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Assemblée fédérale.

Le 6 décembre, le Conseil national a élu président : M. E. Garbani-Nerini, de Gresso, à Lugano, jusqu'alors viceprésident; et vice-président : » Gustave Müller, de Wiler près Utzenstorf, à Berne.

Le 6 décembre, le Conseil des Etats a élu président : M. le Dr J. Baumann, à Hérisau, jusqu'alors vice-président?

vice-président : » le Dr J. Räber, à Küssnacht.

Scrutateurs : MM. Simon et Andermatt, déjà scrutateurs.

A l'ouverture de la session, le 6 décembre 1920, M. le Dr Pettavel, président du Conseil des Etats, a prononcé l'allocution suivante : Messieurs et très honorés collègues, Avant d'aborder l'ordre du jour de la séance, j'ai le douloureux devoir de vous rappeler que depuis que nous nous séparions le 9 octobre dernier, la mort impitoyable a de nouveau éclairci nos rangs, en enlevant au Conseil des Etats deux de ses membres parmi les plus actifs et les plus écoutés de l'Assemblée fédérale : David Legier, représentant du canton de Glaris, et Emilio Bossi, représentant du Tessin.

David Legier est né le 16 juillet 1849, à Marglen, dans le canton de Glaris, de parents agriculteurs dans une situation modeste. Comme, élève de l'école primaire, le jeune Legier se fit déjà remarquer par sa vive intelligence et son amour pour l'étude. Ces heureuses dispositions naturelles engagèrent son père à orienter l'instruction de son fils en vue d'une vocation libérale.

Les études primaires et secondaires terminées, David Legier entra à l'école cantonale de Frauenfeld où il passa trois ans, pendant lesquels se dessinèrent son goût pour la chose publique et ses aptitudes pour la jurisprudence. A cette époque, et quoique âgé de 18 ans à peine, il envoyait.

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de temps à autre à la presse des articles sur des questions politiques. A l'expiration de son temps de gymnase, le jeune étudiant, décidé à embrasser la carrière du droit, porta son choix d'abord sur les universités suisses de Berne, Zurich et Genève, pour terminer par une université étrangère, Munich, Il eût prolongé avec plaisir ces trois années d'études de droit, mais des considérations financières le rappelèrent dans son canton d'origine, où il se fixa comme avocat, à l'âge de '21 ans.

La première cause qu'il eut à défendre fut un procès dans lequel son père était intéressé. Il le gagna. Ce succès, qui fut pour lui un grand encouragement, lui valut immédiatement la faveur du public, si bien que son étude ne tardait pas à devenir une des plus appréciées du canton de Glaris.

Orateur de talent, à la parole chaude et vibrante, sachant parler au peuple, le jeune avocat attira bien vite sur lui l'attention générale; aussi en 1871, âgé à peine de 22 ans, le Grand Conseil lui confiait-il les fonctions de procureur général et un an plus tard celle de juge d'instruction, qu'il abandonna après cinq ans pour se vouer exclusivement à son étude d'avocat. Mais son tempérament ardent et son esprit combattit ne trouvaient pas leur compte à ce travail régulier.

Inspiré par un idéal démocratique très avancé pour l'époque, il entreprît alors une campagne active en faveur de l'extension des libertés populaires. Sa plume habile et ·souvent mordante le mit toy tours plus en évidence. En 1884, voulant avoir à sa dispc sition un organe régulier pour la défense des principesqui duii tenaient à coeur, David Legier fonda les «GlarnerrNac?hrichtenen », dont il fut le rédacteur principal jusqu'e180 V / Ce journal, qui après quatre ans d'existecomptait100/>oO abonnés, contribua puissamment à la diffusion pincipesipes démocratiques, dont on peut dire que D a L e g l e g u t /ut un des premiers pionniers dans le «antonGlarisris/ / En 1890, Les AT abandonnait le journalisme pour accepter le mandat/ le conseiller d'Etat que lui confia la Landsgemeinde. Sa nouvelle activité et plus spécialement la direction du dépa .ement de police, qui lui avait été attribuée, lui paraissant i Compatibles avec l'exercice de la profession d'avocat, il f f m a son étude, sauf pour les gens sans ressources qu'il con cua à assister gratuitement de ses conseils.

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En 1904, Legier était élu au Conseil national, mais ayant dû abandonner son siège au Conseil d'Etat pour des raisons constitutionnelles, il était appelé en 1905 à la présidence du tribunal cantonal. En 1907, la mort du conseiller d'Etat et conseiller aux Etats Zweifel lui permit de rentrer au gouvernement où il dirigea avec dévouement le département des travaux publics. En 1914, notre ancien collègue Heer ayant démissionné, la Landsgemeinde désigna David Legier comme son successeur au Conseil des Etats.

Au printemps de 1920, une maladie grave, qui minait sa santé depiiis quelques mois, l'obligea à résigner son mandat de conseiller d'Etat, mais la vie publique tenait une si grande place dans son existence qu'il ne put se décider à renoncer en même temps à son siège à Berne. Il continua à prendre part a.ux travaux du Conseil et des commissions avec la même ardeur et la même vivacité d'esprit que précédemment, jusqu'à ce qu'un jour -- c'était au milieu d'une séance de la session de septembre -- sentant ses forces le trahir, il vint serrer la main de que'.ques-iins de ses collègues, leur disant son dernier adieu. Je le vois encore en pensée s'approchant de la tribune présidentielle, me disant ces derniers mots : « Adieu, ich werde nicht mehr zurückkommen. » Rentré chez lui, il expirait le 18 octobre.

La carrière de David Legier fut consacrée exclusivement à la vie publique. Il fut conseiller d'Etat glaronnais pendant 27 ans, conseiller national pendant 10 ans, conseiller aux Etats pendant 6 ans et président du tribunal cantonal pendant 2 ans. La législation glaronnaise lui est redevable de plusieurs travaux importants, la loi de procédure civile et la loi de procédure pénale. Il collabora activement aux ordonnances d'exécution de la loi fédérale sur la poursuite pour dettes et la faillite et du code civil suisse.

Je juge superflu de chercher à décrire même sommairement le rôle politique de notre collègue défunt durant les 16 ans pendant lesquels il a occupé un siège à l'Assemblée fédérale; son activité nous est trop connue pour que ce soit nécessaire. David Legier appartenait dans le domaine fédéral au groupe de politique sociale. Son idéal démocratique et le vif intérêt qu'il portait au sort des petits et des humbles l'avaient orienté de bonne heure du côté de l'extension des droits populaires et des oeuvres de prévoyance sociale, oeuvres auxquels il vient de donner une dernièrepreuve d'attachement, en leur faisant de beaux dons par voie testamentaire.

617Legler s'intéressait vivement à la plupart des objets eà discussion au sein du parlement, mais ce sont essentiellement les questions économiques qui dans ces dernières années absorbèrent surtout son attention et motivèrent ses fréquentes interventions dans les débats. La situation financière de la Confédération le préoccupait également; aussi le vit-on, et souvent pas à tort, signaler le danger d'une marche trop rapide du char des dépenses fédérales. Le fonctionnarisme et '.& bureaucratie avaient en lui un adversaire résolu, qui ne leur ménageait pas ses critiques.

David Legier était une nature primesautière, mais profondément droite, qui sous des dehors un peu rudes cachait un excellent coeur. Il nous laissera le souvenir d'un aimable collègue, d'un serviteur fidèle et dévoué de son pays, qui a bien mérité de la reconnaissance de ses concitoyens.

Le 27 novembre dernier, le télégraphe nous apportait la triste nouvelle de la mort à l'âge de 50 ans, de notre collègue, M. le conseiller aux Etats Bossi, décédé après un» courte maladie à la suite d'une hémorragie cérébrale.

Emilio Bossi est né le 31 décembre 1870, à Bruzella, district de Mendrisio. Après avoir terminé ses classes gymnasiales dans son canton d'origine, il se rendit à Genève où ii fit toutes ses études de droit. De retour au Tessin comme avocat, il devint bientôt secrétaire du ministère public, puis* juge d'instruction; mais le journalisme, da.ns lequel il avait, déjà débuté lorsqu'il était étudiant à l'université, l'attirait, irrésistiblement. Il dirigea successivement plusieurs journaux, « La Vita nuO'Va », « l'Idea moderna », « l'Azione » et « La Gazetta ticinese », pour finir dernièrement par le « Dovere ». Il se révéla polémiste et écrivain de talent. C'était un idéaliste doublé d'un grand coeur, en même temps qu'un travailleur infatigable.

Bossi était un passionné en politique, mais un sincère qui lutta, en dehors de toute considération d'ordre matériel pour ce qu'il croyait être la cause du progrès. Il lui est sans doute arrivé de se tromper dans plusieurs questions importantes et de prêter à ses adversaires des intentions qui n'étaient pas les leurs, mais il s'est constamment inspiré par ce qu'il estimait être la vérité et la justice. Son idéal poli-

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Bossi fut membre du conseil municipal de Lugano, puis député au Grand Conseil de 1905 à 1916, conseiller d'Etat de 1910 à 1915, et président de ce corps en 1914. Dans ces diverses fonctions, il joua un rôle de premier plan; la presse de tous les partis est unanime à rendre hommage à l'équité, au tact et au dévoilement dont il a fait preuve comme conseiller .d'Etat.

Nommé en 1915 membre du Conseil national en remplacement de Fusoni Antonio, il y défendit toujours avec force et conviction les causes qui lui étaient chères, en s'inspirant de son idéal démocratique. Pendant la guerre, il se montra un des champions les plus ardents de la cause du Droit et clé la Justice.

L'activité extraordinaire déployée comme journaliste et ses occupations politiques n'empêchèrent pas Emilio Bossi de diriger une étude d'avocat et de notaire très appréciée.

C'est à lui de préférence que s'adressaient les petits gens, certains qu'ils étaient d'être assistés et conseillés en toute conscience. Bossi fut un père de famille modèle; c'est au milieu des siens, auxquels il vouait une tendre affection, qu'il cherchait et trouvait le repos dont il avait besoin pour se remettre des grandes fatigues occasionnées par son activité politique et professionnelle.

Le Tessin lui a fait des funérailles imposantes qui démontrent combien il était aimé pour sa grande bonté et la sincérité de ses convictions. C'est avec de profonds regrets Que nous nous séparons d'un collègue avec lequel noiis entretenions des relations les plus cordiales.

En signe de deuil et pour honorer la mémoire de nos deux · collègues défunts, j'invite MM. les membres du Conseil à se lever de leurs sièges.

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