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FEUILLE FÉDÉRALE SDISSI.

X. ANNE!.. VOLUME II.

N° 34.

SAMEDI, 24 JUILLET 1858.

DOCUMENTS, concernant la question de l' émigration au Brésil.

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(Publies par ordre du Conseil fédéral.)

Rapport du Consul général suisse à Rio-Janeiro au Conseil fédéral.

(Du 1. Décembre 1857.)

Il y a déjà plus d'une année que j'ai mis sous les yeux du Conseil fédéral la triste position de nos compatriotes qui, après s'être laissé entraîner à «migrer par des agents salariés par les Envoyés et Consuls du Brésil, trouvent à peu d'exceptions près, au heu des meveilles promises, un sort que je n'hésite pas à qualifier ouvertement et sans détour du nom de la plus honteuse servitude.

Vous connaissez tous les faits, qui, constatés par des documents irréfragables, me font un devoir de renouveler mes avertissements, faits qui m'imposent l'obligation de proclamer tout haut que le dit système de colonisation du Brésil, tel qu'il se révèle de plus en plus, n'est pas autre chose que la réalisation d'un projet odieux. Il ne s'agit de rien moins que de remplacer par des esclaves blancs les esclaves noirs, qui, décimés par le choléra, par les fièvres et les mauvais traitements , ne peuvent plus être recrutés sur les côtes de l'Afrique, grâce à la vigilance des Anglais; esclaves blancs auxquels est réservé le bonheur inestimable de donner leur sang et leurs sueurs pour le plut, grand avantage et profit des riches planteurs, et que l'on traite plus mal que les noirs, attendu que le prix d'un colon est d'environ 200,000 milreis = ffr. 571 52 ct., tandis qu'un esclave noir est d'envnon 2,000,000 milreis, = ffr. 5,715. 20 cent.

Ci-joint vous trouverez la copie d'un article de la Gazette universelle d'Augsbourg sur l'émigration au Brésil (v. Annexe au N° 266 du 23 Sept. 1857).

Je ne connais pas l'auteur de l'article; mais je souscris moi pour mot à une description que l'on ne pourrait faire d'une manière plus Feuille fédérale. X. année. Vol. II.

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190 fidèle, consciencieuse et impartial;, espérant qu'elle ne manquera pas de lais.er une profonde impression et de prévenir le malheureux sort infailliblement réservé aux colons qui se laisseraient circonvenir et pour lesquels mes avertissements »ont demeurés sans effet.

Cette dernière observation, savoir que Ton est demeuré sourd à ma voix, vient encore se justifier malheureusement par une nouvelle expérience. Je veux parler des contrats que la commune de Maliers, Canton de Lucerne, a passés; avec une colonie Santa Luiza, province, de Rio de Janeiro.

Le contrat que la commune dì Malters a conclu avec MM. Steinmann et Comp. , fondés de pouvoir de la dite colonie Santa Luiza, me prouve que le trafic des agents est plus florissant que jamais.

Des contrats ont été passés avec une colonie Sauta Luiza dont l'existence n'était pas même soupçonnée au Ministère de l'Intérieur et qui, d'après les informations les plus exactes n'existait absolument pas à l'époque de la signature du contrat. Mais en ,nême temps aussi, contrat pour le Mercury, ainsi que le prouvent dei! documents que j'ai en mains. Je ne puis les envoyer actuellement, en ayant besoin pour .sauvegarder les intérêts de nos compatriotes vendus, et pour appuyer mes mesures.

Plus tard je compte former plainte contre les agents et j'espère que enfin, satisfaction et justice ne pourront manquer et qu'il sera statué un exemple de nature à mettre une fois pour toutes un terme à de pareilles spéculations.

Je vous adresse aussi la copie d'une lettre à M. le Conseilheiro Barreto Pedrozo, qui s'est donné pour le propriétaire de la colonie de Santa Luiza et comme contractant avec les dits Lucernois. A la suite de sommations pressantes et d'instructions en vue de faire accélérer autant que possible la soi-disant colonisation, que le Gouvernement brésilien fit adresser à ses agents diplomatiques, le Consul général da Motta à Anvers voulut témoigner de son zèle, et à cet effet il engagea au nom de son beau-père M. le Conseilheiro Barreto Pedrozo, des colons pour une colonie qui n'existait pas encore, mais que , son imagination lui représentant déjà grande et florissante, il baptisa du nom de sa femme ,,Santa Luiza".

Les colons arrivèrent chez le beau-père qui n'était pas prévenu et qui ne se savait pas propriétaire d'aucune colonie. 11 accueillit néanmoins ces gens, mais, au bout de quelques jours ayant été congédiés, ils se rendirent à Rio pour me demander conseil ci a p p u i ; il paraît que plus tard M. Barreto Pedrozo aurait reçu des offres de la part d'un entrepreneur qui lui aurait payé ses déboursés et peut-être encore un bénéfice; quoi qu'il en soit, il réclama ces gens.

C'est ainsi qu'on troque nos compatriotes, qu'on se les vend et qu'on en fait un article de spéculation; eu vérité, le sort des Indiens

191 du Mexique et da Pérou et le trafic des esclaves ne présentent rien de plus affligeant que la spéculation de nouvelle invention qui se'fait aux dépens des colons et qui continue de prospérer en dépit de tous les avertissements, de toutes les supplications.

Voilà pour-ce qui concerne Tétât des choses dans le Brésil; si nous jetons un coup d'oeil sur ce qui se passe en Suisse , nous ne trouvons pas qu'il soit plus rassurant.

O r , dans l'intervalle,- les colons se virent exposés à mourir de faim ou réduits à implorer la commisération des Suisses ici établis, qui n'ont jamais fait défaut, jusqu'à ce jour, mais finiraient par se trouver hors d'état d'y suffire alors que des circonstances pareilles se reproduiraient constamment.

C'est dans notre belle Suisse libre que l'on tolère un pareil commerce d'hommes!

Je vous ai mandé que le Gouvernement brésilien a chargé ses agents d'avancer et favoriser autant que possible la colonisation. Le document ci-après suffira pour vous prouver de quelle manière ces Messieurs s'acquittent de leur mandat : c'est le discours que M. Motta a tenu au Congrès international de Bruxelles, qui fourmille de fausseté et ne peut avoir été inspiré que par l'intention d'attirer des esclaves blancs dans ce pays de servitude et d'injustice.

Ce discours est conçu comme suit : Messieurs, ,,Le moment est inopportun pour prendre la parole. Mais lorsque le Congrès a entendu l'exposé des institutions de chaque pays, vous

192 devez comprendre les motifs de convenance qui m'obligent à vous parler de mon pays, dont je suis ici le seul représentant.

,,J'ai peu de chose extraordinaire à vous dire des institutions charitable» de mon pays. Celles qu'on trouve au Brésil, on peut les trouver partout ailleurs. Mais il n'est pas inutile, ce me semble, de faire voir comment ces institutions que vous avez dans le vieux monde fonctionnent au-delà des mers. 11 me semble qu'il n'est pas inutile de vous initier à la vie d'un pays q u i , s'il n'a pas des rapports intellectuels aussi suivis qu'on les voit entre les Etats de la vieille. Europe, est cependant très-intéressant sous le rapport commercial, et qui, par conséquent, est pour vous d'une grande valeur.

,,Messieurs, avant d'entrer dans le détail des institutions spéciales du Brésil, permettez-moi dì vous exposer la situation de ce pays pour que vous puissiez comprendre ses institutions.

,,Le Brésil est un pays qui a 1200 lieues de côtes et 800 lieues de profondeur. Il n'a ni impôts sur la terre, ni patentes, ni impôts sur le capital, ni impôt sur le r e v e n u . La population est de 7 à 8 millions d'âmes sur un territoire qui est presque aussi grand que l'Europe. Vous comprenez que dans une position aussi exceptionnelle, le Brésil ne peut pas avoir ce que vous avez malheureusement chez vous; nous ne pouvons pas avoir et nous n'avons pas la misère.

N'ayant pas la misère, il est clair que les besoins ne s'étant pas présentés, les mêmes efforts n'ont pas été faits pour l'empêcher.

,,Mais nous avons des institutions permanentes de bienfaisance et de charité. Les secours de ces institutions sont temporaires pour des conditions et des situations tout à fait exceptionnelles, par exemple, pour les enfants trouves, pour les orphelins, pour les malades, pour les fous.

,,Tous ces établissements sont Elevés aux frais soit du Gouvernement, soit des communes, soit par des dons particuliers. L'enfant élevé dans ces établissements passe, dès qu'il peut le f a i r e , dans les arsenaux, dans les écoles da marine, etc. Là il apprend lu lecture, l'écriture et le métier auquel il se destine.

,,Dès qu'il a l'âge de dix à douze ans, on commence à lui payer un salaire qui est peu considérable, comme vous le comprenez, mais qui est d'un grand avantage pour (.e jeune homme, parce qu'il est mis en dépôt, et avec le capital et les intérêts des sommes ainsi accumulés, dès qu'il a l'âge de 18 ans, il a un pécule qu'il peut employer comme il l'entend.

,,Pour les orphelines, il en est a peu près de même. Dès qu'elles peuvent travailler, elles sont occupées à différerais travaux propres au sexe; les profits qui en résultent sont également accumulés dans une

193 caisse de dépôt 'ou caisse d'épargne, et, à l'âge où elles peuvent se marier, elles ont là un pécule qui leur sert de dot.

,,Pour les malades, il y a des hôpitaux dans toutes les localités, dans toutes les communes, hôpitaux plus ou moins vastes, comme vous le comprenez. L'ouvrier malade y est reçu , il y est soigné et il en sort avec la certitude de trouver un travail très-avantageux.

Gar je dois vous dire que chez nous le salaire d'un ouvrier va de 5 à 30 francs par jour.

,,Un membre du Congrès. -- Combien coûte la..vie au Brésil?

,,M. le Président. -- Nous rie pouvons discuter les exposés5 s'ils contiennent des erreurs, ceux qui les font en sont seuls reponsables.

,,M. da Motta. -- 11 n'y a pas ici d'erreur. On me demande ce que coûte la vie au Brésil. Messieurs, vous ne comprenez pas la vie du Nouveau Monde, parce que vous êtes dans la vieille Europe. Là c'est tout autre chose. La viande coûte 5 à 6 sous. Quant au riz, ce qui vous coûte 50 centimes, coûte au Brésil 10 centimes. La clé de l'énigme n'est pas difficile à trouver. Nous avons d'immenses richesses et nous n'avons pas de bras pour en profiter.

,,Un membre du Congrès. -- Et l'esclavage?

.

,,M. da Motta. ~-- Je suis heureux de cette interruption, Messieurs, le mot esclavage est un mot que je regrette à prononcer, non cependant que je sois ému de ce qui se passe dans mon pays à propos de l'esclavage. Vous ne savez pas ce que c'est au Brésil; si vous le saviez, il n'y aurait pas une voix qui s'élèverait pour me faire cette question.

,,Messieurs, pour vous faire apprécier la différence entre l'esclavage au Brésil et l'esclavage dans les autres pays, je vous dirai qu'au Brésil l'esclave est assimilé à l'orphelin. Il a un juge, qui lui est propre, il a u n · cuL-ateur, dès-qu'il vient demander la protection: de la loi. C'est que'là il n'y a pas d'individu, il n'y a pas de propriétaire même, ayant de nombreux esclaves, qui ne voudrait voir disparaître l'esclavage; c'est que nous cherchons par tous les moyens possibles à attirer des bras libres. Et pourquoi? Précisément parce que nous voulons en finir avec l'esclavage? L'esclavage est une plaie pour nous.

Biais qui nous a donné l'esclavage? Sommes-nous responsables de ce que nos pères européens nous ont donné? Que voulez-vous que nous fassions de 2 millions d'hommes, qui sont sortis de l'Afrique, qui n'ont reçu aucune instruction et qui, le jour où ils recevraient la liberté, se livreraient au désordre? Voudriez-vous rendre libres de pareils hommes, vous qui, Le plus souvent, ne croyez pas que vos ouvriers ont assez d'instruction pour être libres?

194 ,,M. le President. -- Veuilles rentrer dans votre exposé.' Vous discutez.

,,M. da Motta. -- Vous avez i oison, mais je suis forcé de le faire, je dois enlin vous faire rappeler qie, si l'esclavage était aboli subitement, si par là le travail était compromis, vous-mêmes en souffriririez ; le café et le sucre vous coiï'.eraient plus cher que maintenant.

,,Messieurs, je répète que la viiinde ne coûte au Brésil que 5 sous, que le riz coûte peu de chose. Je dois vous signaler ici un fait qui est tout favorable à l'ouvrier. La boucherie est organisée chez nous d'une façon en réalité très avantageuse. Des Sociétés s'occupent de la vente Je la viande et ont en même enips des tanneries pour travailler des cuirs, et par suue des bénéfice.;, que leur procure cette industrie, elles peuvent faire quelques concessions sur le prix de la viande.

,,Pour le logement des ouvriers, nous avons des cités ouvrières.

Car nous cherchons par tous les moyens possibles à atlirer les ouvriers libres et nous sommes heureux de cette l'berté que nous regardons comme le plus grand bien de l'homme. Ces cités ouvrières sont de petites maisons construites en bois; elles ont un couloir qui communique avec toutes les chambres. Ces chambres sont plus ou moins grandes, selon les convenances. Ces maisons sont bâties sur des colonnes en b r i q u e , de manière qu'elles sont parfaitement aérées de tous les côtes; car je dois ajouter que ces maisons sont toujours placées au milieu d'un certain espace, au milieu d'une cour ou d'un jardin.

,,Nous avons des caisses d'épargne et des caisses de retraiteVous savez ce que c'est une caisse d'épargne; il est inutile que je vous dise quelque chose à cet égard. Mais nous avons des cuisses de retraite qui présentent beaucoup d'importance et qui sont généralisées dans tout le pays. Des caisses de retrsile ne sont pas seulement établies chez nous pour les pauvres ; elles sont aussi établies pour les personnes aisées, pour les employés , pour tout homme qui craint, lorsque la vie ou la Fante Ini manquera, que sa famille ne se trouve dans une position pénible.

,,Il n'y a pas chez nous d'empLoyé public, il n'y a pas d'homme, qui, pouvant coopérer à la caisse de retraite, ne le fasse; les personnes qui y coopèrent, peuvent recavoir des pensions allant de francs 600 à 6000. C'est une question de ,,quantum" proportionnel aux dépôts qu'on veut faire à la caisse.

. ,,Le Congrès est fatigué; je ne parlerai pas de nos écoles et autres établissements. Je signale seulement que nous avons ce dont nous avons besoin. Les agriculteurs gui n'ont pas assez d'argent pour avoir des terres à eux, sont admis par le système du métayage.

Il y a des propriétaires qui ont un grand nombre de ces ouvriers, de

195 ces agriculteurs, auxquels ils confient la culture de leurs terres moyennant des outils, des maisons, des secours et le partage de la récolte.

Et comme la récolte est très abondante, il arrive toujours que celui, gui se trouve dans cette position, se fait un pécule suffisant pour qu'il puisse devenir propriétaire.

Dans un pays où règne l'aisance et où il n'y a .pas d'oppression, l'ordre existe toujours. Oui, Messieurs, je, suis convaincu, qu'en général, les révolutions ne sont produites que par, la-misère ou l'oppression.

,,Je ne yeux pas entrer dans de plus longs" détails. Je ne vous ai rien appris de nouveau ; mais j'ai accompli u'n devoir qui m'était imposé."

M'abstenant de tout commentaire sur ce discours de Mr. da Motta, je vous transmets une copie des observations qu'une feuille hebdomadaire paraissant ici en français, ,,Les Veillées brésiliennes," a jugé devoir présenter. Je pourrais y en ajouter bien d'autres sans doute, mais je m'eu abstiendrai, dans la pensée que vous serez, suffisamment édifiés sur ce qu'on entend ici par colonisation.

(Veillées brésiliennes, 3. livraison, page 65.)

,,Si Mr. da Molta n'était pas si loin d'ici, nous nous permettrions de lui demander sur quels faits il se base pour affirmer d e v a n t un Congrès auquel assistaient des délégués de la plupart des nations civilisées du monde : 1. Qu'il n'y a au Brésil ni impôt pour la terre, ni patentes, ni impôts sur le capital, ni impôts sur le revenu, alors qu'il nous paraît qu'il y a un peu de tout cela 2. Que l'ouvrier sort des hôpitaux avec la certitude de trouver un travail très-avantageux dont le salaire varie de fr. 5 à fr. 30 par jour.

(Or n'y a-t-il pas de Consul brésilien en Europe qui a engagé des travailleurs dans toute la vigueur et la force de l'âge pour des salaires de fr. 3 et même de fr. 2. 50 par jour?)

3. Que la
\iande ne coûte que 5 à 6 sous la livre, et le riz dix centimes la livre, ce qui !e\ient à faire croire que la vie matérielle est excessivement bon marché au Brésil, tandis qu'au contraire elle y est à un taux exorbitant, à un prix de disette.

196 4. Qu'il y a au Brésil des caisses d'épargne et de retraite qui présentent beaucoup d'importance et qui sont généralisées dans tout le pays.

,,Or, de l'opinion même d'une personne bien compétente, émise ,,dans le ,,Jornal do Commerico," du 16 Novembre, il résulte qu'il ,,n'y a qu'un seul établissement de ce genre à Rio, qu'il est dans un ,,état de crise, exposé à une liquidation inévitable, qu'il est une créa,,iion anormale et absurde, qu'il n'offre ni garanties légales, ni avan,,tages."

,,Nous pourrions pousser loin, très-loin, cette critique du discours assez inconsidéré de Mr. da Motta ; mais nous croyons que le peu que nous en disons suffira pour convaincre les Brésiliens que ce ne sont pas seulement les étrangers qui parlant faussement du Brésil, mais souvent des Brésiliens mêmes.

,,Depuis quelques semaines une série d'iirticles a paru dans des journaux de Rio, se récriant contre les rapports prétendus mensongers expédiés de Rio en Europe par des étrangers de position. Or, nous ne sommes pas fâchés d'opposer à leur accusation le rapport t'ait en Europe par un Consul brésilien sur les choses de son pays, et nous demanderons si un pareil rapport n'est pas de nature à tromper et à bercer de fausses illusions l'étranger prêt à éinigrer, et si les déceptions que par suite il éprouvera à son arrivée ici ne feront nul tort au système de la colonisation."

L'article susmentionné de la Gazette universelle (PAugsbourg et le rapport de Mr. le Dr. Heusser qui. a été, à ce qu'il parait, publié en Suisse, ont fourni au Jornal do Commerico, paraissant d'office, l'occasion de discuter dans plusieurs articles de fond l'importante question de l'émigration. Ce n'est sans doute pas avec des lieux communs et des articles de gazette que l'on plaide les intérêts d'une grande cause, et je croirais superflu de répondre à l'auteur haut placé de ces articles, s'il n'y avait, pas été touché deux points qui ne me permettent pas de garder le silence.

On débute par mentionner en termes amers et ironiques le mode de procéder de Mr. le Dr. Heusser, qui avec la même plume avec laquelle il élève aux nues la maison Vergueiro et son système, l'accuse en Suisse des plus grandes iniquités et vexations. Quoi qu'il en soit, l'auteur des dits articles semble avoir oublié que la critique portant sur l'erreur commise par Mr. Heusser ne change pas les faits et les accusations articulés contro MAI. Vergueiro, et que ces griefs et faits puisés à d'autres sources ont été communiqués par le Consul général d'ici à Mr. le Marquis d'Olinda, sans que Ton ait osé les contredire, et malheureusement sans qu'on ait tenie d'y remédier.

197 Un autre passage des dils articles de fond est assez significatif en ce qu'il fournit des données intéressantes sur les vues qui dirigent le Gouvernement quant a LI traitement des colons. Après une sortie de lieux communs, on trouve textuellement ce qui suit : ,,Le caractère brésilien est à tous 'égards doux et indulgent, disposé à la mansuétude envers tous, et il ne pèche assurément pas par une excessive rigueur ou par une avidité outre mesure vis-à-vis des colons; nous,serions plutôt, enclins à tomber dans l'excès contraire, à ' t e l - p o i n t qu'il devient possible aux colons de se livrer à l'oisiveté et de se soustraire au travail. Aussi :le colon ne se plaindra-t-il pas.,, Ainsi s'exprime la feuille officielle. Or, ce n'est pas dans un article d'un journal soudoyé et partial qu'il faut chercher une appréciation de 1» mansuétude -et de la bienveillance du caractère brésilien, mais que l'on ouvre la loi en vigueur régissant les colons et dont-je reproduis ici en traduction fidèle les plus importants paragraphes, savoir 7, fe et 9.

,, § . 8 . Dans lès cas prévus sous a. et 6. du paragraphe qui précède, le colon congédié est t e n u , à la sortie du service, de dédommager l'entrepreneur de la somme qu'il peut lui devoir. Dans tous les autres cas, s'il n'acquitte pas immédiatement sa dette, il sera arrêté et condamné à travailler pour l'Etat, jusqu'à ce qu'il ait payé sur le produit net de ses journées sa dette à l'entrepreneur et les frais qu'il a eus.

,,Dans le cas où il n'y aurait pour le moment point de travaux publics en exécution où il puisse être employé à la journée, il sera . condamné aux travaux forcés en prison, pour la durée de son accord; cette peine ne peut toutefois excéder le terme de deux ans.

198 ,,§. 9. Le colon qui, sans molif plausible, s'éloigne avant l'expiration du terme convenu, sera snisi partout où on le trouvera, et ne sera pas relâché avant d'avoir acquitté à l'entrepreneur le double montant de sa dette. S'il ne peut pas payer, il doit travailler gratuitement pour le compte de l'entrepreneur pendant la durée stipulée dans le contrai. S'il s'éloigne de n o u v e a u , il sera arrêté et condamné conformément aux dispositions du paragraphe qui précède."

La maladie du colon engagé donne donc ainsi au maître le droit de le renvoyer immédiatement, et le m a l h e u r e u x , a b a n d o n n é à son sort, doit encore payer au maître toutes les dettes et frais.

Le moindre délit de police ou emprisonnement qui ici est arbitrairement mis à la charge de chacun, donne pareillement au maître le droit de rompre le contrat avec le cu.lon. Si le maître trouve que son engagé n'est pas propre au genra de travail dont il le charge, il chasse cet homme, et si celui-ci n'est pas en état de payer les dettes, dont MM. 1-s Brésiliens s'entendent fort, bien à enfiar le chiffre (v. le rapport du Dr. Heusser sur la colanisation de S. Paulo), il est dévolu aux travaux publics, à la maison de force à côté des esclaves, des voleurs et des meurtriers.

Et celte loi, l'auteur haut placé de l'article mi-officiel, la trouve encore trop douce, il se répand en louanges sur le caractère brésilien qui est si noble, si généreux, si indulgent envers le colon.

La Suisse voudra-t-elle continuer à exposer ses citoyens, pauvres et malades, à un traitement semblable ?

Il y a quelques mois que l'état des choses était plus favorable aux colons, que le Gouvernement était animé d'un autre esprit. Depuis lors, des intrigues de parti et des influences personnelles ont bien changé la situation, et le Gouvernement n'ose pas résister au puissant parti des planteurs. Bien que l'on pût se livrer auparavant à l'espoir que les vues opposées prévaudraient, la prépondérance du parti des planteurs s'explique facilement. Si dans les Etats-Unis de l'Amérique du nord, le sud, où le système d'esclavage est encore en vigueur, donne le t o n , et peut su livrer impunément à maint acte contraire à l'humanité, comment ne serait-ce pas le cas ici, où aucune province libre., ne tenant pas des esclaves, ne forme opposition.

Les 18 millions
que le Parlement a destinés pour l'avancement de la colonisation, seront employés à procurer aux planteurs des esclaves blancs au lieu d'esclaves noirs. Est-ce que nns citoyens libres tomberaient si bas et seraient voués à un tel abandon?

Vous avez entre les mains assez de documents, assez de faits officiels incontestables, de nature à vous donner une image fidèle de

1 99 ce qu'il plaît aux Brésiliens de qualifier aujourd'hui de colonisation libre, blanche. Vous savez 1. Que par exemple les protestants ne jouissent d'aucune protection légale, que l'évêque de Rio-Janeiro, grand-aumônier de l'empereur, a déclaré leurs mariages illégaux, leurs femmes concubines, partant leurs, enfants illégitimes.

.; 2. Que les colons sont soumis à une législation qui implique la plus flagrante contradiction avec la constitution brésilienne, qu'ils sont par conséquent considérés comme hors la loi et serfs. Les faits-qui se sont passés à Ubatuba, et le rôle qu'y ont joué Bonini et Revillet, sont là pour démontrer que cette législation est -en force et trouve son application.

3. Que les colonies dites partiaires, lelles qu'elles existent aujourd'hui, ne sont plus autre chose qu'un système d.e servitude et de fourberie,et que leGouvernement n'a ni lecourage, ni le pouvoir de réprimer de pareils abus.

4. Que bien au contraire; le Gouvernement brésilien permet que des agents et une presse mercenaire répandent sciemment des faussetés et attirent les colons dans leurs filets.

Vous n'ignorez pas non plus, de quelle manière procèdent les agents en Suisse, de concert avec .les communes. Est-ce qu'un pareil état de choses saurait être toléré plus longtemps, sans qu'on se décide à intervenir?

Le correspondant mentionné de la Gazette d'Augsbourg termine son rapport en disant : ' ,,Or, si en présence des proportions de l'émigration projetée et de l'énergie avec laquelle elle se poursuit, on peut inférer q.ue l'entreprise tout entière revêt indubitablement le caractère d'un grave danger pour l'Allemagne, .la Confédération germanique pourrait se trouver peut-être engagée à prendre en délibération des mesures de précaution, et il n'est pas impossible qu'elle soit déjà nantie de propositions sur cet objet."

Il y a longtemps que j'ai tenu le même langage. Est-ce que nous voudrions rester en arrière de l'Allemagne? Est-ce qu'il serait réservé à des Gouvernements allemands de nous montrer, à nous Suisses libres, qu'ils voient d'un oeil moins indifférent l'asservissement et la détresse de leurs compatriotes, . Le Portugal a déjà donné un exemple. La Suisse ne peut, ni ne doit rester en arrière !

Rio-Janeiro, le 1. Décembre 1857.

H. DAVID, Consul général de la Confédération suisse.

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