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8548 MESSAGE du

Conseil fédéral à l'Assemblée fédérale concernant l'acquisition de tenues de combat (Du 14 septembre 1962)

Monsieur le Préaident et Messieurs, Dans notre message du 27 janvier 1961 concernant l'acquisition de matériel de guerre (programme d'armement de 1961), nous déclarions vouloir vous soumettre les diverses demandes de crédits pour l'acquisition ultérieure des matériels suivant le degré d'urgence, l'état des mises au point techniques et dans les limites du plafond fixé, compte tenu de notre situation économique. Le programme d'armement de 1961 concernait seulement les projets d'acquisition de matériels qui étaient strictement indispensables au cours des premières phases de la réorganisation de l'armée ou pour lesquels il importait d'engager à temps la fabrication, la livraison devant s'étendre sur plusieurs années. Dans le message à l'appui de ces premières demandes de crédits, nous considérions cette méthode d'échelonnement des commandes comme rationnelle et devant être appliquée dans l'intérêt d'une modernisation aussi rapide et régulière que possible de l'armée, quand bien même elle comportait l'obligation de vous soumettre dans un délai assez bref des demandes de crédits pour d'autres acquisitions de matériels concernant les troupes de terre. La méthode offre l'avantage de donner du temps pour pousser l'étude des projets qui sont moins urgents ou ne sont pas encore au point.

Parmi les projets à l'étude à l'époque de l'élaboration du programme d'armement de 1961 figurait précisément l'acquisition des tenues de combat, objet du présent message.

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I. ÉVOLUTION DE LA TENUE DE COMBAT Peu après le second conflit mondial, la plupart des armées étrangères, se fondant sur les enseignements de la guerre, adoptèrent des tenues et des paquetages appropriés au combat. Nous avons porté une grande attention à ces transformations et fait examiner presque tous les modèles d'équipement pour déterminer si et dans quelle mesure ils pourraient convenir aux besoins particuliers de nos troupes. Les essais ont cependant montré qu'on ne peut simplement choisir l'un ou l'autre des modèles étrangers, car l'armement et l'équipement de nos hommes ne sont pas les mêmes que ceux des autres armées.

L'étude des diverses solutions adoptées à l'étranger nous a permis de créer en 1955 nos propres modèles de tenues de combat, prévues a l'origine comme moyen de camouflage et élément du paquetage réduit. Les premiers essais dans la troupe ont été faits en 1956. Le choix d'un modèle a pu être arrêté au début de 1957 ; 100 pièces ont été alors confectionnées pour poursuivre les essais. Les expériences faites en 1957 ont montré que la solution consistant à faire de la tenue de camouflage et du paquetage deux choses distinctes ne pouvait donner satisfaction. Il convenait au contraire de disposer d'un vêtement qui serve à camoufler le combattant et lui permette en même temps d'emporter aisément tout l'équipement nécessaire à sa mission, sans être gêné par des .courroies de charge et paquetages supplémentaires.

Ce projet a permis de renoncer lors de l'adoption du fusil d'assaut à la fabrication d'étuis spéciaux pour les magasins à cartouches. Il faut naturellement que les hommes équipés du fusil d'assaut le soient aussi de la tenue de combat leur permettant d'emporter les munitions nécessaires. C'est ainsi que 200 nouveaux modèles furent confectionnés en 1958 et essayés dans les écoles de recrues d'infanterie d'été et les écoles de tir de Walenstadt. Ces essais ont permis, à fin 1958, de fixer dans une large mesure le modèle définitif; certains détails (disposition des poches, genre des fermetures, détermination du nombre des tailles, etc.), et notamment le choix du tissu ont obligé toutefois de faire encore d'autres essais dans la troupe.

A la suite de l'adoption du fusil d'assaut, un premier crédit a été inscrit au budget du matériel de guerre de 1959 pour la confection de 50 000 tenues de combat. A partir de l'été 1959, des essais ont été entrepris sur une grande échelle dans les écoles de recrues d'infanterie et des troupes légères, à raison d'une unité par école, puis dès 1960 dans toutes les formations de recrues de ces armes, ainsi que dans les troupes équipées du fusil d'assaut pendant le cours de répétition. Ces nombreux essais ont permis d'arrêter, à fin 1961, le choix définitif du genre de confection et les détails d'exécution. Le tissu n'a, en revanche, pas encore pu être définitivement choisi. Une des trois qualités utilisées pour la confection des 50 000 tenues a été éliminée en raison de sa raideur, source d'usure rapide aux plis et points de contact et de frottement.

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Les deux autres qualités ont jusqu'ici donné satisfaction et entrent en considération pour la confection en série des tenues de combat ; les essais de 1962 permettront encore de déterminer lequel des deux tissus est le plus résistant à l'usage et au lavage.

On avait d'abord prévu de choisir une étoffe imperméabilisée dans l'idée de résoudre du même coup la question d'une protection partielle contre la pluie. Les premiers essais ont déjà montré que cette solution était inapplicable, car un tissu imperméable à la pluie l'est aussi à la transpiration, ce qui provoque à bref délai des lésions de la peau. La tenue de combat doit être dès lors complétée par une protection contre la pluie. Le choix s'est porté sur la pèlerine, pièce la plus pratique assurant à la fois la protection la meilleure et la liberté de mouvements indispensable au combattant. Sur ce point, les essais ne sont pas terminés, la difficulté résidant dans le choix d'une matière répondant aux diverses qualités exigées de la pèlerine (poids et volume les plus réduits, imperméabilité absolue, solidité, etc.). Cette question sera également résolue lors de l'examen des résultats des essais faits dans la troupe cette année.

II. DESCRIPTION DE LA TENUE DE COMBAT Le tenue de combat comprend la blouse, le pantalon, le sac et la pèlerine. La blouse, le pantalon et le sac sont en tissu extrêmement résistant, imprimé de couleurs de camouflage. La blouse et le pantalon sont doublés ou renforcés aux épaules, aux coudes et aux genoux au moyen d'un tissu imperméable, afin d'assurer à l'homme une protection partielle contre l'humidité lorsqu'il est sous la pluie ou couché à même le sol. La blouse est munie d'un capuchon auquel est cousu un voile de camouflage.

La pèlerine sera faite de tissu imperméable, offrant une forte résistance à la déchirure, d'un poids et d'un volume réduits, dont l'imprégnation ne permet pas la teinture de camouflage.

Selon la saison et la température, la tenue de combat peut être portée -- par-dessus l'uniforme (tunique et pantalon, ou habits d'exercice), -- par-dessus des vêtements chauds (pull-over, training, etc.), -- avec les sous-vêtements.

La tenue de combat permet à l'homme d'emporter les objets indispensables à sa mission, tels que les outils de pionnier, divers effets d'équipement, les munitions, la subsistance, etc. III. REMISE DE LA TENUE DE COMBAT La tenue de combat fera partie du matériel de corps de l'infanterie (élite et landwehr) et des troupes mécanisées et légères. Comme elle ne peut pas être portée à cheval, elle ne sera pas remise à la cavalerie. Certaines for-

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mations spéciales et groupes de spécialistes qui n'en ont pas besoin, ou à l'activité desquels cette tenue ne convient pas, ne la recevront pas.

H n'est pas prévu non plus de remettre la tenue de combat aux formations des autres armes et services auxiliaires, parce que les conditions dans lesquelles ils participent au combat ou exécutent leur tâche sont différentes de celles de l'infanterie ou des troupes mécanisées et légères, n'en exigent pas le port ou la rendent impropre ou en tout cas non indispensable.

L'attribution de la tenue de combat au matériel de corps des formations qui doivent en être équipées se fera de telle manière que ces pièces d'uniforme puissent être remises selon l'organisation de l'armée (organisation des troupes 61) à tous les officiers, sous-officiers, appointés et soldats. On obtiendra ainsi un équipement uniforme des militaires au sein des étatsmajors et des unités.

Il nous paraît en outre indiqué de créer une réserve convenable pour le remplacement.

IV. APERÇU FINANCIER Un crédit de 60 millions de francs est nécessaire à l'acquisition des quantités prévues de tenues de combat. Cette dépense reste dans les limites du programme financier sur lequel est fondée la réorganisation de l'armée. Le crédit annuel nécessaire sera inscrit au budget. L'acquisition sera vraisemblablement terminée à fin 1967, à moins que notre industrie textile ne rencontre des difficultés imprévues.

Les tenues de combat pourront être emmagasinées dans les locaux de l'intendance du matériel de guerre, où les installations disponibles permettront de les laver après les cours de répétition et autres services. Les crédits nécessaires pour remettre en état et remplacer les tenues usées seront inscrits, le moment venu, au budget, au titre des dépenses courantes.

V. CONSIDÉRATIONS FINALES L'acquisition de tenues de combat est une conséquence de l'adoption du fusil d'assaut et répond au voeu pressant de la troupe. En même temps qu'ils étaient instruits à l'emploi du fusil d'assaut, nos militaires se sont familiarisés avec la tenue de combat telle que nous l'avons décrite et ont appris à l'apprécier. Nous sommes persuadés que son adoption améliorera la préparation au combat de l'infanterie et des troupes mécanisées et légères.

La confection de la première série de 50 000 tenues de combat, autorisée du fait de l'ouverture d'un crédit dans le budget du matériel de guerre de 1959, a montré que l'exécution de ce genre de vêtement prend plus de temps que celle d'autres pièces d'uniforme. Elle nécessite, de plus, un personnel qualifié disposant de machines spéciales. Les diverses entreprises intéressées à

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cette commande ont donc pris leurs dispositions en vue d'une exécution rationnelle du travail. Il serait regrettable dès lors qu'un arrêt intervienne entre la série en cours de fabrication et l'acquisition proposée. H en résulterait un retard dans la livraison bien supérieur à la durée de l'interruption et une augmentation du prix de la tenue de combat. Pour éviter ces inconvénients et assurer sans heurt le passage de l'actuelle à la nouvelle série, il convient que les deux conseils se prononcent sur le présent projet au cours de la session de décembre 1962. Nous sommes amenés à proposer cette procédure, d'ailleurs autorisée par les nouvelles dispositions réglant les rapports entre les conseils, parce que nous ne pouvions pas vous présenter un message avant la fin des essais et qu'il importe de remettre sans plus tarder la tenue de combat aux formations armées du fusil d'assaut.

Vu ce qui précède, nous avons l'honneur de vous proposer d'adopter le projet d'arrêté ci-joint concernant l'acquisition de tenues de combat.

Veuillez agréer, Monsieur le Président et Messieurs, les assurances de notre haute considération.

Berne, le 14 septembre 1962.

Au nom du Conseil fédéral suisse : Le président de la Confédération, P. Chaudet 14289

Le chancelier de la Confédération,

Ch. Oser

Feuille fédérale. 114«= année. Vol. II.

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(Projet)

ARRÊTÉ FÉDÉRAL concernant l'acquisition de tenues de combat

L'Assemblée fédérale de la Confédération suisse, vu le message du Conseil fédéral du 14 septembre 1962, arrête:

Article premier L'acquisition de tenues de combat est approuvée; un crédit de 60 millions de francs est ouvert à cet effet.

Art. 2 Le crédit annuel nécessaire sera inscrit au budget.

Art. 3 Le présent arrêté, qui n'est pas de portée générale, entre immédiatement en vigueur.

Le Conseil fédéral est chargé de l'exécution.

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MESSAGE du Conseil fédéral à l'Assemblée fédérale concernant l'acquisition de tenues de combat (Du 14 septembre 1962)

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20.09.1962

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