits par cette opération, et sans aucun doute il en aurait encore trouvé bien d'autres, et même en nombreincroyable, si l'on avait consulté tous les médecins suisses et que ceux-ci eussent donné une réponse conforme à la vérité.

Nous devons toutefois nous en tenir ans matériaux que nous possédons, et nous prenons la liberté de notis occuper spécialement de quelques accidents provenant de la vaccination et cités par M. le D r Lots.

A la page 105 du rapport de la commission sanitaire fédérale au conseil fédéral, il mentionne la masse de cas morbides provenant de l'inoculation de l'érysipèle et survenus à Eeinach au printemps de 1877, toutefois sans issue mortelle. Nous avions déjà appris, par une lettre de M. le Dr Zéhnder, également membre de la commission médicale, que quelques enfants vaccinés avaient été atteints d'érysipèle. Le Dr Lotz se base sur le rapport même du vaccinateur, M. le D r Hegnauer.

Nous sommes en possession de plusieurs documents qui nous sont parvenus à cette époque de la part de témoins oculaires. En voici des extraits.

« Sur 83 ou 85 enfants vaccinés, tous ont été plus malades que d'habitude, à un degré plus fort ou plus faible. Il ne s'est pas formé, comme ordinairement, des pustules varioliques transparentes, mais bien de la suppuration et des abcès, et cela pendant les premières phases déjà. La surface purulente avait une singulière teinte 1 plombée. L'aréole de réaction était presque chez tous très-grande ; les abords érysipélateux, durs au toucher. Ce qu'il y a de plus remarquable, c'est que tous les enfants ont eu des éruptions secondaires sur le corps entier, avec symptômes érythémateux. Fièvre à un haut degré.

68 ) La maladie de coterie en médecine. Berne 1867, page 63. -- Rapport du médecin de district de Brugg, 1866, et délibérations y relatives de l'autorité sanitaire.

452 « . . . . Un enfant, qui était de faible complexion et qui souffrait en même temps de la tonx convulsive, est mort. Il paraît que quatre ou cinq autres enfants sont également morts, mais j'ignore s'ils étaient atteints aussi de toux suffocante.

« On a ensuite vacciné à Mehzikon. Dans cette localité, NN.

a reçu en traitement quatre enfants avec les mêmes symptômes. » Outre ces déclarations d'un médecin, d'après lequel il ne s'agissait pas seulement d'érysipèle, nous avons encore à reproduire les communications suivantes de deux personnes étrangères à la vocation.

« II est parfaitement vrai, écrit l'une, qu'un très-grand nombre d'enfants sont tombés malades ici après la vaccination (on parle de mauvais vaccin) et que plusieurs en sont morts. Le médecin de district, M. Steiner, est venu ici pour cela, et, sur ma demande, il m'a répondu que les choses n'allaient pas aussi mal qu'on le disait et que la plupart des enfants étaient en voie de convalescence.

Malheureusement, on ne peut contester que certains cas n'aient, ça et là, une issue mortelle. » L'antre nous écrit: « En réponse à votre honorée lettre du 11 courant, je vous communique ce qui suit. Il règne certainement ici une grande indignation contre M. le D r Hegnauer et contre la vaccination.

M. Hegnauer n'a naturellement rien pu faire que de signaler les faits à la direction de l'instruction publique d'Aarau. Celle-ci s'est informée des agissements de M. Hegnauer, et je n'ai plus rien appris depuis, si ce n'est qu'à cette époque on attribuait la faute aux grandes chaleurs.

« On a d'abord vacciné 8 ou 10 enfants, et chez tous les choses avaient fort bien marché; plus tard, sur les 49 qui furent vaccinés, presque tous tombèrent malades; ainsi que je l'ai appris, ils ont beaucoup, souffert. Toutefois, il n'y en a que 2 qui soient morts ; les autres se sont écorehés de la tête aux pieds, quelques-uns même deux fois.

« Toutefois, ce que je puis vous dire, c'est que la vaccination ne pourra pas s'opérer si facilement l'année prochaine; obligation ou non, tous les pères et les mères de famille s'y opposeront, et cela avec raison.

« J'ai déjà entendu des pères dire qu'ils prendraient la carabine plutôt que de voir de nouveau leurs enfants dans un état pareil.

453 « Moi-môme, je me défendrai et je ne livrerai aucun de mes enfants. » Quant à l'inoculation de la syphilis, elle a été pendant trèslongtemps contestée sur le continent, jusqu'à ce que Ricord l'eut constatée et dut par conséquent en reconnaître la réalité.

En Angleterre, elle est encore contestée. En Suisse, tous les auteurs parlent d'un seul cas constaté ; nous préférerions dire : d'un seul cas avoué.

Le rapporteur lui-même -- il n'était pas vaccinateur à cette époque -- a rencontré, chez un enfant soumis à l'obligation de la vaccination, des ulcères syphilitiques, dont il n'a pu alors reconnaître l'origine, et un membre du conseil de santé zurichois actuel, consulté sur la question de savoir si lui-même n'avait jamais observé, lors des revaccinations, une inoculation syphilitique, a gardé jusqu'ici le silence. Ce cas est connu du rapporteur. Qui ne dit mot consent.

Dès l'année 1854, M. le Dr Jos. Heine, membre du conseil médical, écrivait que, lorsqu'on entendait parler confidentiellement des médecins pratiques, leur langage était tout autre que dans la publicité au sujet de la rareté des cas d'inoculation de la syphilis par la vaccination. Ainsi, un médecin assermenté auprès du tribunal et habitant une localité voisine a observé exactement le même cas que le Dr Hübner à Hollfeld. Toutefois, malgré l'agitation qui régnait dans le village, l'accident a passé tranquillement et sans éclat, attendu que la part qu'il avait eue au mal fut réparée par le traitement médical et les mesures de précaution prises, et qu'en même temps il invita son collègue, en sa qualité officielle, à rassurer sans retard tout le village89).

L'autorité supérieure de la province prussienne de Francfort s/0. a fait de même que ces deux médecins. En effet, en 1877, dans la ville de Lebus, 12 jeunes filles fréquentant l'école étaient devenues syphilitiques par suite de revaccination avec de la lymphe prise sur un enfant de sept mois; le gouvernement défendit, par arrêté du 10 avril 1877, aux conseillers, aux inspecteurs d'école, aux médecins de district, aux chirurgiens de district et aux autorités, de la ville, tous fonctionnaires auxquels le cas avait été annoncé précédemment pour leur information, de le divulguer, par le motif que, « ensuite d'indiscrétion, il pourrait en résulter une influence fâcheuse sur la bonne volonté des parents de présenter leurs enfants à la vaccination ou à la prise du vaccin. » 60) 59 ) Heine: Matériaux pour l'étude de la syphilis et de ses rapports avec la vaccination et avec la diphthérie. 1854, page 30.

60 ) L'adversaire de la vaccination, n us 7 et 8, année 1877.

Feuille fédérale suisse. Année XXXIII. Vol IV.

84

454 Le cas du Dr Hübner, que nous venons de citer, a acquis ces dernières années une assez grande notoriété, mais ce qu'on y trouve de plus intéressant, c'est la diversité des données sur le nombre des personnes tombées malades.

Le professeur Dr Germann annonce: 1 enfant vacciné et 8 nourrissons vénériens; Kolb : 8 enfants avec des condylomes, qui ont infecté 9 personnes de leur parenté; Nittinger: 8 enfants, qui ont infecté 8 adultes; D r Zehnder: sur 12 enfants vaccinés avec de la lymphe provenant d'un enfant né le 6 mars 1852 et décédé le 26 août de la même année, ensuite de marasme (en réalité de syphilis), 7 sont devenus syphilitiques et ont, dans le courant de l'hiver, infecté 8 autres personnes; dans une lettre adressée le 16 mars 1877 au président du conseil national, le Dr Sonderegger affirmait qu'on avait infecté 4 à 5 enfants avec de la lymphe provenant d'un enfant malingre et syphilitique; le professeur D r Schwarzenbach, à Berne, qui cependant, et avec raison, n'attache pas une grande valeur aux chiffres, mais bien au t'ait en. lui-même, parle de 157 cas; le Dr Heine, conseiller médical, chez lequel Schwarzenbach a puisé ses données et qui fonctionnait comme expert dans le procès pénal intenté à Hübner, évalue à 29 le chiffre des cas constatés juridiquement, longtemps seulement après cette désastreuse vaccination. Sont tombés malades : à Freienfels les enfants Steurer, Hofmann, Dorsch, Heimann, Eberbein, Illigbauer, Eichenhüller, Blöser I, Schwarz et Geiger ; à Welschenkahl le fils du meunier, les enfants Frankenberger et Lindner ; à Fernreuth l'enfant Kauper ; à Keinach le fils du meunier.

L'enfant Steurer a infecté sa mère, deux garçons et un nouveau né; l'enfant Eberbein, sa grand' mère, âgée de 70 ans; lesmères Illigbauer, Eichenhüller, Blöser I et Hofmann ont été infectées par leurs enfants ; l'enfant Schwarz a infecté cinq personnes, dont la servante et son amant.61) Vis-à-vis de tous ces détails, le Dr Lots tranche la chose brièvement en ces termes: Hübner à Freienfels 1852, sur 13 enfants vaccinés, 8 ont été infectés et ont transmis l'infection à 9 de leurs proches, en tout 17 cas.

Sur les milliers de cas, observés à l'étranger, d'accidents provenant de la vaccination, c'est le seul que nous citions; nous renonçons aussi à nous occuper de ceux de notre pays, attendu que nous estimons qu'il suffit de comparer attentivement les vaccinations qui ont été opérées avec la mortalité des enfants et avec la mortalité générale. Les tableaux suivants, empruntés aux sources officielles, donneront les indications nécessaires.

") Matériaux, etc. par Heine.

455

I. Cantons ayant la vaccination obligatoire.

Zurich.

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1840 1841 1842 1843 1844 1845 1846 1847 1848 1849 1850 1851 1852

86.0 87.8 107.3 76.8 75.6 79.3 77.7 76.6 85.3 80.7 71.5 75.8 83.5 79.2

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26.9 22.6 37.1 16.0 25.9 28.5 18.2 26.9 -- 23.3 -- 27.0 26.3

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1853 1854 1855 1856 1857 1858 1859 1860 1861 1862 1863 1864 1865 1866

76.6 85.1 74.2 72.0 80.8 76.5 72.4 78.7 87.2 77.0 82.0 87.0 77.0 75.0

30.7 29.2 27.7 28.0 27.3 30.6 32.5 25.3 25.8 21.7 21.2 28.8 28.5 23.2

38.6 33.4 29.9 32.5 33.5 36.5 38.8 33.0 34.3 29.2 28.8 31.5 34.5 30.7

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Année.

Vaccinations sur 1UO enfants nés vivants.

Zurich.

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1867 1868 1869 1870 1871 1872 1873 1874 1875 1878 1877 1878 1879

74.0 76.0 71.0 67.7 77.9 69.8 66.5 67.7 61.8 51,0 52.0 52.3 34.5

25.6 20.0 25.7 27.9 25.0 19.1 20.4 20.0 22.3 21.5 18.6 18.6 19.8

1862 1863 1864 1865 1866 1867 1868 1869 1870 1871 1872 1873 1874 1875 1876 1877 1878 1879

73.0 78.8 88.4 94.0 77.7 74.4

14.6 16.5 -- -- 19.0 -- -- -- 18.9 -- -- 16.2 -- -- 15.7 -- 15.5 2.78 -- -- 17.9 5.29 3.18 4.17 198 3.94 192 4.19 2.22 16.0 2.90 1.62 18.5 3.49 1.81 15.5 2.28 1.45 18.2 2.95 1.59 15.5 -- -- 16.0 -- -- 16.7 -- -- 15.0 -- *--

5.03 4.79 5.72 6.16 5.63 3.92 3.61 4.43 3.74 -- -- -- --

2.46 2.96 3.00 2.31 1.26 2.12 1.70 1.88

-- 1.89 2.24 1.80 2.31 1.39 1.55 1.09

1.34 0.97 1.05 1.13 0.94






-- -- 1.81

29.2 24.2 29.9 29.1 25.2 25.1 26.5 25.2 27.2 276

26.0 26.0 23.8


26.7 26.6 21.6 22.1 22.6 24.8 24.5 22.1 21.8 22.6

Berne.

-- 67.0 75.5 84.1 72.3 72.0 69.3 73.0 65.5 61.4 63.4 57.7


2.24 1.90 0.88 1.09 1.20 1.18 -- -- -- --


1.40 1.00 0.62 0.83 0.83 -- -- -- --

25.8 26.4 28.1 29.7 25.7 24.5 23.4 24.0 24.0 21.9 24.0 256 250

26.0 24.2 24.5 25.0 22.7

-- -- -- -- -- -- -- -- 25.7

26.4 21.6 22.5 20.4 22.9 23.6 22.6 23.2 21.7

457

0 cotî

Décès pour cent à l'âge de:

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Décès sur 1000 1 habitants.

1

Année.

Vaccinations sur 100 enfants nés vivants.

Bâle-Ville.

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1867 1868

1869 1870 1871 1872 1873 1874 1875 1876 1877 1878 1879

40.0 36.3 48.0 42.0 85.0 48.0 27.0 62.0 46.5 45.0 30.0 46.0 22.1

20.0 18.7 22.5 21.7 22.4 20.0 22.3 23.5 19.0 21.0 19.0 20.0 20.0

3.34 -- -- 6.64 2.64 -- 4.27 2.40 1.78 4.61 2.75 1.84 2.58 1.58 1.46 5.82 1.82 1.60 2.93 2.18 1.58 3.35 1.54 0.58 -- -- -- -- -- -- -- -- -- ""

~

-- -- -- 0.61

0.63 0.70 1.15 0.76 -- --

27.0 28.6 28.7 29.0 26.0 30.0 330 35.0 31.0 30.0 28.0 30.0 30.0

-- -- 22.7 25.4 20.9 24.0 23.1 21.4 234 23.9 23.2 22.4

St-Gall.

1867 1868 1869 1870 1871 1872 1873 1874 1875 1876 1877 1878 1879

60.0 66.0 54.0 57.5 99.7 80.0 80.0 80.0 57.0 47.8 43.5 52.0 42.5

27.0 27.0 6.00 -- -- -- 25.4 4.89 4.09 -- -- 29.0 5.89 2.70 1.75 -- 26.0 5.77 2.45 2.62 1.77 22.0 3.26 2.01 1.01 1.12 25.0 4.07 1.94 1.24 1.23 27.0 3.57 ·1.67 1.65 0.69 25.7 3.89 2.21 1.92 1.29 24.7 -- -- -- -- 22.0 -- -- -- -- 23.0 -- -- -- -- 23.0 -- -- -- --

32.0 30.0 30.0 32.2 28.0 27.0 30.0 30.0 30.0 320 30.0 29.0 28.0

-- -- 25.9 26.2 22.4 23.7 24.2 25.2 25.7 23.3 25.2 25.0

458

1867 1868 1869 1870 1871 1872 1873 1874 1875 1876 1877 1878 1879

88.6 70.0 70.0 74.0 72.0 70.0 70.0 70.0 70.0 71.0 70.0 67.0 58.0

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Décès pour cent à l'âge de:

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O à l 2 1 k 2 2 à3 3 à 4 4 k 5 A B S o mois. ans. ans. ans. ans.

Ot3 <D P. "ä

22.0 20.0 20.0 24.8 23.0 20.0 20.0 20.0 19.0 19.0 20.0 19.2 19.6

3.01 3.90 5.03 3.53 3.57 3.20 3.54 2.62

-- 2.00 3.04 1.97 1.62 2.06 1.47 1.75 --

--


-- -- 2.10 -- 1.47 1.08 0.99 0.98 1.33 0.98

1.23 1.88 0.97 1.03 -- --

--

Décès sur 1000 habitants.

Année.

Vaccinations 1 sur 100 enfants 1 nés vivants. 1

Argovie.

28.0 28.0 25.3 25.1 26.0 27.0 25.5 25.7 26.0 26.0 28.0 25.0 24.0

-- -- 27.8 25.8 22.0 22.2 22.8 23.8 23.7 22.9 22.5 23.5

30.0 27.0 26.6 28.0 27.5 28.0 27.0 28.0 27.0 26.0 29.0 26.0 ·26.0

-- -- 29.7 23.3 23.5 23.5 24.4 24.4 24.7 22.5 22.1 23.0

Thurgovie.

1867 1868 1869 1870 1871 1872 1873 1874 1875 1876 1877 1878 1879

78.0 78.0 70.0 63.0 70.0 74.0 75.0 75.0 77.0 76.0 70.0 70.0 660

26.0 25.0 22.6 26.0 27.5 22.4 21.0 21.2 21.0 20.0 20.0 18.8 19.7

3.83 6.40 5.80 8.21 4.06 4.55 3.99 3.75 -- -- --

-- 2.88 2.13 2.64 1.54 1.69 2.01 2.17

1.99 4.09 1.62 1.52 1.82 1.88 -- _.

-- ,-- -- 2.19 1.62 0.70 0.73 1.27

459

1867 1868 1869 1870 1871 1872 1873 1874 1875 1876 1877 1878 1879

66.0

72.0 70.0 77.0 117.0 60.0 77.9 72.0 70.0 75.0 60.0 74.0 65.7

Décès pour cent a l'âge de:

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Décès sur 1000 habitants.

Année.

Vaccinations sur 100 enfants nés vivants.

Vaud.

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Ok 12 1 a 2 2 à 3 3 à4 4à 5 mois. ans. ans. ans. ans.

16.8 17.8 19.0 18.0 22.3 16.0 17.7 17.0 19.7 17.3 17.3 17.4 15.6

2.78 4.15 3.40 5.87 3.69 3.24 3.36 3.29 -- -- --

--

2.10 2.40 3.03 1.89 2.16 1.59 1.79 -- -- -- --

--

1.57 2.61 1.97 1.28 0.79 1.02 -- -- --

-- -- -- 1.76 1.34 0.74 0.62 0.77 -- -- --

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20.0 20.0 22.2 21.2 18.0 20.0 22.2 22.5 24.0 22.0 22.2 22.3 21.7


24.5 32.2 21.4 21.0 21.8 24.8 28.7 23.2 22.6 21.3

II. Cantons sans la vaccination obligatoire.

Uri.

1867 1868 1869 1870 1871 1872 1873 1874 1875 1876 1877 1878 1879

_ -- -- -- -- -- --L -- -- -- -- --

11.6 21.0 16.5 19.0 26.6 15.2 18.6 12.5 16.7 28.6 23.0 21.3 21.0

_ 3.52 3.38 5.75 8.90 2.58 2.90 2.07 2.21 -- -- --

_ -- 2.27 2.73 3.79 1.22 217 1.70 1.17

_

_

-- -- 1.17 3.54 0.87 0.24 0.48 0.65 -- --

-- -- -- 1.88 0.30 0.66 0.24 0.49 -- '-- --

--

18.0 31.5 23.0 20.0 24.5 24.5 23.6 19.8 25.0 20.0 23.5 27.0 27.9

_ -- -- 32.5 33.1 20.5 23.2 . 21.1 20.3 24.4 29.6 24.2 23.9

460

Glaris.

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Année.

H S -r»g fd ,_

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1867 1868 1869 1870 1871 1872 1873 1874 1875 1876 1877 1878 1879

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Décès pour cent à l'âge de:



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Oàl2 1 à 2 2 à 3 3 à 4 4 à 5 mois, i uns. ans. ans. ans.

1

29.0 28.0 24.5 20.0 27.4 17.0 23.0 19.0 17.0 18.0 20.0 15.9 13.0

«lil

7.08 8.13 4.19 5.45 2.37 4.17 3.79 3.99 -- -- --

-- 3.56 2.70 2.65 1.52 1.64 2.12 3.28

-- -- --"



2.13 2.48 1.77 1.77 2.07 2.40 -- -- -- "

1.49 0.70 1.80 1.68 1.30 -- -- -- "



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38.4 35.8 28.0 30.0 32.0 25.0 29.7 24.0 21.0 25.7 22.7 19.0 20-0

23.3 26.8 20.5 22.6 21.9 23.7 21.4 26.5 24.0 19.0

-- -- 16.0 18.0 15.7 16.0 19.0 18.0 17.0

25.0 29.4 24.6 22.2 25.2 24.5 22.3 23.9 23.4 22.5

--

Genève.

1870 1871 1872 1873 1874 1875 1876 1877 1878 1879

_ 1 -- -- -- -- -- -- -- --

-- -- -- -- 14.0 -- 17.9 5.64 14.7 4.96 16.0 -- 17.0 -- 16.0 -- 15.0

-- -- -- -- 2.13 -- -- --

461

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1840-49 1850-59 1860-69 1870--79

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70,520 70.586 78,423 90,207

55,437 58,592 61,591 51,923

78.5 83.1 78.4 57.5

1840-79 319,736

227,543

71.2

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enfants

Pris dans son ensemble, le canton de Zurich présente les résultats suivante.

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58,678 64,758 69,351 73,829 }

19,123 23,155 26,148 21,671

27.1 32.1 33.1 24.0

£^ a 32,6 35.8 37.6 29.3

90,097

28.5

33.8

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266,616

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En faisant observer tout d'abord que l'année 1871 est anormale pour la Suisse, en ce qui concerne la .proportion entre lenombre des enfants morts avant d'avoir atteint 1 an et le chiffre total des décès, à cause de l'internement de l'armée de Bourbaki et de la forte mortalité qui en est résultée, nous tirons des tableaux ci-dessus les conclusions suivantes.

Le nombre des décès dans la première année de la vie des enfants et dans celles qui la suivent immédiatement croit et diminue avec celui des vaccinations, entre autres dans les cantons de Zurich,, de Berne, de Baie, de S' Gall, de Thurgovie et de Vaud ; lorsque le chiffre des vaccinations reste le môme, la mortalité pendant la première année demeure aussi stationnaire (Argovie).

Ce qui est remarquable, c'est la diminution de ces cas de décès à Zurich, notamment dans le cours d'une longue série d'années ; on serait tenté de croire que la vaccination en est réellement la cause. La forte mortalité des enfants âgés d'un an ou moins, à l'époque où le chiffre des vaccinations était le plus considérable, est loin d'être atteinte par aucune autre période subséquente, ce qui peut d'autant mieux s'expliquer que la méthode de vaccination est, depuis ce temps là, devenue moins dangereuse.

Après 1840, les médecins considéraient l'intensité des symptômeslocaux comme étant la première condition d'une vaccination bien réussie et par conséquent aussi de la protection obtenue par ce moyen ; ils déclaraient que cette protection ne pouvait pas s'obtenir

462 sans ces symptômes 62 ) ; aussi provoquait-on intentionnellement, lors de la vaccination, d'intenses symptômes locaux (nombreuses et fortes pustules varioliques, inflammations locales, érysipèle, inflammation des glandes axillaires, etc.), symptômes qui naturellement, comme on le sait aujourd'hui, étaient par eux-mêmes assez nuisibles pour entraîner après eux d'autres conséquences fatales.

Aujourd'hui, on considère ces «symptômes locaux intenses» comme constituant un des dangers de la vaccination, et l'on cherche à les éviter et, au besoin, à les nier.

Nous trouvons de précieux enseignements en comparant les chiffres de mortalité des cantons qui ne connaissent pas l'obligation de la vaccination avec ceux des cantons qui ont édicté cette obligation. Nous devons toutefois laisser de côté, dans cette comparaison, le canton d'Uri, à cause de la mortalité exceptionnelle qui règne parmi les ouvriers du Gothard. Dans les cantons de la première catégorie, la mortalité chez les enfants âgés de moins d'un an est notablement inférieure à celle des cantons où la vaccination est obligatoire, surtout si l'on compare des cantons ayant la môme population et le môme genre d'industrie. A Glaris, on peut môme comparer les unes avec les autres les périodes de l'obligation et de la liberté.

Dans ce canton, la landsgemeinde avait aboli, en 1876, la Taccination obligatoire ; or, tandis que, en remontant en arrière depuis cette année-là, on voit la mortalité chez les enfants augmenter en proportion de la croyance à l'utilité de la vaccination, cette 'mortalité diminue à mesure qu'augmenté l'intensité de l'agitation contre la vaccination obligatoire, et tout spécialement à partir de l'abolition de cette institution.

M. le professeur Huguenin demande, il est vrai, si une récapitulation de ce genre a une valeur quelconque, dès qu'on a laissé de côté toutes les autres causes de maladie, et aussi longtemps qu'on ne sait ou ne dit pas ce qui en est, pendant les années dont il est ·question, de la rougeole, de la scarlatine, clé la coqueluche et de la dyssenterie. Qui peut démontrer que ce sont précisément les enfants vaccinés qui sont morts et les enfants non vaccinés qui ont survécu ?

Nous exposons purement et simplement les faits, qui disent que la mortalité des enfants va de pair avec le chiffre des vaccinations, et nous laissons à ceux qui en ont besoin pour leur cause le soin de prouver que ce ne sont que les enfants non vaccinés qui sont morts.

62

) Voir plus haut page 29.

463

De plus, ce ne sont pas la rougeole, la scarlatine, la coqueluche et la dyssenterie qui déciment seules les rangs des enfants ; autrement, la diminution du chiffre des enfants qui meurent avant l'âge d'un an prouverait que ces maladies sont en décroissance, tandis que nous savons fort bien qu'il n'en est point ainsi et qu'elles tendent plutôt à augmenter. Ce n'est donc pas à elles qu'on doit attribuer la forte mortalité des enfants précédemment signalée.

Il est un fait qui résulte, indubitablement et incontestablement, des tableaux que nous avons reproduits : c'est la diminution du chiffre des vaccinations. Ce sont les individus qui souffrent de la vaccination, le peuple, les pères, les mères et les parents des personnes vaccinées, ces dernières elles-mêmes, qui sont certes le mieux placés pour porter un jugement sur les conséquences utiles ou nuisibles de cette pratique, d'après les expériences qu'ils ont faites personnellement ; or, ce sont précisément ceux-là qui ne veulent pas de la vaccination obligatoire.

En se réservant de présenter, au cours de la discussion, de nouveaux arguments, surtout au point de vue juridique et constitutionnel de la question, la minorité de la commission vous propose de ne pas entrer en matière sur le paragraphe de la vaccination et de supprimer les articles 13 à 18 du projet.

Biilach, le 2 novembre 1881.

La minorité de la commission du conseil national :

··

F. Scheucîizer.

C. Schmid.

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Rapport de la minorité de la commission du conseil national sur le projet de loi concernant les mesures à prendre contre les épidémies offrant un danger général. (Du 2 novembre 1881.)

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